Politique

Lueurs d’espoir dans le monde arabo-musulman

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Par  Béchir Ben Yahmed

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

À Kobané, en mars 2015. Les Syriens se préparent à vivre une énième saison en enfer.

À Kobané, en mars 2015. Les Syriens se préparent à vivre une énième saison en enfer. © HALIL FIDAN / ANADOLU AGENCY/AFP

Deux anniversaires m’incitent à vous soumettre quelques observations sur l’état on ne peut plus préoccupant du monde arabo-musulman. S’achemine-t-il vers une aggravation des maux qui l’accablent ? Ou bien vers une amélioration de sa situation ?

1) Il y a tout juste un an, l’Arabie saoudite changeait de roi.

Le 23 janvier 2015, Salman Ibn Abdelaziz Al Saoud accédait au trône. Trois mois plus tard, le 29 avril, il nommait son neveu, Mohamed Ibn Nayef, 56 ans, prince héritier, et son fils, Mohamed Ibn Salman, 30 ans, ministre de la Défense et vice-prince héritier.

À la question « qui dirige l’Arabie saoudite ? », le chercheur français Stéphane Lacroix donne cette réponse que je trouve juste : « Une famille, les Saoud, possède la quasi-totalité du pouvoir. C’est d’ailleurs le seul État au monde qui porte le nom d’une famille. On est plus proche d’une logique patrimoniale que d’un État moderne. Il y a des institutions, mais elles reposent essentiellement sur des liens personnels et des fiefs. »

Le nouveau roi règne depuis un an mais ce sont les deux Mohamed qui gouvernent. Les meilleurs connaisseurs du pays et de la famille estiment que le vieux roi – il a 80 ans et n’est pas en bonne santé – renforcera encore le pouvoir de son fils et que le royaume sera de plus en plus entre les mains de ce prince trentenaire qu’on nomme déjà par ses initiales : « MBS ».

C’est sous son influence que l’Arabie saoudite a rompu avec l’Iran, a envoyé son armée faire une guerre désastreuse au Yémen et s’est rapprochée de l’autre ennemi de l’Iran : l’État d’Israël.

Elle était déjà engagée jusqu’au cou, et ce dès le début, dans la guerre civile syrienne.

Mais le pétrole, qui est sa principale ressource, a perdu il y a près de deux ans jusqu’à 70 % de son prix et beaucoup de son importance stratégique. L’Arabie saoudite sera-t-elle demain plus sage ou bien ses nouveaux dirigeants la conduiront-ils à être plus aventuriste ?

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2) La guerre civile syrienne va entrer dans sa sixième année.

Elle a débuté, il y a déjà cinq ans, par des manifestations hostiles au régime de Bachar al-Assad, dans le sillage de celles dites du « Printemps arabe », qui avaient secoué la Tunisie et l’Égypte, et qui, elles, sans effort apparent, eurent tôt fait de renverser les dictatures de Ben Ali et de Moubarak.

Le régime syrien, lui, a résisté. Il a réprimé la contestation sans ménagement et a bénéficié, année après année, de l’aide d’alliés puissants : la Russie et l’Iran.

Soutenus par la majorité des pays arabes et par l’Occident, mais divisés, ses opposants n’ont pas réussi à l’abattre.

Deux camps se sont affrontés sans merci dans une guerre civile qui rappelle celle d’Espagne (1936-1939) : elle aura fait, en cinq ans, plus de 300 000 morts et transformé la moitié des 17 millions de Syriens en personnes déplacées, voire en réfugiés. « La plus horrible des catastrophes depuis la dernière guerre mondiale », en a dit John Kerry, le secrétaire d’État américain.

En mars prochain, le conflit entrera dans sa sixième année. Mais grâce à l’implication de la Russie et de l’Iran, sorti de « l’axe du mal » par Barack Obama, les belligérants viennent d’ouvrir des négociations pour trouver une solution politique : on peut donc raisonnablement penser que la guerre civile syrienne s’achèvera dans le courant de 2017.

*

Les Russes pratiquent les Syriens depuis plus d’un demi-siècle. Contrairement aux Occidentaux, qui ne disposent ni de troupes ni d’alliés au sol, ils peuvent compter sur l’appui de l’armée d’Assad, des combattants du Hezbollah libanais et de milices chiites dirigées par des généraux iraniens.

Ils savent que la guerre civile syrienne n’a pas de solution militaire, qu’elle s’achèvera par une phase politique, au terme de laquelle Bachar al-Assad devra quitter le pouvoir.

Mais exiger le départ de Bachar al-Assad avant toute négociation, comme le font les Occidentaux et leurs protégés arabo-syriens, en faire un préalable, leur est apparu irréaliste et pas très sérieux.

« La solution politique résultera, disent les Russes, de négociations entre toutes les forces politiques, ethniques et religieuses du pays ou concernées par son sort. »

Les Russes sont préoccupés au plus haut point par la présence dans les rangs de Daesh d’islamistes-jihadistes russo-tchétchènes dont on évalue le nombre à près de cinq mille. Ils craignent de les voir réapparaître demain en Russie avec une expérience militaire et leur idéologie extrémiste.

« Nous sommes prêts, assurent-ils, à fournir une aide militaire pour lutter contre le terrorisme, mais aussi à contribuer au processus politique. » Et ils ajoutent, en pesant chaque mot : « Mais en relation avec d’autres puissances mondiales et avec les pays de la région intéressés par une solution pacifique du conflit. »

« Chacun comprend que les actions militaires doivent être suivies d’étapes politiques », soulignent-ils.

Et de préciser, en guise de conclusion, qu’ils ont commencé à agir auprès de Bachar al-Assad pour lui faire comprendre que viendra le moment, en 2017, où il devra quitter le pouvoir et la Syrie.

*

Que nous réserve l’avenir ?

On l’oublie souvent, mais l’islam politique est déjà au pouvoir dans la majorité des pays arabo-musulmans. Et là où il ne contrôle pas encore l’État, il influence le pouvoir ou y participe.

Or les islamistes sont souvent divisés et parfois en conflit ouvert entre eux.

Sauf rares exceptions, ils ont montré qu’ils étaient incapables de gérer une économie et l’on voit, ici et là, qu’ils ont emprunté au communisme, voire au fascisme, leurs plus mauvais aspects.

L’état déplorable de la plupart des pays musulmans, l’obscurantisme qui y règne sont dus pour l’essentiel aux erreurs et aux fautes de gouvernements islamistes.

L’intérêt des musulmans – 20 % environ de l’humanité – et de leurs partenaires est donc que les islamistes, en attendant qu’ils évoluent, soient tenus à l’écart du pouvoir.

Cela étant posé, on peut raisonnablement penser qu’en 2016 et 2017 le pétrole continuera à être abondant et bon marché, que la guerre civile syrienne tirera à sa fin et que Daesh, même si son influence et ses actes se poursuivent, cessera d’être un État contrôlant une partie importante de la Syrie et de l’Irak.

S’il y a conjonction de ces trois facteurs, l’islam politique sunnite, dont les deux ailes principales sont l’Arabie saoudite et Daesh, sera affaibli.

Leur capacité de nuisance sera diminuée, le monde musulman s’en portera mieux et son image dans le reste du monde devrait enfin cesser de se détériorer.

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