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Cet article est issu du dossier «Le Gabon a-t-il (vraiment) changé ?»

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Politique

Gabon Football Club

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Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Ali Bongo Ondimba, président du Gabon.

Ali Bongo Ondimba, président du Gabon. © Bruno Levy/J.A.

Il va y avoir du sport ! Et peut-être même du sang et des larmes. Le contraire eut été étonnant dans ce pays où la politique (politicienne) est la discipline reine et la présidentielle, la compétition suprême.

Celle-ci, prévue entre mi-août et mi-septembre, arrive à grands pas. Pour tous les joueurs qui s’apprêtent à y participer, directement ou en coulisses, mieux vaut avoir suivi une préparation intensive, de celles qui vous laissent perclus de courbatures et exténué, pour imaginer être prêt le jour J.

Depuis quelques mois déjà, une obsession étreint ces « grands quelqu’un » : poser leur séant sur le fauteuil du numéro un, Ali Bongo Ondimba (ABO), au Palais du bord de mer, avant de s’installer dans la future présidence, à quelques encablures de là.

Le hic, c’est que le champion en titre n’entend pas se faire déloger. Classique, me direz-vous. Ce qui l’est moins, dans le grand stade gabonais, c’est la composition des équipes. Car ici, le mercato donnerait le tournis aux agents les moins scrupuleux.

Au Gabon, pas de règle : on peut changer de club à volonté, multiplier les méandres dans sa carrière, embrasser son capitaine un jour et lui cracher au visage le lendemain. Les équipes, elles, sont peu nombreuses, finalement : d’un côté, celle d’ABO, de l’autre, celles qui réunissent ses opposants. Parmi ces dernières, les adversaires de toujours ou presque, qui peineront à dépasser les 5 %. N’est pas Pierre Mamboundou, légende de ce sport décédée en octobre 2011, qui veut. Mais aussi, et surtout, ceux qui ont joué jadis, pendant fort longtemps, dans un club qui trustait tous les trophées, bien aidé en cela par des arbitres particulièrement conciliants : le FC Omar Bongo Ondimba. Son fils Ali était encore leur partenaire (voire leur ami) avant de devenir, en 2009, leur irréductible adversaire.

Hier, ils étaient défenseurs. D’un régime, d’un bilan, d’une « vision » du pouvoir et du développement, d’une tactique qui n’est guère plus employée. Aujourd’hui, tous sont devenus attaquants et rêvent de détrôner Ali pour retrouver leur gloire (et ses avantages) passée. Les plus célèbres d’entre eux : Jean Ping, Zacharie Myboto, Jean Eyéghé Ndong et Casimir Oyé Mba. Malgré un objectif commun, certains refusent encore de se passer le ballon. Allez comprendre…

Il faut bien dire que, jusqu’à présent, les matchs de préparation auxquels nous avons assisté ne se sont guère distingués par la qualité de leurs débats, pardon, de leurs actions.

Autour de la pelouse, près de 600 000 supporters et spectateurs seront au rendez-vous, soit un tiers de la population. Les premiers prendront de manière quasi pavlovienne fait et cause pour leurs champions. Les seconds, eux, viendront pour le beau jeu, les buts d’anthologie, les gestes de classe. Pas sûr qu’ils soient gâtés. À moins qu’ils apprécient les terrains boueux, les buts de raccroc, les coups bas à l’insu des arbitres, les tacles au niveau du genou ou les salves de frappes dévissées… Car il faut bien dire que, jusqu’à présent, les matchs de préparation auxquels nous avons assisté ne se sont guère distingués par la qualité de leurs débats, pardon, de leurs actions.

Comme tout champion en titre, l’équipe du Real Ali peut être jugée à l’aune de ses performances. On aime, on n’aime pas, on attend plus ou mieux, on espère quelques transferts qui permettront de se débarrasser des « chèvres » (comme on dit à Marseille) ou de voir débarquer un ou deux cracks. En tout cas, public et spécialistes savent à quoi s’attendre. Ils décideront en fonction du chemin parcouru depuis son arrivée sur le toit de l’Olympe, en 2009.

Pour ceux qui, en revanche, espèrent le faire tomber, c’est encore le temps des promesses. Ils jouissent de leur aura de challengers, peuvent bercer les fans de rêves de victoires et de lendemains meilleurs, multiplier les critiques à l’égard d’un champion sortant qui ne produit pas de jeu ou a fait son temps. Confortable, pour ceux qui ne jouissent pas des mêmes budgets que le cador.

Si le spectacle n’était par malheur pas au rendez-vous, nul remboursement des places à envisager. Seule consolation : dans un an, c’est la CAN.

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