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Cet article est issu du dossier «Le Gabon a-t-il (vraiment) changé ?»

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Agroalimentaire

Gabon : après le pétrole, le retour à la terre

Formation dans une plantation en Malaisie, en octobre 2015. © DR

Dans les zones rurales, on se prépare à l'après-pétrole. Avec pour fer de lance le programme Graine, qui a permis de créer 1 200 emplois en un an.

Les premiers bulldozers commandés par l’État pour donner un coup d’accélérateur au désormais célèbre programme Graine (Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés) ont été livrés dès le 19 novembre 2015. La commande totale porte sur 475 engins agricoles, soit le plus gros investissement en engins lourds depuis la construction, lancée en 1978, du Transgabonais, la principale voie ferrée du pays. L’investissement en matériel est l’aspect le plus spectaculaire de la politique agricole engagée par le gouvernement. Mais ses efforts visent aussi à faire changer les mentalités, à former les agriculteurs et à organiser les filières.

Cap sur l’agriculture

Perçue comme une campagne électorale avant l’heure, l’implication des politiques est critiquée par l’opposition. Au point qu’on en oublie que la relance de l’agriculture dans ce pays pétrolier, qui a abandonné la culture de la terre après les indépendances pour orienter son économie vers l’extraction minière, est une nécessité d’autant plus vitale qu’il est probable que la diminution graduelle de la production d’or noir – qui tient à l’arrivée à maturité des champs – se poursuive.

Piloté par la Société gabonaise de transformation agricole et développement rural (Sotrader), née d’un partenariat public-privé entre l’État et le groupe Olam International, Graine rassemble les paysans en coopératives de producteurs. Et depuis son lancement, le 22 décembre 2014, le programme, qui allie la vision « Gabon Vert » et les objectifs du pacte social, se développe à un rythme soutenu.

Comme pour faire cheminer l’idée que, s’il veut inverser l’inéluctable déclin économique et social, le Gabon de l’après-pétrole devra être agricole. Le sera-t-il vraiment ? Il est trop tôt pour le dire. Mais voir Ali Bongo Ondimba arpenter la campagne pour promouvoir ce programme prouve au moins que l’agriculture n’est plus un vain mot, même si la part du secteur représente à peine 5 % du PIB, selon le FMI.

Le programme Graine met aussi l’accent sur le transfert de compétences et de savoir-faire

Sur le terrain, le retour à la terre est fêté. Comme le 15 décembre 2015 au centre de Koulamoutou, au cœur de l’Ogooué-Lolo (Sud), où, lors d’une cérémonie solennelle, le chef de l’État est venu remettre à des paysans rassemblés en coopératives les titres fonciers de leurs nouvelles parcelles. « Nous sommes parvenus à mettre en place cinq centres régionaux, et plus de 1 000 hectares de terres ont été aménagés pour la culture de la banane, du manioc, du piment et de la tomate », a tenu à souligner Ali Bongo Ondimba devant un auditoire conquis.

Le président a serré des mains et s’est fait photographier avec les agriculteurs. « À l’heure de la baisse des revenus du pétrole, on ne peut pas continuer avec les pratiques du passé. Poursuivre dans cette voie-là serait criminel », a-t-il ajouté.

Dans la province voisine de la Ngounié, le centre régional de Ndendé a ouvert début octobre 2015. Il a enregistré plus de cent associations répondant aux critères d’adhésion du programme. Désormais, chaque agriculteur y bénéficiera d’une aide publique mensuelle de 100 000 F CFA (plus de 152 euros) en attendant les premières récoltes.

Le programme Graine met aussi l’accent sur le transfert de compétences et de savoir-faire. Les paysans organisés en coopératives sont encadrés et supervisés par de jeunes Gabonais spécialement formés aux techniques modernes de gestion agricole. Déjà 54 d’entre eux sont rentrés d’une formation en Malaisie. À terme, plus de 2 500 personnes bénéficieront de stages similaires en Asie. Par ailleurs, l’achat de bulldozers pour accélérer la concrétisation du programme a entraîné la création de nombreux postes (mécaniciens, conducteurs, techniciens de maintenance, etc.). En décembre, le programme avait déjà permis de créer 695 emplois directs et 489 indirects.

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