Elections

RD Congo : faut-il vraiment dialoguer ? Henri Mova Sakanyi accepte

Henri Mova Sakanyi, le nouveau vice-Premier ministre congolais en charge de l'Intérieur et de la Sécurité. © Vincent Fournier/J.A.

C'est LA grande question qui agite le Tout-Kinshasa depuis que le président Kabila a annoncé l'ouverture d'un nouveau cycle de discussions, en novembre dernier. Manière de retarder le processus électoral ou garantie que les scrutins seront pour une fois apaisés ? J.A. ouvre le débat.

Henri Mova Sakanyi Secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) : OUI

Était-il vraiment nécessaire de convoquer un nouveau dialogue national, comme l’a fait le président Kabila ?

Le dialogue, c’est la seule solution pour ouvrir la voie à des élections apaisées et crédibles. Les acteurs politiques de ce pays doivent s’engager devant la nation afin que les élections ne soient pas, en RD Congo, toujours porteuses de malheurs. Souvenez-vous des premiers scrutins de notre histoire : ils nous ont conduits à la sécession du Katanga et du Kasaï, au coup d’État de septembre 1960, à l’assassinat de Lumumba… Les élections de 1965 n’ont même pas eu lieu parce qu’un coup d’État militaire a balayé les institutions après le référendum de 1964 ; la présidentielle de 2006 s’est accompagnée de violences à Kinshasa, et il y a eu encore des morts en 2011… Doit-on continuer ce cycle infernal ?

Peut-il y avoir un dialogue si l’UDPS, le principal parti d’opposition, refuse d’y participer ?

Nous voudrions que tous les Congolais qui comptent se retrouvent autour de la table, et Étienne Tshisekedi en fait partie. Toutefois, il n’est pas notre unique interlocuteur, et, même si le dialogue ne fait pas l’unanimité, nous comptons sur la présence de beaucoup de participants.

Nous voulons que tout le monde participe au dialogue, mais certains se trouvent dans une logique insurrectionnelle

Mais deux autres figures de l’opposition, Vital Kamerhe et Moïse Katumbi, ont annoncé qu’ils n’y prendraient pas part… Peut-on encore parler de pourparlers inclusifs ?

Vital Kamerhe et Moïse Katumbi sont fraîchement passés à l’opposition. Il y a des questions de posture et de communication, mais fondamentalement nos différences ne sont pas si grandes. Je vous l’ai dit : nous voulons que tout le monde participe au dialogue, mais certains se trouvent dans une logique insurrectionnelle. Ils rêvent d’un scénario à la burkinabè et pensent qu’ils peuvent conquérir le pouvoir après trois jours d’insurrection. Tant qu’ils croiront qu’ils ont le monopole de la rue, ils ne s’assagiront pas et ne feront pas preuve de responsabilité. Peut-être faudra-t-il une démonstration de force pour qu’ils reviennent à la raison.

De toutes les façons, les Congolais finiront par dialoguer. Mais faut-il discuter avant ou après qu’il y a eu des clashs ou des morts ? Nous ne souhaitons pas en arriver là. Si les Burundais avaient discuté plus tôt, le pays ne serait pas dans la situation où il est aujourd’hui.

Finalement, tous ces désaccords ne favorisent-ils pas un « glissement » du calendrier électoral ?

Pourquoi ce mot terrorise-t-il tant les gens ? Ce qui serait dangereux, c’est une glissade. Parler de « glissement » n’est pas péjoratif ; il faut voir cela comme un compromis qui peut permettre de bien organiser les élections. Le temps n’est pas le facteur le plus important si nous voulons avoir des scrutins crédibles.

Je précise que le dialogue n’a pas vocation à changer la Constitution

Est-il encore possible d’organiser la présidentielle dans les délais ?

Voilà la question à laquelle, en premier lieu, le dialogue inclusif doit apporter une réponse. Je précise que le dialogue n’a pas vocation à changer la Constitution. Il n’est ni une constituante ni une instance référendaire.

En 2006, Joseph Kabila a été le premier président élu démocratiquement en RD Congo. Ne pourrait-il pas être aussi le premier chef de l’État congolais à passer pacifiquement la main ?

Et pourquoi pas ! C’est dans l’ordre des choses. Et ceux qui veulent que cela arrive feraient donc mieux de participer au dialogue, pour que les choses s’organisent dès maintenant. Cela parachèvera le processus démocratique que Joseph Kabila a lui-même lancé.

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