Société

Inde : la circulation alternée, une solution face à la pollution de l’air ?

Conséquence, entre autres, d’une circulation automobile démentielle, la pollution de l’air est à Delhi dix fois supérieure à la norme admise par l’OMS. On tousse, on suffoque, on tombe malade. Que faire ?

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Mis à jour le 3 février 2016 à 12:55

Devant le palais présidentiel, le 13 janvier. Scène de rue par temps de smog. © Tsering Topgya/AP/SIPA

Assis en tailleur, ils se distinguent du reste de la foule par leurs gilets jaunes fluorescents. Venus écouter le gouverneur de New Delhi, le 17 janvier au stade Chhatrasal, ces volontaires sont les héros du jour. Du 1er au 15 janvier, ils ont aidé la police municipale à faire respecter dans la capitale la règle de la circulation alternée.

Une mesure inédite destinée à combattre une pollution au moins dix fois supérieure à la norme édictée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Les habitants de Delhi ont, dans leur majorité, joué le jeu, s’est félicité Arvind Kejriwal, ledit gouverneur. Certains ont pris le métro, d’autres ont eu recours au covoiturage. Je les encourage à continuer, même s’ils ne risquent plus de se voir infliger une amende. Il en va de notre santé et de celle de nos enfants. »

Il fait preuve de beaucoup d’optimisme. Car, à peine l’expérience achevée, la circulation à Delhi est redevenue démentielle. Et une chape de poussière et de particules fines s’est de nouveau abattue sur la mégapole. Parmi ces particules en suspension, les PM 2,5 sont les plus dangereuses : elles peuvent passer dans le système sanguin et provoquer des maladies pulmonaires et cardiaques. Toute l’opération n’aurait-elle été qu’un coup de marketing sans lendemain ?

La solution de la circulation alternée

La circulation alternée s’est traduite par une diminution de presque un quart de la pollution et par une sensible décongestion du trafic automobile. Mais il ne s’est agi que d’une mesure temporaire, donc anecdotique. « Elle a surtout permis une certaine prise de conscience, la population ne s’étant jamais jusqu’ici beaucoup préoccupée de la question », estime le responsable d’un groupe de covoiturage. Le 18 janvier, l’ensemble des acteurs du secteur ont été réunis à Delhi.

« Nous souhaitons poursuivre l’expérience, mais il nous faut au préalable améliorer les transports publics et développer le covoiturage », a commenté un responsable municipal. Des pistes sont à l’étude, comme l’accroissement de la fréquence des métros ou la création de compartiments de première classe, plus chers, pour inciter les nantis, souvent allergiques à la foule, à délaisser leur véhicule. On peut aussi imaginer de développer les pistes cyclables ou de subventionner l’achat de bicyclettes. Une décision pourrait être prise dès avril.

Les plus riches peuvent s’offrir deux voitures, l’une pour les jours pairs, l’autre pour les jours impairs, s’agace Apurba

Mais personne n’est dupe. Ralentir la croissance du nombre des véhicules ne sera pas simple dans ce pays où la construction d’infrastructures adéquates est à la fois très lente et très en retard. D’autant que l’automobile n’est pas la seule source de pollution. Selon le rapport de l’institut IIT Kanpur, plus d’un tiers de celle-ci proviendrait de Gurgaon, de Noida ou de Ghaziabad, des villes de la banlieue de Delhi appartenant à d’autres États (Uttar Pradesh, Haryana) et disposant de leur propre législation. Elles n’ont nulle obligation de mettre en œuvre la circulation alternée, accueillent sur leur territoire nombre d’industries polluantes et ne sont que fort peu contrôlées.

« La circulation alternée pénalise ceux qui ne peuvent utiliser les transports en commun pour se rendre à leur travail, s’agace Apurba, employé d’une multinationale française, alors que les plus riches peuvent s’offrir deux voitures, l’une pour les jours pairs, l’autre pour les jours impairs. » Selon un sondage, 58 % de ceux qui en ont les moyens n’excluent pas cette possibilité ! Ils peuvent aussi s’acheter tous les purificateurs d’air nécessaires. D’ailleurs, les ventes de ces appareils grimpent en flèche.

Si les craintes pour l’environnement se concentrent aujourd’hui sur la capitale, bien d’autres villes, grandes ou plus petites, sont concernées. Selon un rapport intitulé « India’s National Health Profile 2015 », les maladies respiratoires sévères seraient partout en pleine expansion : en augmentation de 30 % depuis 2010. À Delhi, on l’a vu, les taux sont vertigineux, mais ils ne sont guère meilleurs au Bengale Occidental, dans l’Andhra Pradesh, à Mumbai ou à Chennai. Même des sites touristiques du Kerala ou du Rajasthan ne sont plus à l’abri de la pollution atmosphérique.