Sécurité

Terrorisme au Sahel : l’ère du « black jihad »

Des voitures brûlées devant le café Capuccino, le 18 janvier 2015, à Ouagadougou, au Burkina Faso © Sunday Alamba/AP/SIPA

Peuls, Songhaïs, Mossis ou Bambaras, ils sont de plus en plus souvent recrutés comme combattants au sein d'Aqmi et de ses filiales sahéliennes, dont la hiérarchie reste dominée par des Algériens.

La mise en scène de leur forfait est désormais rodée : elle fut similaire après l’attaque du Radisson Blu le 20 novembre à Bamako (22 morts). Munis d’une kalachnikov, équipés d’un gilet à munitions et vêtus d’un treillis couleur sable, ceux qui sont présentés comme les auteurs de l’attaque du Cappuccino posent devant le drapeau de leur organisation, le crâne couvert d’un bonnet noir.

Dans son communiqué revendiquant la tuerie, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dévoile leur visage juvénile et leur nom de combattant : Al-Battar al-Ansari, Abu Muhammad al-Buqali et Ahmad al-Fulani. Les témoins ont parlé d’un homme à la peau blanche et de deux hommes à la peau noire. Les deux assaillants du Radisson avaient eux aussi la peau noire. Les services de renseignements maliens les ont identifiés, avec l’aide de la France, comme étant des Songhaïs.

« C’est une évidence depuis quelque temps, explique un général chargé de la lutte antiterroriste dans un pays de la sous-région. Ces groupes qui trouvent leur source en Algérie recrutent désormais principalement dans les populations subsahariennes. » Si les hiérarchies d’Aqmi et de ses filiales sahéliennes sont encore dominées par des Maghrébins (principalement des Algériens) ou des Touaregs pour ce qui est d’Ansar Eddine, le groupe d’Iyad Ag Ghaly, la majorité de leurs combattants seraient, eux, originaires du sud du Sahara. « Cela fait des années qu’ils recrutent parmi les Peuls au Niger et au Mali, poursuit notre source. Aujourd’hui, on trouve aussi des Haoussas, des Bambaras, des Songhaïs, des Mossis… Le vivier est inépuisable. »

La globalisation du jihad

Ce phénomène n’est pas sans influence sur la galaxie jihadiste au Sahel. « Son centre d’intérêt a migré vers le sud et on ne sait pas jusqu’où il ira », note un officier des renseignements maliens. Alors qu’Aqmi n’a jamais eu de repaires au sud de Tombouctou, les nouveaux groupes y ont fait leur nid. Le fief d’Al-Mourabitoune, le groupe de Mokhtar Belmokhtar, est situé dans le nord-est du Mali, près de la frontière avec le Niger. Ansar Eddine est implanté dans la région de Kidal, mais a essaimé un peu partout au Mali : le Front de libération du Macina, qui est lié à Iyad, est très majoritairement composé de Maliens (essentiellement des Peuls, à l’image de ses chefs), et la katiba Khalid Ibn Walid (« Ansar Eddine Sud ») compte des combattants maliens, ivoiriens ou burkinabè. Son émir, Souleymane Keïta, est un Malinké.

« L’apparition de ces groupes correspond à une globalisation du jihad, mais leurs objectifs sont locaux », croit savoir un officier nigérien. La menace est ainsi démultipliée. « Ils sont capables de se fondre dans toutes les populations, donc ils peuvent frapper partout. Quelle sera la prochaine cible : Abidjan, Dakar, Niamey ? » Les autorités nigériennes ont récemment déjoué un probable attentat en arrêtant des jihadistes venus du Mali.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte