Politique

Gabon : aux origines de la brouille entre Jean Ping et Ali Bongo Ondimba

Jean Ping, en 2012. © Peter Macdiarmid/AP/SIPA

Pendant de longues années, Jean Ping et Ali Bongo Ondimba ont entretenu des relations cordiales. Entre 2009 et 2012, quand ils séjournaient à Addis-Abeba, le chef de l'État et son épouse étaient reçus à dîner à la résidence du président de la Commission de l'UA.

Puis vint cette élection à rebondissements en 2012, qui aboutit à la non-reconduction du mandat de Ping. Ainsi naquit le grand malentendu qui mènera à la rupture. Ping apprend par la presse que tout est de sa faute, qu’il s’est lancé dans la bataille sans en informer le Palais. Il dément aussitôt, affirmant en avoir discuté à plusieurs reprises avec le président, et sous-entend qu’il n’a pas été soutenu. Il ajoute avoir hésité à se représenter à cause de ses rapports exécrables avec le président en exercice de l’UA, feu Mouammar Kadhafi.

Faux, s’insurge publiquement le chef de l’État gabonais, qui donne sa version de l’histoire dans une allocution télévisée, le 17 août 2014. Le Libyen, explique-t-il, voulait que Jean Ping soit écarté. Dépêché à Libreville, Béchir Saleh, alors directeur de cabinet de Kadhafi, est chargé de transmettre le message. « J’ai répondu à M. Saleh que Jean Ping est un compatriote, un ancien collaborateur de mon père et un membre de mon parti et que je ne pouvais me débarrasser de lui de la sorte », poursuit Ali Bongo.

Son départ d’Addis-Abeba

Ping quitte malgré tout Addis-Abeba, précédé de vilaines rumeurs sur son intention de revenir en politique. « Monsieur le président, si je convoitais votre place, j’aurais épousé votre sœur », objectera l’intéressé lors de leur dernier entretien dans le bureau présidentiel, en présence de Jean-Yves Teale, conseiller diplomatique. La sœur en question, Pascaline Bongo, tente de le dissuader de se lancer en politique. « Ne fais pas ça ! lui lance-telle. Tu fais partie de la famille ! »

Des émissaires lui proposent le Sénat ; il refuse. La France lui fait miroiter le secrétariat général de la Francophonie. Il décline. Il est approché pour devenir envoyé spécial de Ban Ki-moon dans les Grands Lacs. Encore une fois, c’est non. Le président tente de calmer le jeu en proposant à son fils, Franck, la direction générale de Gabon Oil Company, l’opérateur national nouvellement créé chargé de gérer les participations de l’État dans les hydrocarbures. Jean Ping croit flairer un piège et s’y oppose.

Aujourd’hui, les deux hommes ne se parlent plus

La rumeur s’affole. On le voit déjà dans l’arène contre le pouvoir, mais lui prétend vouloir acheter un bateau pour enfin apprécier les charmes de sa région natale et faire des affaires avec son cabinet, Ping & Ping Consulting, fondé avec deux de ses fils. Quelques chefs d’État lui proposent des rendez-vous pour l’aider à démarrer son activité avant d’annuler.

En février 2014, la rupture est consommée. Il bascule dans l’opposition et explique : « J’ai créé un bureau de consulting et on a tout fait pour que je ne travaille pas avec le Gabon. Même mes enfants, on leur a dit : « Exilez-vous ! » » Ainsi démarre le phénomène Ping, nourri par un puissant carburant : le ressentiment. Ali Bongo, lui, ne mâche plus ses mots. Le 17 août 2014, il déclare : « Jean Ping est devenu directeur de cabinet d’Omar Bongo Ondimba grâce à moi. » Quelques semaines plus tard, dans les colonnes de J.A., il enfonce le clou : « Je n’ai pas de temps à perdre avec ce type de girouette. » Plus loin : « C’est le même Ping qui m’encourageait et me félicitait, avec force obséquiosité, chaque fois qu’il venait me rendre visite à Libreville. » Aujourd’hui, les deux hommes ne se parlent plus.

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