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Cet article est issu du dossier «RDC : Kabila contre Katumbi»

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Elections

RD Congo : atouts, faiblesses, réseaux… tout savoir sur la machine Katumbi

Moïse Katumbi, dernier gouverneur de l'ex-Katanga © Federico Scoppa / AFP

Ni l'un ni l'autre n'ont encore dévoilé leurs intentions pour l'élection prévue en novembre, mais nul doute que leur affrontement rythmera l'année 2016. Naguère proches, Joseph Kabila et Moïse Katumbi sont à couteaux tirés. Quelles sont leurs forces, leurs faiblesses, leurs réseaux ?

Gwenn Dubourthoumieu/J.A.

Gwenn Dubourthoumieu/J.A.

SES POINTS FORTS

Son bilan économique

Pendant son règne (2007-2015), le Katanga a connu un développement spectaculaire. La production de cuivre, tout comme le budget du gouvernement provincial, ont été multipliés par plus de 50 entre 2007 et 2014. La province a même connu un début d’industrialisation et a pu rénover certaines infrastructures, notamment les routes du Sud.

La société civile

Tirant les leçons de l’échec de 2011, l’opposition et la société civile congolaises tentent de se rassembler. Sous l’impulsion du mouvement citoyen Filimbi et de ses partenaires internationaux, elles se sont réunies à Dakar, en décembre 2015, avant d’annoncer le lancement du Front citoyen 2016 auquel Katumbi a adhéré. Parallèlement, l’influente Église catholique congolaise s’est prononcée pour la défense de la Constitution. Tout cela lui permet de s’afficher comme la tête d’un vaste mouvement de défense de la démocratie.

Son charisme

Son charme est indéniable. Des foules katangaises aux diplomates occidentaux en passant par la presse internationale, il séduit par sa simplicité, son écoute et l’attention qu’il porte à chacun de ses interlocuteurs. Il a par ailleurs recruté plusieurs cabinets de lobbying réputés, aux États-Unis comme en Europe.

Le football

Moïse Katumbi est l’un des rares hommes politiques congolais dont la popularité dépasse les frontières de sa région d’origine. Il le doit en partie à son club de football, le Tout-Puissant Mazembe, cinq fois vainqueur de la Ligue des champions d’Afrique. Dans ce pays fou de ballon rond, le club le plus capé au sud du Sahara est une fierté nationale. Et ses supporters sont facilement mobilisables politiquement.

SES POINTS FAIBLES

L’absence de parti

Dans un pays aussi vaste, une campagne ne se remporte pas sans une machine électorale bien huilée. Pour l’instant, Moïse Katumbi n’en a pas. Il y réfléchit, mais les dix mois qui le séparent (théoriquement) du premier tour de l’élection présidentielle lui laissent peu de temps.

Ses origines katangaises

Dans la « géopolitique congolaise » (la prise en compte des équilibres entre les diverses communautés), les origines régionales de Katumbi peuvent constituer un problème. S’il était élu, il serait le troisième président katangais consécutif, après Joseph Kabila et son père, Laurent-Désiré. Le reste du pays l’accepterait-il ?

L’opacité de son business

L’homme est généreux avec ses concitoyens. Sa fortune, amassée avant qu’il ne se lance en politique, est réputée considérable, mais il reste difficile de l’évaluer précisément. Le montant de ses transactions reste le plus souvent secret, comme la vente de Mining Company Katanga au groupe français Necotrans, en novembre 2015. Dans un pays où il est difficile de faire des affaires en toute transparence, ses adversaires ne manquent pas d’instiller le doute sur sa probité. En juin 2015, Katumbi a été visé par une plainte pour fraude et corruption par le pouvoir. Pour l’instant, il n’y a eu aucune suite.

Vincent Fournier/J.A.

Vincent Fournier/J.A.

SES RÉSEAUX

Ses alliés politiques

C’est un secret de polichinelle : le « G7 », ce groupe de sept chefs de parti exclus du camp présidentiel en septembre, roule pour Katumbi. On y trouve Pierre Lumbi, leader du puissant Mouvement social pour le renouveau, le très connecté Olivier Kamitatu (ex-ministre du Plan), le vétéran Charles Mwando Nsimba (79 ans), ou encore le nationaliste katangais Kyungu wa Kumwanza. Katumbi s’est aussi rapproché des opposants Vital Kamerhe et Félix Tshisekedi, qu’il a rencontrés l’un à Londres, l’autre à Paris. Mais parler d’alliance est prématuré. Félix, en particulier, n’a pas toute latitude pour signer un accord au nom de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Son imprévisible père, Étienne, en reste l’unique leader. Et sa position est plus ambiguë.

Ses alliés économiques

Le puissant homme d’affaires belge George Forrest, surnommé le « vice-roi du Katanga », est un proche de Katumbi. Pour lui, il a ouvert son carnet d’adresses, qui compte d’importants responsables politiques européens. Son fils aîné, Malta David Forrest, est premier vice-président du Tout-Puissant Mazembe. De même, une bonne partie des patrons miniers du Katanga est favorable à l’ex-gouverneur. « Ces gens ont des contacts haut placés dans leurs pays respectifs et nous en font bénéficier », affirme un proche de Katumbi.

Ses soutiens à l’étranger

Katumbi est plutôt bien vu des chancelleries occidentales, qui ne veulent pas d’une révision constitutionnelle. C’est une marotte de Barack Obama en Afrique, et les États-Unis pèsent lourd à Kinshasa. Katumbi est aussi proche du milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim. Sur son site web, la fondation de ce dernier dresse un portrait élogieux de l’opposant congolais.

Le clan familial

Pendant que Moïse était à la tête du Katanga, c’est son épouse, Carine Katumbi, une Belge d’origine burundaise, qui gérait officiellement ses entreprises. Cette catholique fervente a bien sûr une influence importante sur son mari, mais elle évite de s’exprimer publiquement. Une discrétion également de mise chez le demi-frère aîné de Katumbi, Raphaël Katebe Katoto. Établi à Bruxelles, il est proche d’Étienne Tshisekedi et joue parfois les intermédiaires.

Ses hommes

En l’absence de parti ou d’équipe de campagne, « Katumbi Inc » n’a pas encore d’organigramme officiel, mais les anciens ministres provinciaux du Katanga devraient en constituer l’ossature. Parmi eux, l’ex-ministre près le gouverneur, Edmond Mbaz, celui des Finances, Christian Mwando Nsimba, et celui de l’Intérieur, Juvénal Kitungwa. Officiellement « conseiller politique », Salomon Idi Kalonda Della est également directeur financier du Tout-Puissant Mazembe. Quant au directeur sportif du club, Frédéric Kitenge Kinkumba, il est aussi responsable de Nyota TV, une chaîne provinciale acquise à la cause de l’ex-gouverneur. Enfin, après avoir mobilisé la jeunesse en faveur de Kabila lors des précédentes élections, le député Francis Kalombo va cette fois mettre son expérience au profit de Katumbi.


ET LA SANTÉ ?

C’était il y a trois ans. À la suite de symptômes inquiétants, un contrôle en Afrique du Sud révélait la présence de substances toxiques exogènes dans l’organisme de Katumbi. Cet empoisonnement l’a tenu écarté de la scène politique congolaise pendant de longs mois. En convalescence à Londres, il a perdu beaucoup de poids. Ses médecins lui avaient même déconseillé de reprendre ses activités, fin 2014. Mais Katumbi est passé outre pour revenir défier Kabila à Lubumbashi, avec la désormais célèbre métaphore des « faux penaltys ». « Ces problèmes sont derrière nous », jure son entourage. Même s’il souffre parfois du dos, Katumbi semble aller beaucoup mieux.

 

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