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Une nouvelle année noire pour les Bourses africaines ?

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Une seule introduction a eu lieu à la Bourse de Casablanca, au Maroc, en 2015.

Une seule introduction a eu lieu à la Bourse de Casablanca, au Maroc, en 2015. © Alexandre Dupeyron pour Jeune Afrique

En 2015, déjà, ce n’était pas brillant. Les prix des matières premières – au plus bas – et la hausse des taux d’intérêt américains, entre autres, n’augurent rien de bon pour les places africaines.

Les analystes s’y attendaient ; ils n’ont pas été déçus. Pour les principales Bourses africaines, l’année 2015 a été catastrophique. Le tableau de leurs performances respectives publié le 4 janvier par le site internet spécialisé African Markets le confirme : en monnaies locales, sur les quinze places passées au crible, seules trois – le Botswana Stock Exchange, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM, à Abidjan) et le Johannesburg Stock Exchange – ont vu leurs indices de référence progresser au fil des douze derniers mois.

Le bilan est encore plus décevant lorsqu’on raisonne dans les principales monnaies internationales. Ainsi, en dollars, seule la BRVM voit son indice de référence progresser (+ 2,77 %) en 2015, tandis que le JSE-All Share Index de Johannesburg affiche une baisse de 23,81 % et que le Lusaka Stock Exchange, en Zambie, dégringole de 45,93 % en base annuelle. En euros, c’est encore la BRVM, mais aussi le Botswana Stock Exchange et la Bourse de Tunis, qui étaient dans le vert au 31 décembre dernier.

J.A.

Dans le rouge © J.A.

Une année à venir difficile

Quelques heures seulement après la publication de ce bilan 2015, à la Bourse de Lagos, la première journée de transactions de la nouvelle année s’est terminée dans le rouge. Au total, les investisseurs actifs sur cette place ont perdu durant cette journée 93,5 milliards de nairas (431 millions d’euros). Ce premier lundi de 2016 n’a pas été particulièrement reluisant dans les autres principales Bourses du continent… et l’année qui commence s’annonce difficile.

De fait, la conjoncture internationale ne permet pas d’envisager « un retournement de tendance à court terme », estime Edoh Kossi Amenounve, le directeur général de la BRVM. D’après lui, les cours des matières premières, du pétrole notamment, vont demeurer bas et continuer de pénaliser les économies de nombreux États subsahariens. Et les mesures prises par les autorités de ces pays pour redresser la barre (dévaluation de monnaie) n’auront pas d’effet à court terme.

Par ailleurs, « la hausse des taux d’intérêt américains [la Fed table sur 3 % en 2018, contre 0,5 % actuellement] pourrait déclencher une réallocation des investissements en portefeuille vers les marchés plus développés au détriment de ces pays d’Afrique subsaharienne », décrypte Aurélien Mali, analyste chez Moody’s. Si la BRVM, où la proportion des investisseurs étrangers (30 %) est actuellement plus faible que celle des régionaux (70 %), est relativement à l’abri, les grandes Bourses comme celles de Johannesburg ou de Lagos, plus exposées, seront affectées.

Signaux mitigés en Afrique du Nord

Outre ces facteurs exogènes, la conjoncture économique et financière de nombreux pays africains pourrait susciter la méfiance des investisseurs. C’est notamment le cas en Afrique du Nord. En Tunisie, la croissance est faible (1 % en 2015 et 3 % en 2016, selon le FMI), le contexte sécuritaire tendu et les marges budgétaires du gouvernement limitées. Autant d’éléments qui pénalisent la place de Tunis. Et le bureau d’études indépendant AlphaMena ne prévoit pas d’amélioration avant le second semestre de cette année sur la Bourse tunisienne, même si certaines valeurs comme la Société de fabrication des boissons de Tunisie (SFBT) ou les banques privées (Amen Bank, Attijari Bank et Banque internationale arabe de Tunisie) ont un potentiel d’appréciation.

À Casablanca, deuxième Bourse du continent en termes de capitalisation, les signaux sont très mitigés, avec une croissance économique prévue de 3,7 % en 2016. Certes, le Maroc est considéré comme un îlot de stabilité sur le plan politique et dispose d’actifs solides et de qualité, mais le marché souffre d’une valorisation importante et d’une faible liquidité. « Pour dynamiser la place de Casablanca, la part du flottant qui s’échange sur le marché doit augmenter. Par ailleurs, la transparence et la quantité d’informations publiées par les sociétés doivent s’améliorer, avec notamment l’obligation de publier des résultats trimestriels », affirme Kais Kriaa, directeur de la recherche chez AlphaMena. Au-delà de ces aspects réglementaires, la croissance bénéficiaire des sociétés cotées pourrait enfin être au rendez-vous cette année, après cinq années de vaches maigres, anticipe le bureau d’études. De quoi soutenir une éventuelle reprise des cours

Il est préférable de miser sur des secteurs défensifs exposés à la consommation des Égyptiens, comme l’agroalimentaire et les télécoms », conseille Kais Kriaa

La Bourse égyptienne, quant à elle, ne retrouvera pas son niveau d’avant la révolution, malgré un retour relatif de la croissance économique (4,3 % en 2016, selon le FMI). Si la place du Caire compte une multitude de sociétés cotées, beaucoup d’entre elles souffrent de la dégringolade de la livre égyptienne et des problèmes énergétiques du pays. C’est le cas par exemple des grands cimentiers ou des métallurgistes. « Il est préférable de miser sur des secteurs défensifs exposés à la consommation des Égyptiens, comme l’agroalimentaire et les télécoms », conseille Kais Kriaa.

De son côté, la Bourse d’Alger pourrait enfin sortir de sa léthargie et faire retentir sa cloche, avec plusieurs introductions attendues en 2016, notamment celle du groupe pharmaceutique Biopharm, fin janvier. Néanmoins, le retard accumulé par la place d’Alger depuis des années sera encore long à rattraper.

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