Agroalimentaire

Plombé par la chute des prix du sucre, Somdiaa rebondit ailleurs

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La farine est le deuxième pilier du groupe (ici, le magasin de la SGMC, sa filiale camerounaise, à Douala).

La farine est le deuxième pilier du groupe (ici, le magasin de la SGMC, sa filiale camerounaise, à Douala). © SOMDIAA

Face à l’effondrement du cours de l’or blanc, le producteur français a dû retarder son plan d’investissement… et apprendre à se diversifier, notamment dans l’alimentation animale.

Face à une rude concurrence, il fallait bien réagir. En 2012, Somdiaa, leader de la production de sucre au Cameroun, au Gabon et en Côte d’Ivoire mais aussi présent au Congo et au Tchad, annonce un plan d’investissement de quelque 320 millions d’euros sur cinq ans. Objectif : augmenter les capacités de production pour atteindre 475 000 tonnes à l’horizon 2020, contre 335 000 au début des années 2010, et améliorer les rendements – « décevants », selon un expert du secteur.

Le programme vise principalement le Cameroun, place forte de l’entreprise, qui totalise près de 35 % de son chiffre d’affaires. Aujourd’hui, « nous sommes au milieu de ce plan quinquennal, souligne le PDG, Alexandre Vilgrain, qui a reçu Jeune Afrique au siège du groupe, à Paris. Nous sommes en train de nous assurer que ce plan a donné des résultats au Cameroun, mais aussi dans les autres pays ». Le petit-fils du fondateur de Somdiaa admet que le groupe a pris du retard en raison d’un contexte difficile : « Nous avons dû suspendre les investissements fin 2013 pendant un an car nous n’arrivions plus à vendre notre sucre. Ce n’était pas la peine d’investir. »

En cause, la chute des prix sur le marché international, inondé par les gigantesques volumes du Brésil, mais aussi les importations frauduleuses massives en Afrique, provenant du Nigeria et du Soudan. Bousculé, le groupe français a été contraint de fermer définitivement l’une de ses deux usines de sucre au Tchad (10 % du chiffre d’affaires) en 2012, mais il est parvenu à conserver son second site. Un temps évoquée, la fermeture d’une autre usine au Cameroun a été évitée. Principalement porté par l’activité sucrière (environ 70 %), son chiffre d’affaires a chuté de 447 millions à 388 millions d’euros entre 2012 et 2013 (pour des résultats nets de 38,9 millions et 29,6 millions d’euros respectivement). Malgré ces difficultés, l’entreprise reste à l’écoute des opportunités, souligne le patron de l’entreprise, dont 80 % du capital appartient au groupe Castel. « Nous avons huit sucreries. En avoir d’autres permettrait de réaliser des économies d’échelle. »

Une diversification dans la farine et le domaine avicole

Mais le groupe ne veut plus dépendre uniquement du sucre. Il souhaite développer le secteur de la farine, son deuxième pilier (actuellement 30 % du chiffre d’affaires). Fin 2014, Somdiaa a ainsi racheté la Société générale des moulins du Togo. Et dans ses moulins, de nombreux sous-produits peuvent être valorisés en alimentation animale. Une aubaine à l’heure où la consommation de viande augmente en Afrique. « Nous souhaitons qu’à terme l’alimentation animale représente 20 % de notre chiffre d’affaires », affirme Alexandre Vilgrain, précisant qu’il voudrait voir les revenus du groupe passer de 422 millions d’euros (en 2014, pour un Ebitda de 109 millions d’euros) à « 700 ou 800 millions ». Pour l’instant, cette activité n’existe qu’au Gabon, où le marché était déjà développé. Mais l’objectif est de se lancer au Cameroun, où Somdiaa s’est associé au groupe Avril, l’un des leaders du secteur en France.

Toujours au Gabon, l’entreprise a tenté un deuxième pari. Historiquement, sa filiale, la Société meunière et avicole du Gabon, produit des œufs. En 2009, quand la grippe aviaire entraîne un blocage des importations de volailles, l’entreprise décide d’en prendre son parti. « On ne pouvait plus importer nos propres poussins donc on en a fait. Nous les vendons à des éleveurs, avec l’alimentation animale », poursuit Alexandre Vilgrain. Le groupe produit 350 000 poussins par an et réfléchit à reproduire ce modèle au Cameroun d’ici à 2017 : « Avec les problèmes de grippe aviaire, tous les pays devraient faire cela. » Néanmoins, Somdiaa ne tentera pas l’aventure en Côte d’Ivoire, où la Société ivoirienne de productions animales est déjà bien installée.

Enfin, le groupe français veut miser sur ses compétences dans l’agriculture. Au Congo, il cultive du maïs depuis quelques années. Sa farine est appréciée des consommateurs, ses sous-produits nourrissent les animaux et le gruau (ou grits) entre dans la production de bière. Pour ce dernier débouché, Somdiaa a un client tout trouvé : Castel domine le marché en Afrique francophone.


La guerre avec Cosumar n’aura pas lieu

Au Cameroun, Somdiaa peut respirer. Cosumar, qui prévoyait d’investir 90 millions d’euros dans un projet sucrier dans l’est du pays, jette l’éponge. L’État invoque des difficultés de financement. Mais selon nos informations, le groupe marocain aurait été refroidi par la passivité des autorités face au problème des fraudes massives, qui mine le secteur. Surtout, il n’aurait pas apprécié que le gouvernement veuille lui imposer l’entrée dans son capital de Dieudonné Mirabeau Dong Thry Dong et sa société Justin Sugar Mills, controversés promoteurs à l’origine du projet.

 

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