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Cet article est issu du dossier «Londres, l'Africaine»

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Musique

Musique : black power londonien

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Mis à jour le 31 décembre 2015 à 09h15
Tinie Tempah en concert, en mars 2015.

Tinie Tempah en concert, en mars 2015. © DSQ/WENN.COM/SIPA

Si l’heure de gloire du jazz sud-africain et de l’afrobeat nigérian fait désormais partie du (glorieux) passé de Londres, la capitale britannique n’a pas fini de bouger au rythme des sonorités africaines.

À vous balader dans les rues de Londres en longeant la Tamise ou en vous enfonçant en métro dans les quartiers périphériques, tout indique que vous aurez plus de chances d’y entendre du « grime », mélange de sons garage, de drum and bass et de hip-hop, plutôt que les envolées des cuivres d’un jazz-band de Soweto. Pis, pour les inconditionnels des années 1970, le rap nigérian y a depuis longtemps acquis ses lettres de noblesse, et au passage relégué au second plan les claviers de Fela Kuti.

Seulement, rien ne permet d’affirmer que le black power à la londonienne a perdu de sa superbe. La mixité de la métropole a en effet contribué à ériger nombre d’artistes d’origine africaine au rang d’icônes et de pop stars, tant pour le public blanc que pour les membres de la diaspora, au point que BBC et consorts ne s’y trompent pas en leur réservant une place de choix sur leurs ondes.

D’origine nigériane, né dans le quartier de Hackney en 1989, Timothy McKenzie, alias Labrinth, est ainsi, à 26 ans, l’un des chanteurs-compositeurs les plus courus des Londoniens. Surnommé « le petit génie » par le producteur Simon Cowell, il s’est fait une place de choix dans les charts, notamment avec son premier album, Electronic Earth, sorti en 2012. Et il n’est pas le seul.

Comme lui, Patrick Chukwuemeka Okogwu, de son nom de scène Tinie Tempah, né de parents nigérians en 1988 dans le sud-est de Londres et ayant grandi à Plumstead, ou encore Dizzee Rascal, d’origines nigériane et ghanéenne, né en 1984 à Bow, quartier de naissance du « grime », se sont imposés sur les bords de la Tamise.

Véritables enfants de Londres, Labrinth, proche de la chanteuse Emeli Sandé, d’origine zambienne, et Tinie Tempah sont les héritiers d’une culture sans frontières (travaillant aussi bien entre eux qu’avec Coldplay ou David Guetta), mais pas sans racines, qui continue de se développer dans nombre de quartiers.

Dans les rues de Deptford, qui fut l’un des lieux de la révolte sociale de 2011, continue ainsi de battre le cœur de l’Afrique de l’Ouest. Habité par une importante communauté ouest-africaine et caribéenne, ce faubourg, bordé au nord par la Tamise et connu pour son marché et ses maisons victoriennes, a notamment accueilli les célébrations du cinquantenaire de l’indé-pendance de la Côte d’Ivoire, en 2010, sur les rythmes d’Awilo Longomba et d’Ice T. Cool, en concert à l’Albany Theater.

C’est également dans ce quartier, comme dans celui, voisin, de Canning Town, que continuent de résonner les sons des légendes de l’afrobeat. Si la foule y est moins nombreuse qu’au Pier One, qui se targue d’être le premier établissement « afro » de la capitale, il suffit de pousser la porte du Bunker Club, établissement intimiste de 150 places, du Number3London ou encore du Big Red pour replonger dans l’univers de Fela Kuti et des artistes nigérians qui arpentaient à loisir les allées de Kensington.

Grâce aux productions du collectif MogaDisco, régal de musique électronique aux sonorités funk, et malgré les prix de l’immobilier qui flambent, une atmosphère des années 1970 s’offre encore aux mieux renseignés. Si les légendes de l’afrobeat ont arrêté d’arpenter ces rues, que les rastas afro-caribéens des Black Roots ont depuis longtemps mis fin à leur combat contre Margaret Thatcher et que les concerts de Dudu Pukwana et Mongezi Feza ont cessé d’alimenter les caisses du Congrès national africain (ANC), c’est malgré tout une certaine idée du passé irrémédiablement liée à l’Afrique qui survit dans les allées pavées de Deptford.

Felabration! by Mogadisco on Mixcloud

Cette survie est également l’objectif, en partie réussi, de Brixton, l’autre quartier historique de la communauté africaine. Même si le disquaire Sterns de Warren Street, qui voyait les artistes se réunir pour échanger des vinyles comme des opinions politiques, a fini par se résoudre à fermer ses portes, emportant avec lui, malgré une présence sur internet, une partie de la légende de la musique afro-caribéenne.

La relève est toutefois bien présente, à deux pas des Black Cultural Archives et des galeries de Brixton Hill. Au premier rang : Mpho Skeef. Chanteuse et musicienne oscillant entre la pop, le nujazz et la musique électronique, née en 1982 à Soweto, en Afrique du Sud, d’une mère militante antiapartheid, elle a grandi dans le sud de Londres, entre Stockwell, Clapham et Brixton, à partir de l’âge de 4 ans.

Inspirée par la musique des années 1970 et 1980, influencée par le reggae, la soul ou le R’n’B, elle représente aujourd’hui cette génération d’artistes, assemblage hétéroclite de fils d’immigrés nigérians et ghanéens et de filles de militants sud-africains en exil. Ni éloignés de leurs racines ni pris dans le carcan des « artistes de couleur », ils révèlent aujourd’hui ce que Londres a de meilleur à offrir, de Brixton à Deptford en passant par Canning Town : la mixité de sa culture.

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