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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : c'est déjà demain»

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BTP & Infrastructures

Côte d’Ivoire : les Abidjanais se baigneront-ils à nouveau dans la lagune ?

La première phase d'aménagement doit s'achever en 2019. © KOFFI & DIABATÉ ARCHITECTES

Adieu boues et déchets, la réhabilitation de la baie de Cocody est en cours. Pour qu'un jour les Abidjanais puissent de nouveau profiter des joies de la plage.

Les immenses panneaux publicitaires placardés le long du chantier attirent les regards des automobilistes à l’arrêt sur le boulevard Charles-de-Gaulle. Les plans de simulation du futur aménagement de la baie de Cocody montrent, au-dessus d’une eau bleue et limpide, un pont majestueux traversant la lagune Ebrié pour rejoindre la cathédrale Saint-Paul, côté Plateau. Au pied de l’édifice religieux : un port de plaisance, avec ses pontons, ses commerces et ses bars, animés par les passants. Un peu plus loin, une plage couverte de cocotiers, digne d’une île paradisiaque.

Comme par un coup de baguette magique, Abidjan pourrait retrouver sa quiétude d’antan, lorsque ses habitants aimaient passer des heures au bord de la lagune, le week-end, lors de ces moments de détente propices aux rencontres et immortalisés dans La Pyramide humaine, le film réalisé en 1959 par Jean Rouch. « On espère qu’un jour les Abidjanais pourront de nouveau se baigner et pêcher du poisson, s’enthousiasme Ali Ouazzani, directeur général de Marchica Med, l’entreprise publique marocaine chargée du projet. Nous voulons joindre l’utile à l’agréable. Mais il faut d’abord assainir la lagune, déboucher les chenaux pour éviter de nouvelles inondations, recréer autour une coulée verte et réorganiser les infrastructures routières. C’est un projet multiforme Sud-Sud qui doit sceller la coopération ivoiro-marocaine. »

Un grand chantier

Sur le terrain, les bulldozers sont déjà en action pour déblayer une zone marécageuse, mélange de boue noirâtre et de vieux objets charriés par les courants. Les opérations de dragage du fond lagunaire ont commencé cet été du côté du carrefour de l’Indénié. Une fois débouchés certains canaux, un nouveau chenal de 525 m doit être creusé en direction de Grand-Bassam, les barrages d’écrêtement seront réhabilités, et l’ensemble du réseau d’évacuation des eaux usées rénové afin d’éviter une fois pour toutes l’engorgement malodorant de l’Ébrié. Puis, lorsque le lien avec l’océan aura été rétabli et que le flot constant d’eau salée se déversera de nouveau dans la lagune, les jacinthes d’eau qui menacent la biodiversité disparaîtront naturellement.

Coût total de la première phase d’aménagement, qui doit s’achever en 2019 : entre 100 milliards et 200 milliards de F CFA (de 150 millions à 300 millions d’euros). « C’est un chantier de longue haleine, précise Ali Ouazzani. Le président Ouattara a misé sur notre expérience, car nous avons eu affaire à des cas similaires au Maroc avec le fleuve Bouregreg, près de Rabat, mais aussi à Nador, du côté de la frontière algérienne, où la lagune, très polluée et obstruée de toutes parts, s’était transformée en une décharge sauvage. Dans les deux cas, nous avons réussi à assainir les bassins d’eau et à recréer un environnement autour. »

L’aspect purement architectural n’est qu’une partie du projet, plus global, de restauration de l’écosystème lagunaire, prévient Ibrahim Touré

La deuxième phase de développement devrait commencer fin 2019. La modernisation du vieux stade Félix-Houphouët-Boigny, la construction d’un viaduc et d’un centre commercial font partie des grands travaux à venir. « L’aspect purement architectural n’est qu’une partie du projet, plus global, de restauration de l’écosystème lagunaire, prévient Ibrahim Touré, conseiller au Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD). Pour cette seconde phase, nous avons une liste d’architectes locaux que nous allons interroger. Il y aura certainement une coopération entre les entreprises marocaines et les grands cabinets d’Abidjan. »

Cet immense chantier environnemental est considéré comme l’un des plus ambitieux de toute l’histoire de la Côte d’Ivoire. Seul regret : « Le projet semble privilégier un développement commercial de la zone plutôt qu’une promenade verte, déplore l’architecte Issa Diabaté. Abidjan manque pourtant cruellement d’espaces verts. »

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