Politique

Rwanda : droit de réponse des FDU-Inkingi, le parti de Victoire Ingabire

La présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU-Inkingi), Victoire Ingabire, le 5 septembre 2011, à Kigali, au Rwanda. © Shant Fabricatorian/AP/SIPA

Le parti de Victoire Ingabire, les FDU-Inkingi, nous a fait parvenir le droit de réponse suivant.

Dans son numéro du 25 novembre 2015, Jeune Afrique a, par la plume de Mehdi Ba, mis en cause la qualité de « prisonnière politique » de Victoire Ingabire, présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU-Inkingi), parti d’opposition au FPR (au pouvoir au Rwanda).

Le journaliste estime qu’elle ne mérite pas ce statut puisqu’elle a été condamnée comme une criminelle. Les FDU-Inkingi voudraient exercer leur droit de réponse à l’article précité afin de mieux éclairer le public sur le bien-fondé du statut de « prisonnière politique » de Mme Ingabire et de demander au régime de Kigali de procéder à sa libération inconditionnelle.

Le journaliste s’attaque à elle essentiellement sur deux points : le discours au mémorial de Gisozi et sa participation alléguée à un groupe armé.

Le discours de Gisozi

Le discours de Victoire Ingabire au mémorial de Gisozi a été outrancièrement interprété et dénaturé par les dirigeants et les médias proches du pouvoir. L’acharnement subi montre une intention de faire taire une grande voix des sans-voix qui demandent justice et égalité des chances.

Mme Ingabire a commis le crime de demander un dialogue inclusif en vue de plus de justice, seule condition à la réconciliation des Rwandais. Oser proposer une alternative au système dictatorial en place a retenti comme une provocation dans l’esprit de Paul Kagamé et de son groupe.

Dans son livre Entre les 4 murs du 1930, Mme Ingabire déplore que des survivants du génocide se soient sentis blessés quand elle a, au mémorial des Tutsis, évoqué les crimes contre l’humanité perpétrés contre les Hutus. Mais elle les rassure : « Je demande même pardon à quiconque se serait senti offensé par mes mots. Mais je reste convaincue que pour arriver à une réconciliation effective du peuple rwandais, il faut qu’on parle explicitement de tous les crimes commis au Rwanda, sans tabou (p. 159). »

En tant que leader de l’opposition politique, elle a dénoncé l’opacité concernant les responsabilités dans le drame rwandais ainsi que la discrimination pratiquée entre les victimes du génocide et celles des massacres à grande échelle commis au Rwanda et au Congo. Les victimes hutues étant oubliées et dénigrées, aucune réconciliation ne peut être envisagée. Dans son discours, elle réclamait l’égalité des chances entre les vivants et un égal traitement entre les morts hutus et tutsis, véritable condition de l’apaisement et de la réconciliation. Cette quête de vérité et de justice soulèvera un tollé dans les milieux proches du pouvoir.

Est-ce un crime de réclamer plus de vérité et de justice pour le peuple opprimé ? Nous croyons qu’il s’agit, de la part de M. Mehdi Ba, d’une erreur de jugement qu’il corrigera à l’avenir. La démarche de Mme Ingabire vise à proposer au peuple rwandais une alternative crédible et pacifique. En cela, elle est une prisonnière politique.

La participation à un groupe armé

Dans son livre, la présidente des FDU-Inkingi précise : « Au moment où nous discutions de la mise en place de notre organisation, les Forces démocratiques unifiées, nous avons passé en revue toutes les options et tous les choix stratégiques… Mais au final, nous nous sommes mis d’accord pour une stratégie de lutte non violente, pour la survie de notre peuple. Les FDU-Inkingi et mon action répondent à cette seule et unique stratégie. Vos témoins peuvent dire ce que vous leur dites de dire, vous ne trouverez nulle part, ni dans mes écrits, ni dans mes discours, là où nous préconisons le recours à la lutte armée. De même, il sera difficile de prouver mon implication dans des actes de terrorisme (p. 160). »

Le FPR a pour stratégie de contrôler la preuve à charge par la délation et la fabrication de faux témoignages, via des associations chargées de fabriquer des accusations. Lesdites associations, couplées avec les forces de police et de renseignement ainsi que les administrations, identifient des témoins à charge potentiels. Mme Ingabire a subi des malversations de nature à casser son moral et à décourager tous ses témoins à décharge. Des preuves ont été inventées à partir des incidents mêmes qu’elle a connus au niveau des instances administratives où elle est allée chercher sa carte d’identité et un logement. Tout cela était orchestré d’avance. Elle fut l’objet de violences verbales et médiatiques, puis physiques (attaque au bureau de secteur de Kinyinya, le 3 février 2010).

Par la suite, une grande concertation au niveau national entre le parquet général, les services de renseignements, les services administratifs et les associations de rescapés a abouti à des accusations imaginaires et à des menaces à l’encontre des témoins à décharge pour les dissuader de témoigner. Des observateurs étaient ahuris lorsque l’avocat et professeur américain, Me Peter Erlinder, a été arrêté et empêché de défendre Victoire Ingabire. Le régime voulait signifier que nul ne serait libre de lui prêter main-forte. Si on arrête un avocat aussi réputé, un simple citoyen ne pourrait oser la défendre. De fausses preuves ont été produites, dont des e-mails supposés ; de vrais-faux officiers des FDLR devaient l’accuser de collaborer avec eux.

Pour le FPR, la justice acceptable est celle qui sert ses intérêts pour pourfendre ses adversaires réels ou supposés. Les enquêtes n’ont été menées qu’à charge. On soumettait à des témoins préalablement « formatés » les prémices accusatoires qu’ils devaient confirmer et répéter comme des perroquets. C’est sur cette base-là que Mme Ingabire a été condamnée. Le général Kagamé l’avait déjà condamnée dès le début de l’enquête avec des déclarations très incriminantes dans les médias, au mépris de la présomption d’innocence. Cet acharnement montre clairement que Victoire Ingabire est une prisonnière politique.

Quant au fameux groupe armé, ni la Haute Cour ni la Cour suprême n’ont prouvé son existence. Les rares témoins à charge se sont tous rétractés en appel. La Cour suprême a invalidé toutes preuves à ce sujet.

En conclusion, il est clair que le statut de « prisonnier politique » de Mme Ingabire ne peut être remis en doute, ainsi que l’avait laissé entendre l’auteur de l’article. Aussi exigeons-nous sa libération.


 

RÉPONSE DE LA RÉDACTION

Dans six passages au moins, J.A. a relayé la conviction des partisans de Victoire Ingabire que celle-ci a été condamnée pour des motifs politiques. L’article évoque en revanche trois dimensions susceptibles d’entacher le mythe que son parti prétend imposer à l’opinion internationale.

1) Victoire Ingabire s’est engagée en politique au sein d’un parti en exil (le RDR, dont elle a été la présidente) qui comptait parmi ses mentors les principaux responsables du régime et de l’armée génocidaires, lesquels seront condamnés par la justice internationale.

2) Son discours au mémorial de Gisozi mettait sur un pied d’égalité le génocide des Tutsis et les crimes commis au Rwanda ou en RD Congo contre des Hutus. Comme nous l’avons écrit, il a donc pu être « interprété comme une volonté de réhabiliter […] la thèse d’un double génocide chère aux milieux négationnistes ».

3) Au vu de plusieurs documents saisis à son domicile personnel par la justice néerlandaise – certains annotés de sa main -, nous avons rendu compte des présomptions que Victoire Ingabire ait tenté de constituer un groupe armé destiné à déstabiliser le Rwanda.

J.A. s’est contenté d’éclairer ces zones d’ombre jusque-là occultées ou ignorées.

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