Agroalimentaire

Vent de révolte contre la domination de Cotusal sur le sel tunisien

Le sel serait pour la Tunisie, le nouvel "or blanc"

Le sel serait pour la Tunisie, le nouvel "or blanc" © AFP

La société française Cotusal exploite « l’or blanc » du pays en vertu d’une convention datant de… 1949. N’est-il pas grand temps de la revoir ?

Zakaria Hamad, le ministre tunisien de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines, s’attendait à parler pétrole et phosphates avec les élus de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) lors des discussions portant sur le budget 2016 de son portefeuille. Mais ils l’ont pris au dépourvu en mettant le sel au cœur des débats.

L’essentiel de son exploitation échappe en effet au pays. Depuis 1949, sa production est gérée par la Compagnie générale des salines de Tunisie (Cotusal), une société française passée au travers de la vague de nationalisations lancée après l’indépendance de 1956, puis du collectivisme qui avait mis en coupe réglée le tissu productif tunisien entre 1963 et 1969.

Une question de souveraineté nationale

La filiale du groupe français Salins réalise près de 18 millions de dinars (plus de 8 millions d’euros) de chiffre d’affaires avec une production annuelle de 1 million de tonnes de sel (sur 1,5 million de tonnes extraites au total dans le pays), dont 750 000 tonnes sont destinées à l’exportation. Soit à peine plus de 1 % des exportations minières du pays, dont la valeur s’élève à 1 680 millions de dinars. Mais les députés, piqués au vif, en font une question de souveraineté nationale, estimant qu’aucune ressource n’est négligeable et que le sel est le nouvel or blanc. Ils s’insurgent aussi contre près d’un siècle de quasi-monopole : la Compagnie résulte de la fusion de quatre entreprises qui exploitaient les salines de Khniss, Sidi Salem, Thyna et Radès depuis 1903, et un premier concurrent n’a été introduit sur le marché qu’en 1994.

Lancés dans un véritable réquisitoire nationaliste contre la compagnie française, les représentants du peuple remarquent que la Cotusal ne divulgue ni ses résultats ni la composition de son conseil d’administration et que la convention – toujours en vigueur – prévoit le paiement « d’une redevance d’occupation du domaine public fixée à 1 franc par hectare et par an pour la totalité des superficies du domaine public concédées ». Plus curieux encore, la convention, renouvelable tous les quinze ans, ne peut être résiliée qu’après un préavis de dix ans.

Face à cet assaut, la Cotusal s’engage « à se soumettre aux changements de la loi ». Une réponse à Zakaria Hamad, qui compte « soit signer une nouvelle convention avec la Cotusal, soit faire migrer cette convention qui lui est spécifique vers le code minier »… en 2029 !

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