Environnement

Le climat, un impératif économique et moral

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Desmond Tutu est archevêque anglican du Cap, Prix Nobel de la paix 1984.

Une forêt en partie brûlée près de Mweso, en RDC. © Melanie Gouby/AP/SIPA

Une tribune signée par Desmond Tutu et Trévor Manuel, ancien ministre sud-africain des Finances.

Il arrive trop souvent que l’on doive choisir entre ce qui est moralement juste et ce qui est économiquement bénéfique. Les différentes options semblent parfois mutuellement s’exclure, rendant le choix excessivement difficile. Il arrive en revanche que la morale et l’intérêt économique se rejoignent, créant alors une opportunité immanquable. Nous pensons que c’est aujourd’hui le cas de la lutte contre les changements climatiques.

L’impératif moral est ici indiscutable, dans la mesure où les effets des changements climatiques sont plus fortement ressentis par les populations pauvres, qui sont aussi celles qui bénéficient le moins des activités économiques précisément à l’origine de ces phénomènes ; de plus, les changements climatiques pourraient bien accentuer la pauvreté et les inégalités dans l’avenir.

Les bienfaits économiques de la lutte contre les changements climatiques sont eux aussi clairement visibles. Après tout, ces changements engendrent des coûts importants. En outre, la conception d’une économie « verte », fondée sur des innovations technologiques constantes, constitue le moyen le plus judicieux et le plus efficace de créer de nouveaux moteurs de croissance durable et de création d’emplois pour les prochaines générations.

Il est indispensable que des mesures soient prises au niveau individuel mais aussi à l’échelle des entreprises, des villes et des États. Néanmoins, les changements climatiques constituent une problématique planétaire et exigent par conséquent une solution mondiale. Le principal outil réside dans l’élaboration d’un accord universel. C’est la raison pour laquelle les dirigeants mondiaux doivent saisir l’opportunité que représente la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Paris, pour élaborer un plan d’action unique à l’échelle planétaire.

Il est nécessaire que l’accord final comprenne un plan de décarbonisation ambitieux

En réalité, les dirigeants mondiaux s’y sont déjà engagés. La Conférence de Durban, en 2011, avait abouti à une entente sur l’adoption rapide – au plus tard en 2015 – d’un accord universel et juridiquement contraignant autour des changements climatiques. D’importants progrès ont été accomplis depuis. Ces derniers mois, de nombreux États ont présenté leur programme post-2020 de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais si nous entendons voir le rassemblement de Paris produire des résultats, il est nécessaire que l’accord final comprenne un plan de décarbonisation ambitieux et efficace pour les cinquante prochaines années.

Les engagements à court et à moyen terme ne pourront suffire à honorer la promesse, formulée par les gouvernements mondiaux en 2009 et réitérée en 2010, de plafonner la hausse des températures mondiales à 2 °C par rapport à leur niveau préindustriel. Il est indispensable que soit élaborée – et respectée – une stratégie à long terme de réduction progressive des émissions de gaz à effet de serre.

Une telle stratégie pourrait notamment faire intervenir des incitations à l’investissement dans les solutions faiblement émettrices de CO2. Quelque 90 000 milliards de dollars devant être investis dans les infrastructures du monde entier au cours des quinze prochaines années, l’impact positif d’une telle approche pourrait se révéler considérable – pour ne pas dire décisif.

Jamais l’impératif moral et économique de la lutte contre les changements climatiques n’a été aussi fort. Bien que la démarche s’annonce difficile, bien que des défis nouveaux et imprévus nous attendent, puisons l’inspiration dans cette formule célèbre de Nelson Mandela : « Les choses apparaissent toujours impossibles, jusqu’à ce qu’on les accomplisse. » Se présente aujourd’hui à nous l’opportunité sans précédent de préparer un avenir plus durable, plus prospère et socialement plus juste. La préparation de cet avenir doit commencer dès à présent.

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