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Cet article est issu du dossier «Sénégal : à contre-courant»

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Politique économique

Sénégal : une croissance en hausse, mais encore peu inclusive

Vue du terminal du Port autonome de Dakar, le 26 juin 2014. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Dans le top 10 des plus réformateurs… et parmi les 25 plus pauvres du monde. Le point sur les grands indicateurs, la plupart au vert, d'un pays qui a renoué avec la croissance, mais où la vie reste chère.

Comme au temps du régime précédent, déjà, le Sénégal est en chantier. De nombreux projets du plan Sénégal émergent (PSE) ont démarré ces derniers mois, de l’autoroute Thiès-Touba à la construction de la ville nouvelle de Diamniadio ou de plusieurs centrales électriques sur le territoire. En plus de doter le pays des infrastructures modernes qui lui manquaient, ces grands travaux apportent plusieurs milliers d’emplois à une jeunesse confrontée au chômage.

La bonne tenue de ses fondamentaux macroéconomiques permet au Sénégal d’avoir aujourd’hui les moyens de ses ambitions. Le pays a renoué avec une croissance qui l’avait boudé pendant près d’une décennie. Selon les derniers chiffres du FMI, le PIB a progressé de 4,7 % en 2014, il est projeté à 5,1 % pour la fin de cette année et à 5,9 % pour 2016. Dans la foulée, l’essentiel des grands indicateurs économiques est au vert, grâce notamment à des finances publiques en bonne santé : l’endettement se creuse mais semble sous contrôle, l’inflation est au point mort et les déficits se résorbent lentement.

Dans le même temps, les efforts d’amélioration de l’environnement des affaires pour attirer les investissements privés se poursuivent. En 2016, le Sénégal figure, pour la seconde année consécutive, dans le top dix des pays les plus réformateurs du rapport « Doing Business » établi par la Banque mondiale. Les bémols ne manquent pourtant pas, de l’accès au foncier à la lenteur réglementaire des conflits commerciaux…

Une augmentation générale du coût de la vie

Ce cadre macroéconomique satisfaisant cache en effet une réalité bien plus contrastée pour les Sénégalais en général et pour le secteur privé en particulier. Trois ans et demi après l’arrivée de Macky Sall aux affaires, les attentes sociales de la population restent encore très largement à combler. L’augmentation de certains produits et services de base, comme les denrées alimentaires, l’électricité ou l’accès aux soins, érode le pouvoir d’achat au point qu’aujourd’hui la rue a l’impression que « l’argent ne circule pas ». Un sentiment confirmé par les statistiques du FMI, qui vient de classer le Sénégal parmi les 25 pays les plus pauvres au monde en matière de PIB per capita. Au grand agacement des hautes sphères du pouvoir.

« Le Sénégal est en train de vivre un programme d’ajustement structurel qui ne dit pas son nom, soutient Mamour Cissé, homme politique et acteur économique. L’activité tourne au ralenti, les populations, les commerçants ne voient pas la relation qualitative et quantitative de tout cela. » Le gouvernement tente pourtant de multiplier les initiatives sur plusieurs fronts, à commencer par l’accès aux crédits pour les PME-PMI. Indispensable à toute politique de relance de l’offre de production, donc de création de richesses et d’emplois, le secteur privé reste sous la pression fiscale, alors que l’électricité reste chère.

Point de départ de l’exode rural, les campagnes font l’objet d’une grande attention à Dakar, qui, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), va injecter plus de 400 milliards de F CFA (610 millions d’euros) pour financer la construction d’infrastructures socio-économiques et hâter ainsi leur développement. La réussite de tous ces dossiers, fondamentaux dans la politique de croissance économique du pays, s’inscrit évidemment dans la durée. En espérant que les Sénégalais sauront faire preuve de patience.

Source : FMI, Banque mondiale

Terre de contrastes © Source : FMI, Banque mondiale

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