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Cet article est issu du dossier «Sénégal : à contre-courant»

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Société

Hôtellerie : à Dakar, le Djoloff se veut éthique et écolo

Yves Laplace, le propriétaire. © GUILLAUME BASSINET - LENS ON LIFE

Célèbre pour sa déco confiée à des pointures de l'artisanat sénégalais et africain, le chic et cosy « petit » hôtel dakarois s'agrandit. Avec une approche éthique et écolo.

C ‘est un hôtel de charme où déco rime avec écolo. Un cocktail panafricain, aussi, conçu par Yves Laplace, un Français passionné du continent, qu’il n’a plus quitté depuis 1976. Surplombant la baie de Soumbédioune, les murs ocre de la terrasse du Djoloff évoquent la latérite sahélienne. Ses balcons fleuris de bougainvillées sont typiques de l’architecture saint-louisienne. Les tables en mosaïque de son restaurant sont inspirées des zelliges marocains. Quant au mobilier et aux éléments de décoration, ils ont été conçus par des artisans et artistes africains, pour la plupart sénégalais. « Nous voulions privilégier les matériaux locaux et concevoir un hôtel métissé, qui évoque l’Afrique », raconte Yves Laplace.

Situé dans le quartier populaire de Fann Hock, à un jet de pierre de la corniche, le Djoloff fut, dans une autre vie, un bar-dancing et un espace de concert prisé avant de se transformer peu à peu en un lieu interlope, où la dizaine de chambres situées à l’étage servaient d’hôtel de passes. Fermé, délabré, squatté, il n’est plus que l’ombre de lui-même en 2004 lorsque Yves Laplace et son épouse ivoirienne, Ella, le rachètent. Tous deux vivent alors en Côte d’Ivoire, où la situation devient critique. Ils choisissent Dakar comme lieu de repli et acquièrent le bâtiment, sans vraiment savoir ce qu’ils en feront.

Yves Laplace, 66 ans, n’est pas hôtelier, mais ingénieur des Eaux et Forêts. Pendant plus de vingt ans, il a vécu au Congo-Brazzaville, où il a planté 50 000 hectares d’eucalyptus dans les savanes côtières de Pointe-Noire pour le compte de l’État congolais. En 1999, il a poursuivi sa carrière en Côte d’Ivoire, comme consultant dans le cadre de l’agroforesterie et de l’agro-industrie. Et c’est donc à Dakar que le couple se construit une nouvelle vie. Une nouvelle vie, aussi, pour le Djoloff.

La nouvelle vie du Djoloff

Yves et Ella Laplace décident de le réhabiliter pour en faire un hôtel de charme : « À l’époque, il n’existait quasiment pas d’établissements intermédiaires entre les hôtels 4 ou 5 étoiles et les bouis-bouis. De la construction à la décoration, nous voulions avoir recours aux savoir-faire et aux matériaux locaux. » Dans les couloirs, les murs sont ornés de peintures de Solly Cissé et d’Ibrahima Kébé. Les portes des chambres et les têtes de lit sont décorées de fresques réalisées par Jean Gnilane. Le mobilier de la réception, comme les rideaux et les plaids, a été conçu par Aïssa Dione. Divers objets en fer forgé sortent des ateliers d’Ousmane Mbaye.

Le Djoloff nouvelle formule ouvre ses portes en 2008. Et séduit immédiatement. Cette année-là, le jury du prix Albert-Londres y élit domicile pour la remise de son trophée du meilleur reportage. Quatre ans plus tard, de nombreux journalistes venus couvrir la présidentielle y posent leurs valises, devisant, le soir venu, dans son bar et restaurant terrasse face à l’océan, autour d’un verre et d’une assiette de tapas. Le Djoloff voit aussi défiler Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Solange Knowles… L’artiste polyvalent Kader Attia, le photographe Omar Viktor Diop ou la curatrice Koyo Kouoh y ont leurs habitudes.

À sa touche déco, l’hôtel vient d’ajouter une approche écolo. À l’occasion d’une extension qui, à partir de janvier, fera passer sa capacité de 21 à 33 chambres, Yves et Ella Laplace ont opté pour une approche « éthique et écologique ». Les nouveaux bâtiments sont en briques de terre compressée, alternative au tout-béton et dont les bilans énergétique et carbone sont meilleurs. Le système de climatisation est alimenté par une centrale à eau glacée, l’eau chaude, produite par une installation solaire thermique en toiture… Enfin, une cave fera office de lounge et accueillera des orchestres de jazz, sans toutefois chercher l’affluence. « Nous souhaitons conserver au lieu son côté intimiste », sourit Yves Laplace.

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