Société

États-Unis : l’effet Ferguson ou tout ce qui a changé depuis la mort de Michael Brown

Black Lives Matter. Les étudiants de l'école d'ingénierie de l'université du Michigan, à Ann Arbour, manifestent en décembre 2014. © PATRICK RECORD/AP/SIPA

Depuis le meurtre, en août 2014, d'un adolescent noir par un policier blanc, beaucoup de choses ont changé - en bien - dans cette ville du Missouri. Comme dans l'ensemble du pays.

Les événements de Ferguson, ville du Missouri qui s’était enflammée en août 2014 après la mort de Michael Brown, un adolescent noir tué par un policier blanc, ont-ils eu des conséquences durables sur la société américaine ? La réponse est oui. La preuve la plus probante de ce « Ferguson Effect », comme on dit ici, est naturellement la naissance du mouvement Black Lives Matter [la vie des Noirs compte], qui, en un peu plus d’un an, a considérablement influé sur le débat racial.

Ces activistes n’ont aucun leader déclaré. Leur arme principale ? Les réseaux sociaux. En juin, après la tuerie de neuf fidèles africains-américains dans une église de Charleston, ils ont obtenu de l’État de Caroline de Sud qu’il enlève le drapeau confédéré qui trônait sur un mémorial. Ils ont aussi forcé les candidats démocrates aux primaires à prendre position, n’hésitant pas à interrompre leurs meetings, celui de Hillary Clinton à Atlanta, le 30 octobre, notamment. Du coup, cette dernière les a reçus à Washington pour leur exposer les grands axes de sa réforme pénale…

Résultat : tout fait divers dans lequel un membre des forces de l’ordre fait un usage disproportionné de la force à l’encontre d’un Noir fait désormais la une des journaux. En Caroline du Sud, fin octobre, une lycéenne a été expulsée de sa salle de classe pour avoir refusé de lâcher son portable. La scène a été filmée. Elle montre un policier blanc jeter la jeune fille à terre et la traîner par les pieds. Le tollé a été tel que l’agresseur a été renvoyé.

Les conséquences du mouvement

Mais le mouvement a aussi entraîné une prise de conscience accrue des jeunes générations concernant les inégalités raciales, comme en atteste la mobilisation sur le campus de l’université du Missouri début novembre. Un groupe d’étudiants noirs avait demandé la démission du président de l’établissement en raison de son laxisme vis-à-vis de certains incidents racistes. Une croix gammée avait par exemple été dessinée avec des excréments sur la porte d’un dortoir… Les joueurs de l’équipe de football (américain) de l’université – dont la moitié est noire – ont alors menacé de ne pas participer au match suivant, ce qui aurait entraîné une perte de recettes estimée à 1 million de dollars. Ainsi mis sous pression, le président – blanc, bien sûr – a dû se résoudre à passer la main.

Le mouvement a vite fait tâche d’huile dans d’autres universités, comme dans l’Indiana, le Massachusetts ou l’État de New York. À Princeton, des étudiants demandent que l’École des relations internationales ne porte plus le nom de Woodrow Wilson, président (1913-1921) connu sur la scène internationale pour son idéalisme, mais aussi grand défenseur du Ku Klux Klan.

Garry McCarthy, le chef de la police de Chicago, a été limogé par Rahm Emanuel, maire de la ville et ancien conseiller d’Obama

Et puis, le 1er décembre, après le meurtre d’un adolescent noir par un policier blanc et les manifestations qui se sont ensuivies, Garry McCarthy, le chef de la police de Chicago, a été limogé par Rahm Emanuel, maire de la ville et ancien conseiller d’Obama.

Mais il existe un autre effet Ferguson. Fin octobre, James Comey, le patron du FBI, a estimé que, depuis la mort de Michael Brown, les policiers avaient tendance à se montrer moins agressifs, ce qui, selon lui, expliquerait l’augmentation du taux de criminalité enregistrée en 2015 dans une trentaine de grandes villes. À Baltimore, théâtre au mois de mai de violentes émeutes après la mort du jeune Noir Freddie Gray dans une voiture de police, 215 meurtres ont été commis au 1er septembre, contre 138 à la même date en 2014. Même chose à Washington (105 meurtres, contre 73 en 2014) et Saint-Louis (136 contre 85).

Comey a néanmoins dû avouer qu’il n’était pas en mesure d’étayer sa théorie sur une quelconque donnée statistique. Et que la récente libération de détenus pouvait avoir faussé les chiffres… Quoi qu’il en soit, il a été publiquement désavoué par la Maison Blanche. On dit même qu’il aurait été, en tête à tête, sévèrement recadré par Barack Obama !

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