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Politique

Togo : ce que le discret Faure Gnassingbé a prévu de faire pour son 3e mandat

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Mis à jour le 15 décembre 2015 à 13h42
Faure Gnassingbé à Milan (Italie), le 21 août, pour la Journée du Togo organisée dans le cadre de l'Exposition universelle 2015.

Faure Gnassingbé à Milan (Italie), le 21 août, pour la Journée du Togo organisée dans le cadre de l'Exposition universelle 2015. © LOUIS VINCENT

Le chef de l’État reste aussi discret que mystérieux. L’objectif de son troisième mandat est, lui, tout à fait clair : priorité à la politique sociale.

Faure Gnassingbé a le triomphe modeste. Réélu le 29 avril, avec 58,75 % des suffrages exprimés, pour un troisième mandat de cinq ans, il a finalement fait annuler la cérémonie d’investiture en grande pompe que préparait son entourage, estimant que la sobre, brève et incontournable prestation de serment devant la Cour constitutionnelle, le 4 mai, était largement suffisante. Le président togolais est un chef d’État discret. Il parle peu, sort rarement et apprécie davantage la pénombre de son cabinet que la lumière des estrades.

« Où est donc passé Faure ? » s’interrogeait la presse nationale alors que, sitôt réélu, il n’était plus apparu en public pendant quelques jours. La rumeur s’était aussitôt emparée de son cas, insinuant qu’il était décédé mais que la nouvelle était tenue secrète par les services de la présidence… Même à ce point d’élucubration, Faure Gnassingbé a toujours pris le parti de laisser dire. Et laissant donc libre cours aux (hypo)thèses les plus diverses qui ne manquent pas d’être régulièrement avancées sur sa timidité, feinte ou réelle, son célibat assumé, son style vestimentaire à la fois décontracté et austère, etc.

À 49 ans, dont dix à la tête de l’État, le fils du général Gnassingbé Eyadéma, nonobstant ce halo de mystère, continue de tracer sa route. Ses détracteurs ne s’y attendaient pas. Pour eux, le frêle trentenaire au pas hésitant qui, début 2005, avait été propulsé dans un fauteuil présidentiel trop grand pour lui semblait voué à un destin éphémère. Mauvaise analyse.

Le voilà reparti pour un troisième quinquennat, qu’il exercera avec son style, sans coups d’éclat ni forfanterie. Dans son ombre travaillent son fidèle conseiller, le juriste français Charles Debbasch, quelques proches et fidèles placés au gouvernement, à l’instar de Gilbert Bawara, passé du portefeuille de l’Administration territoriale à celui de la Fonction publique lors du remaniement de septembre dernier, ou encore de Robert Dussey, aux Affaires étrangères.

Les adversaires de Faure Gnassingbé hors-jeu

En revanche, ceux qui avaient sous-estimé les capacités du jeune chef d’État sont tombés de haut. À commencer par Kpatcha Gnassingbé, l’éruptif frère faiseur de rois, qui fut limogé du ministère de la Défense après quatre années de cohabitation délétère avec son demi-frère, qui le fit arrêter, en 2009, après la révélation par les autorités américaines d’un complot qu’il aurait ourdi contre lui. Il est incarcéré depuis sept ans à la prison civile de Lomé pour atteinte à la sécurité de l’État.

Autre chute fracassante, celle de Pascal Bodjona. L’ancien directeur de cabinet de Faure Gnassingbé et tout-puissant ministre de l’Administration territoriale, arrêté et inculpé en 2012 après avoir été cité dans une affaire d’escroquerie internationale impliquant un businessman émirati, est toujours incarcéré à la prison de Tsévié.

En disgrâce également : le conseiller naguère influent Barry Moussa Barqué (l’une des éminences grises de Gnassingbé Eyadéma), l’ex-directrice des Impôts Ingrid Awadé, qui a vu son étoile pâlir, ou encore l’ancien chef d’état-major de l’armée, le général Atcha Titikpina, poussé à la retraite.

Faure Gnassingbé est aussi parvenu à mettre hors jeu ses opposants les plus virulents, à l’instar de Gilchrist Olympio ou de Yawovi Agboyibo. Ces derniers mois, il a su apprivoiser son rival Agbéyomé Kodjo, ancien Premier ministre et président de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts), jusqu’à s’en faire un allié, et est parvenu à contenir la fougue de Jean-Pierre Fabre, leader de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) et candidat du Combat pour l’alternance politique (CAP) à la dernière présidentielle, au point de rogner dans l’électorat traditionnellement acquis à l’opposition.

Le Togo, un pays en chantier

Son pouvoir consolidé, il lui reste à faire revenir pleinement le pays dans le jeu diplomatique. De taille modeste, le Togo ne s’interdit désormais plus de jouer dans la cour des grands. Même s’il devait avoir lieu en novembre et qu’il a été reporté, le sommet sur la sécurité et la sûreté maritime qui doit se tenir à Lomé en mars prochain est censé y contribuer.

Ce sera aussi l’occasion de montrer le nouveau visage du pays dont Faure a hérité en 2005, alors perclus de dettes, appauvri par le délabrement de ses infrastructures, par une Administration corrompue et, surtout, par un embargo international qui a duré quatorze longues années, la coopération avec l’Union européenne n’ayant repris qu’en novembre 2007. « Le pays ne bénéficiait plus du concours financier des bailleurs de fonds, nous n’avions plus investi dans les infrastructures, rappelle Adji Otèth Ayassor, le ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances. Depuis, nous avons renoué les fils de la coopération avec nos partenaires, et leur retour nous a permis de bénéficier de financements pour relancer les grands travaux. »

Le gouvernement envisage d’investir dans les voies ferroviaires qui vont vers le nord

Résultat, le pays est un immense chantier. Après l’inauguration d’un troisième quai l’an dernier réalisé par Togo Terminal (filiale de Bolloré Africa Logistics), l’agrandissement du port de Lomé se poursuit avec, notamment, l’objectif de renforcer les capacités logistiques de ce point d’entrée névralgique vers l’hinterland (Burkina Faso, Mali, Niger). La nouvelle aérogare de l’aéroport de Lomé sera entièrement opérationnelle d’ici à quelques mois et le gouvernement envisage d’investir dans les voies ferroviaires qui vont vers le nord, ne serait-ce que pour évacuer le minerai de fer, qui devrait être exploité par un groupe indien.

Mais, pour les cinq années à venir, le gouvernement devra concentrer son attention sur les moyens d’améliorer les conditions de vie des Togolais et d’alléger le coût du panier de la ménagère. « Avec l’aide de la BAD, nous avons d’ores et déjà mis en place un fonds de finance inclusive doté de 12 milliards de F CFA [près de 18,3 millions d’euros] lors du dernier exercice, explique Adji Otèth Ayassor. Nous mettons des ressources dans ce fonds, qui les place dans les établissements de microfinance, lesquels les prêtent à des personnes à faible revenu, surtout aux femmes. » Le gouvernement prévoit d’augmenter la dotation de ce fonds sur l’exercice 2015-2016.

Les déficits en services essentiels (eau et assainissement, électricité, etc.) devraient également se réduire quelque peu, notamment grâce au projet de complexe hydroélectrique mené conjointement avec le Bénin. Pour financer ces infrastructures, le gouvernement compte sur les retombées de sa récente réforme des finances publiques, avec la création de l’Office togolais des recettes (OTR), réforme qui s’accompagne de mesures visant à l’élargissement de l’assiette fiscale. Il n’exclut pas non plus le recours aux marchés financiers et à de nouveaux partenaires tels que la Banque islamique de développement (BID).

« Nous voulons montrer que tout le monde compte, que chaque Togolais bénéficie de l’attention du gouvernement », résume Cina Lawson, la ministre de l’Économie numérique, pour souligner cette volonté de « recentrage » social du nouveau quinquennat. Ce que chaque Togolais ne manquera pas de vouloir vérifier dans les mois à venir.

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