Energie

Gautam Adani, le magnat indien qui voulait exploiter une méga-mine de charbon en Australie et… les écolos

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Gautam Adani

Gautam Adani © SAM PANTHAKY/AFP

Parti de rien, Gautam Adani est aujourd’hui à la tête d’un empire industriel. Son dernier défi ? Exploiter une méga-mine de charbon en Australie. Mais son projet suscite une levée de boucliers.

«Depuis qu’il est au pouvoir, Narendra Modi s’est rendu à l’étranger à dix-huit reprises. Or, contrairement à ce qu’on a pu dire, je ne l’ai accompagné que quatre fois. » Cette déclaration de Gautam Adani remonte au mois de juin dernier. L’homme d’affaires se défendait bec et ongles des accusations de collusion entre son groupe et le chef du gouvernement, originaire, comme lui, du Gujarat. A-t-il oui ou non bénéficié des largesses de l’État pour bâtir son empire ?

Édifié autour de Mundra, premier port privé du pays, dans le golfe de Kutch, et de son immense zone économique spéciale, l’Adani Group a vu son chiffre d’affaires passer de 762 millions de dollars (environ 725 millions d’euros à l’époque) en 2002 à près de 10 milliards aujourd’hui. Une ascension trop vertigineuse pour être honnête, jugent certains, qui contestent les cadeaux fiscaux et l’octroi de terres à bas prix dont il a bénéficié de la part de l’ancien gouverneur du Gujarat, un certain Narendra Modi. « Faux, s’insurge l’homme d’affaires, mon groupe s’est simultanément développé dans quinze États, qui ne sont pas tous dirigés par le Bharatiya Janata Party (BJP, au pouvoir). Et des terres nous ont également été allouées à des conditions avantageuses par les dirigeants du Maharashtra et du Rajasthan, qui sont membres du Parti du Congrès. »

Reste qu’en quelques années Gautam Adani, rejeton d’une modeste famille d’ouvriers du textile, s’est bel et bien hissé aux premiers rangs des grandes fortunes indiennes, au côté des Tata, Ambani et consorts. Le conglomérat qu’il dirige possède une dizaine de ports. Il est également présent dans la production d’électricité, l’agro-industrie, l’immobilier et, bientôt, la défense. Sa force ? L’intégration. Il s’efforce en effet d’acquérir la logistique indispensable au fonctionnement de ses ports : les centrales à charbon et les mines pour les approvisionner.

C’est cette stratégie qui, en 2009, l’incita à acquérir la mine de charbon Carmichael, potentiellement la plus grande d’Australie, dans le Queensland (Nord-Est). Production espérée : 60 millions de tonnes par an. De quoi satisfaire, au moins en partie, les besoins indiens en électricité. Mais le projet ne pourra aboutir sans la construction d’une ligne de chemin de fer entre le site et le port en eau profonde d’Abbot Point, à 190 km de là. Et, bien sûr, sans l’extension de ce même port puisque Adani table sur une augmentation de 70 % des exportations du minerai.

L’agrandissement du port risque, selon les écolos, d’avoir des conséquences irréversibles sur la Grande Barrière, le plus grand site corallien du monde

Les autorités australiennes, qui voient dans l’opération l’occasion de créer 10 000 emplois dans une région en difficulté, se frottent les mains. Mais elles ont quand même assorti leur feu vert de trente-six conditions extrêmement strictes visant à protéger l’environnement. Cela suffira-t-il ? Président de l’Australian Conservation Foundation, l’écologiste Geoff Cousins s’étrangle d’indignation : « Approuver un projet qui va provoquer l’extinction de nombre d’espèces, pomper 297 milliards de litres d’eau dans les nappes phréatiques et produire 128,4 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an est irresponsable. »

L’agrandissement du port risque, selon les écolos, d’avoir des conséquences irréversibles sur la Grande Barrière, le plus grand site corallien du monde (inscrit depuis 1981 au patrimoine mondial de l’humanité). Du coup, une dizaine de banques internationales ont annoncé au cours de l’été qu’elles se retiraient d’un projet très mauvais pour leur image avant l’ouverture du sommet onusien de Paris sur le changement climatique (COP21).

Dans ces conditions, l’opération a-telle la moindre chance d’aboutir ? Compte tenu du niveau de l’endettement de l’Adani Group, de la médiocrité du soutien que lui apportent les banques et de la chute du prix du charbon, elle est indiscutablement mal engagée. Une solution possible serait de nouer une alliance avec un groupe étranger, chinois par exemple, mais elle est jugée « très hypothétique » par Julien Vincent, de l’ONG Market Forces. Surtout après l’échec d’une tentative de partenariat avec le coréen Posco. Mais Gautam Adani dispose-til vraiment d’une autre carte ?

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