Politique

Maroc – Omar El Haddouchi : « Il faut un sursaut national pour faire face à Daesh »

Interdit de prêche, ce cheikh salafiste n'en est pas moins très hostile à l'État islamique, qui l'a condamné à mort.

Interdit de prêche, ce cheikh salafiste n'en est pas moins très hostile à l'État islamique, qui l'a condamné à mort. © Ayoub Al-Jamal/J.A.

Une femme qui souhaite rencontrer Omar El Haddouchi doit se voiler et ne pas le fixer du regard. Par pudeur, ce cheikh salafiste ne regarde jamais son interlocuteur et ce dernier doit en faire autant.

Trois ans après avoir été gracié par Mohammed VI – il avait écopé de trente ans de prison après les attentats de Casablanca en 2003 -, il n’a rien perdu de sa verve. Son nouveau combat : lutter contre Daesh, qui l’a d’ailleurs condamné à mort. Il nous reçoit chez lui, à Tétouan, dans son imposante bibliothèque. On découvre un cheikh féru de nouvelles technologies, disposant de sa propre chaîne YouTube, seul moyen de s’adresser à ses disciples car les autorités lui ont interdit de prêcher.

Jeune Afrique : Pourquoi les jeunes du Nord sont-ils séduits par le discours de Daesh ?

Omar El Haddouchi : Ils sont influencés par l’image déformée de la réalité que donnent les médias sur la situation des musulmans en Birmanie, en Palestine, au Mali, ce qui les amène à développer un discours radical sans réfléchir aux conséquences.

Mais je tiens à préciser que ce phénomène n’est pas une spécificité du nord du Maroc. Les candidats au départ sont répartis dans tout le pays. Vous avez l’impression que le jihad est omniprésent ici car le nombre de départs est plus voyant dans les petites villes.

Le plus grand danger qui nous menace est de voir des takfiristes qui ignorent les vrais fondements de la religion prendre les armes

Pourquoi vous êtes-vous opposé à Daesh ?

Je suis opposé à tout ce qui porte atteinte à la vie humaine. Le premier message de l’islam est la préservation de l’intégrité physique des gens. Le plus grand danger qui nous menace est de voir des takfiristes qui ignorent les vrais fondements de la religion prendre les armes. Leurs émirs ont essayé de m’attirer à eux. Ils en ont fait autant avec des sommités de l’islam, tels les Saoudiens Abdelaziz al-Tarifi et Souleimane al-Alouane. Nous avons refusé de les suivre.

Que faites-vous pour détourner les jeunes de Daesh ?

Je ne peux rien faire. Je suis interdit de prêche depuis ma sortie de prison. C’était le deal avec les autorités pour bénéficier de la grâce royale.

Votre discours doit encore leur faire peur…

Je ne cache pas mes positions. Mais ils savent que je ne suis pas takfiriste et que j’ai une vie sociale et religieuse comme tous les Marocains. Je ne comprends pas leur attitude hostile à mon égard.

Personne n’écoute les conseils des oulémas relevant du ministère des Affaires islamiques, car ils ne prennent pas position sur les débats de société

Pourtant, le cheikh Mohamed Fizazi, gracié en même temps que vous, est autorisé à faire des prêches et a même été reçu par le roi. Vos idées jihadistes doivent encore déranger…

En islam, le jihad a des conditions. Les musulmans ne doivent se défendre que lorsqu’ils sont attaqués chez eux. Le problème réside dans le discours religieux de l’État, qui est décrédibilisé. Personne n’écoute les conseils des oulémas relevant du ministère des Affaires islamiques, car ils ne prennent pas position sur les débats de société et ne disent pas la vérité.

Pour avoir des réponses, les jeunes se tournent alors vers les réseaux sociaux et deviennent une proie facile pour les recruteurs de Daesh. Il faut un sursaut national pour faire face à l’ennemi.

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