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Cet article est issu du dossier «Togo : 5 ans pour tout changer»

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Sport

Football – Togo : pour les Éperviers, la coupe est pleine

Serge Gakpé, lorsqu'il jouait pour le FC Nantes

Serge Gakpé, lorsqu'il jouait pour le FC Nantes © Jean-Sébastien Evrard/AFP

La sélection manque de moyens et souffre de l’organisation erratique de sa fédération. Exaspérés, certains internationaux, dont Serge Gakpé, tirent la sonnette d’alarme pour que « ça bouge ».

En octobre, lassés par les approximations récurrentes de la Fédération togolaise de football (FTF) et de regarder jouer les autres sélections africaines pendant les dates Fifa, les internationaux togolais se sont fendus d’un communiqué mouillé d’acide à l’attention de la FTF, lui demandant de faire preuve d’un peu plus de professionnalisme à l’avenir.

Quelques jours plus tôt, cette dernière avait en effet adressé aux joueurs un courrier les informant que le match amical prétendument prévu le 13 octobre contre l’Égypte, au Caire, n’aurait finalement pas lieu. Et pour cause : les Pharaons, qui ne semblaient pas avoir été mis au courant de cette rencontre, devaient déjà jouer contre la Zambie, le 11 octobre, aux Émirats arabes unis…

C’est donc la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et poussé les Éperviers à rendre leur exaspération publique. « Mais nous aurions dû prendre cette initiative plus tôt, car cela fait des années que nous sommes confrontés à des difficultés majeures », admet Serge Gakpé. À 28 ans, l’international franco-togolais joue au sein de la sélection nationale depuis octobre 2009. « Nous étions tous à bout, poursuit-il. Il fallait faire quelque chose pour faire réagir… Que les choses changent. »

Le ras-le-bol de Serge Gakpé

Avec quelques autres, Gakpé a donc exprimé son ras-le-bol. « Trop de problèmes perdurent. D’une part, on ne joue pas assez de matchs amicaux quand il y a des dates Fifa. On ne peut donc pas préparer convenablement les matchs officiels qualificatifs pour la CAN [Coupe d’Afrique des nations] ou la Coupe du monde. Ensuite, il y a les questions des équipements, des terrains d’entraînement, de l’hébergement, des primes, etc. Tout est toujours fait « à l’arrache ». Et toutes ces choses nous perturbent et nous empêchent de nous concentrer sur le terrain », s’agace l’ancien international français des moins de 21 ans.

« On nous demande d’avoir des résultats et parfois on en obtient d’intéressants, car nous avons un effectif de qualité, poursuit-il. Mais dans ces conditions, on ne peut pas nous demander de rivaliser avec les meilleurs, alors que nous le pourrions… Nos résultats sont moyens car on ne nous permet pas de travailler dans des conditions sereines, et c’est vraiment dommage. Dans l’état actuel des choses, toutes nos performances relèvent presque du miracle ! »

Ce qu’on demande, c’est que ce soit un peu plus carré, même si on sait qu’en Afrique certaines choses sont plus compliquées qu’en Europe, commente Serge Gakpé

Soutenue par le Belge Tom Saintfiet, le sélectionneur des Éperviers – qui commence à comprendre où il a mis les pieds (le Togo a vu défiler treize entraîneurs en quinze ans) -, et par l’ensemble du staff technique (où figure notamment Jean-Paul Abalo, l’ancien capitaine de l’équipe), l’initiative des joueurs n’a pas produit d’effets pendant la confrontation avec l’Ouganda en novembre, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2018. « La pelouse du terrain d’entraînement était tondue, mais c’est tout », maugrée Gakpé. Perdants à domicile (0-1) comme à Kampala (0-3), ils sont éliminés.

Formé à l’AS Monaco, Serge Gakpé a quitté cette année le FC Nantes (France) pour rejoindre le Genoa CFC (club de la classe moyenne de Gênes, en Italie) et est l’un des rares Éperviers à évoluer dans un championnat majeur du Vieux Continent. « Il est clair que si rien ne change vraiment, on risque de voir des joueurs hésiter à venir en sélection, poursuit-il. Je suis très attaché à ma sélection nationale, comme le sont les autres internationaux. Ce qu’on demande, c’est que ce soit un peu plus carré, même si on sait qu’en Afrique certaines choses sont plus compliquées qu’en Europe. » Les deux matchs que les Éperviers livreront fin mars 2016 contre la Tunisie en éliminatoires de la CAN 2017, où ils ont effectué un départ parfait (2 victoires en 2 rencontres), sont très attendus par Gakpé. « Il y a intérêt à ce que des choses bougent… », conclut le joueur, peinant de plus en plus à masquer son agacement.

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