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Cet article est issu du dossier «Togo : 5 ans pour tout changer»

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Politique

Togo – Gerry Komandéga Taama (NET) : « Il faut se débarrasser des racines du vote régionaliste »

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Gerry Komandéga Taama

Gerry Komandéga Taama © DR/Facebook

Le président du Nouvel Engagement togolais (NET), le parti qu’il a créé en 2012, a un parcours atypique.

Après une licence en sociologie à l’université de Lomé, Gerry Komandéga Taama intègre l’école supérieure militaire française de Saint-Cyr, dont il sort officier et diplômé d’une maîtrise en droit international humanitaire. Il sert ensuite dans un régiment blindé au Togo, avant de partir pour la Côte d’Ivoire dans le cadre d’une mission onusienne de maintien de la paix. En 2008, il démissionne de l’armée pour créer ses entreprises, dans la sécurité et dans l’édition. Il dirige notamment les éditions Moffi, où il a lui-même publié un roman, Parcours de combattants (2009) et un recueil de nouvelles, Chroniques de la caserne (2010). Pour sa première candidature, Gerry Taama est arrivé en quatrième position à la présidentielle du 25 avril dernier et, à 40 ans, il est l’une des rares figures crédibles du renouvellement de l’opposition togolaise.

Jeune Afrique : Quels enseignements avez-vous tiré de votre participation à la présidentielle ?

Gerry Komandéga Taama : Que la politique au Togo meurt de l’absence d’innovation et de l’incapacité à produire un nouveau discours. Je continue cependant de croire qu’il est indispensable qu’une nouvelle classe politique commence à émerger. Le danger est que, dans quinze ou vingt ans, on risque fort de se retrouver avec une sorte de vide, parce que les leaders politiques d’aujourd’hui n’auront pas assuré ce renouvellement.

Qu’entendez-vous par là ?

Une partie de l’opposition actuelle est régionaliste et radicalisée. Son électorat constitue une minorité qui bloque l’émergence d’un nouveau discours. C’est à cause d’elle que le Combat pour l’alternance politique [CAP] est dans l’impasse.

Pour en sortir, de nouveaux leaders doivent pourvoir émerger, s’inscrire dans la durée et sensibiliser les jeunes. À court terme, cela semble peine perdue car Jean-Pierre Fabre [le leader de l’Alliance nationale pour le changement, ANC] exerce une fascination telle sur ces électeurs que, quelle que soit la situation, ils se disent « nous, c’est Fabre ou rien ». Il faut donc travailler sur le long terme pour se débarrasser des racines du vote régionaliste.

J’ai perçu de l’État 76 millions de F CFA (115 861 euros) de fonds de campagne, et j’ai fini avec une ardoise, que je rembourse encore, de 19 millions de F CFA

Regrettez-vous d’avoir été candidat ?

Non, mais je ne le referais plus de la même façon. Je reconnais avoir commis des erreurs, car ma décision de me porter candidat date de décembre 2014, ce qui était trop tardif. Non seulement il me fallait rattraper ce retard, mais les gens ne sont pas dupes quand ils nous voient débarquer au dernier moment.

J’aurais dû aussi mieux rationaliser mes dépenses. J’ai perçu de l’État 76 millions de F CFA (115 861 euros) de fonds de campagne, et j’ai fini avec une ardoise, que je rembourse encore, de 19 millions de F CFA… Sans compter que, à cause du zèle de certaines personnes, mes entreprises sont exclues de la commande publique. Le système en place doit tenir compte du fait que nous jouons un rôle républicain et qu’il est aussi de son devoir de nous éviter d’être dans de telles difficultés. Mais quand j’en parle, en général, on me répond : « C’est bien fait pour toi ! »

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