Transports

Avec Grégory Quérel, Necotrans suit le filon minier

Grégory Quérel © VINCENT FOURNIER/J.A.

En rachetant une entreprise du Katanga, le PDG du groupe français espère s'imposer sur toute la chaîne logistique du cuivre, jusqu'à la côte est du continent.

Même s’il n’a que 37 ans, Grégory Quérel, le PDG de Necotrans, n’a rien d’un jeune chien fou. Posé, le patron breton, qui a succédé à Richard Talbot, fondateur de ce groupe logistique, à son décès en 2013, déroule sereinement sa stratégie depuis le dernier étage de son siège parisien, avenue George-V. Conformément à ses prédictions, deux ans après son arrivée aux manettes, l’entreprise a dépassé le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2014, réalisé à 95 % sur le continent, et compte 5 900 salariés. Et il est aujourd’hui en quête de nouvelles acquisitions sur le continent, espérant surfer sur la baisse des cours des minerais et du pétrole, qui fait selon lui émerger des opportunités pour Necotrans.

L’acquisition de MCK

Le dernier coup de cet amateur de golf est congolais. Le rachat de Mining Company Katanga – MCK – vendu par la famille de l’ex-gouverneur de cette région, Moïse Katumbi, finalisé le 9 novembre, a été mûri pendant plus d’un an. Il s’inscrit dans le cadre de la réorientation stratégique voulue par Grégory Quérel vers deux domaines jugés prioritaires : le vrac minier et la logistique pétrolière (30 % de ses revenus). « Ce sont des flux techniques qui conviennent bien à notre culture d’entreprise B to B, davantage tournée vers les clients professionnels que vers les particuliers », estime-t-il. Des segments qui sont également moins concurrencés que la logistique par conteneur, pour laquelle se battent en Afrique des géants mondiaux comme son compatriote Bolloré, DP World, le néerlandais APM Terminals ou encore le philippin International Container Terminal Services.

« L’acquisition de MCK n’allait pas de soi au départ. Nous avions demandé à notre conseil AM Capital de passer en revue des acquisitions possibles dans plusieurs pays, notamment en RD Congo, au Nigeria et en Afrique de l’Est, et cette opportunité, un peu en dehors de notre cible initialement, a émergé », reconnaît Grégory Quérel. Car le rachat de MCK (1 900 salariés et une flotte de 500 engins et camions) fait entrer l’entreprise dans un nouveau domaine, celui de la sous-traitance minière, différent de ses services logistiques traditionnels.

La nouvelle filiale de Necotrans au Katanga, pilotée par des cadres sud-africains, ghanéens et congolais, tourne principalement autour des opérations d’excavation et de terrassement pour les groupes miniers présents dans le cuivre. Elle travaille notamment pour les filiales congolaises des chinois Minmetals (à Kinsevere), Metorex (à Ruashi), et Sicomines (à Kolwezi). « Nous nous sommes rendu compte que la gestion des flux de minerais et des terrils d’un gisement requérait le même type de compétences que sur un terminal portuaire vraquier », indique le PDG du groupe français.

Selon le PDG, le savoir-faire de MCK a vocation à irriguer d’autres filiales de Necotrans dans les pays miniers, chez le voisin zambien, mais aussi et surtout au Sénégal et au Niger

Avoir fait affaire avec l’homme fort du Katanga, probable candidat à la présidentielle de la RD Congo, n’a rien de honteux pour le Breton. « MCK a été fondé par la famille de Moïse Katumbi avant l’engagement de ce dernier en politique. Pour nous, la transaction était possible uniquement si l’ex-gouverneur se retirait totalement du capital, ce qu’il a accepté, tient-il à préciser, sans révéler le montant de la -transaction. L’opération s’est faite sans hâte, en prenant le temps d’étudier en profondeur les comptes et la situation de l’entreprise. Les deux parties n’étaient pressées ni de vendre ni d’acheter. »

Selon le PDG, le savoir-faire de MCK a vocation à irriguer d’autres filiales de Necotrans dans les pays miniers, chez le voisin zambien, mais aussi et surtout au Sénégal et au Niger, où le groupe est bien implanté et travaille déjà avec des groupes comme Areva. Cette acquisition est aussi l’occasion de renforcer le portefeuille de clients miniers de Necotrans au Katanga, région phare du secteur, dont Grégory Quérel voudrait bien gérer toute la chaîne logistique, de la mine jusqu’aux terminaux portuaires. « Le cuivre du Katanga est évacué vers le sud et l’est, soit vers Durban, soit vers Dar es-Salaam, deux ports où, comme à Lubumbashi, nous sommes implantés », indique le dirigeant, qui compte se développer à l’est du continent.

Les projets du groupe

Si Necotrans est bien implanté sur la côte occidentale de l’Afrique, il ne gère pas encore de terminaux dans la partie orientale, alors même que le trafic des ports de l’océan Indien est dopé par l’explosion des relations commerciales avec l’Asie. « Les infrastructures y sont en général gérées par des sociétés publiques comme Transnet en Afrique du Sud ou l’autorité portuaire nationale en Tanzanie. Leur mise en concession à court terme est peu probable, mais nous pourrions nous positionner en tant que partenaire de ces acteurs », estime Grégory Quérel. Le groupe a déjà renforcé ses équipes au Mozambique, principalement autour de la logistique pétrolière et gazière, dans la région de Pemba, au nord. Le PDG espère y atteindre le même niveau de développement qu’en Angola, où sa prospère filiale, présente dans tous les ports du pays, approvisionne les compagnies de services comme Technip, Schlumberger et Saipem.

Le groupe pourrait aussi poursuivre sa route en RD Congo, mais à l’ouest cette fois-ci. Necotrans, qui est né à Kinshasa en 1985 avant de se développer surtout en Afrique de l’Ouest, veut se positionner sur le futur axe logistique partant de la côte Atlantique. « Nous sommes intéressés par les ports de Matadi et Boma ainsi que par la gestion de la voie ferrée Matadi-Kinshasa, qui pourrait faire l’objet d’un prochain appel d’offres des autorités », annonce Grégory Quérel, qui dispose déjà d’agences dans cette région.

J.A.

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Il pourrait alors se frotter à son grand rival Bolloré, avec lequel le conflit judiciaire sur son éviction de Guinée n’est toujours pas terminé. Prudent, le dirigeant de Necotrans affirme que la hache de guerre est enterrée, sans renoncer toutefois à récupérer de lourds dommages et intérêts (il réclame 100 millions d’euros). « Le cas guinéen est isolé, nous sommes même ouverts à des partenariats avec Bolloré, ce n’est absolument pas tabou pour nous », affirme Quérel, qui confie avoir rencontré récemment Cyrille Bolloré, qui gère la branche logistique du groupe fondé par son père Vincent.

Si la logistique est le cœur de métier de Necotrans, Africa Truck Solutions (ATS), sa branche de distribution de camions et d’équipement, dirigée par Emmanuel Quérel, le frère de Grégory, n’a pas vocation à sortir du groupe, selon son PDG. « Le fait de nous recentrer vers des clients professionnels, notamment miniers, montre qu’ATS, qui distribue la marque Iveco en Afrique de l’Ouest, garde toute sa place dans notre stratégie. Cette filiale a renforcé son offre de services et de maintenance des véhicules et engins qu’elle distribue, et son portefeuille client est proche de celui de nos activités logistiques traditionnelles », affirme-t-il.

Le patron de Necotrans précise qu’il n’est pas à l’origine du recrutement de son frère, décidé par Richard Talbot et sa fille Sophie avant qu’il ne devienne PDG. « Dans un groupe comme le nôtre, qui a une culture familiale et qui a besoin de trouver des personnes de confiance ayant une bonne connaissance du continent, il n’est pas surprenant que deux membres de la même famille y travaillent », estime-t-il.

Selon lui, la mue de Necotrans d’une organisation décentralisée, fonctionnant comme une fédération de PME unie par la personnalité de Richard Talbot, vers un vrai management de groupe est en passe d’être achevée. « Désormais, assure-t-il, nous pouvons combiner la force d’une direction centrale solide et cette agilité entrepreneuriale qui a toujours fait la force de Necotrans. »

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