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Économie

Prince et entrepreneurs : Grimaldi & Cie séduit par l’Afrique

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Mis à jour le 04 décembre 2015 à 14h39
Le Rocher, c'est 2 km2 … et 10 % du bassin d'emploi du département français voisin des Alpes-Maritimes.

Le Rocher, c'est 2 km2 … et 10 % du bassin d'emploi du département français voisin des Alpes-Maritimes. © Centre de presse de Monaco

Dix ans après le début du règne d’Albert II, la principauté est économiquement en pleine forme. Elle cultive sa particularité d’être à la fois un État et une sorte d’entreprise résolument tournés vers le continent.

Lorsqu’il remplace son père à la tête de la principauté, en 2005, Albert II veut donner plus de sérieux à Monaco. Les frasques de la famille Grimaldi, le décor d’opérette du palais et de sa relève de la garde, la fièvre du casino, c’est pain bénit pour la presse people. Pas pour l’économie du pays ni pour les comptes de l’État. Le prince décide de renforcer la crédibilité de la principauté, ce qui veut dire d’abord assainir une situation financière qui se dégradait, mais aussi ouvrir le pays sur l’Europe, le monde, et tout particulièrement l’Afrique.

Le bilan d’Albert II, après dix ans de règne

Dix ans plus tard, le bilan est positif. Monaco est économiquement en pleine forme et peut dire que la crise qui l’a affecté, comme le reste de la planète, est derrière lui. Tous les indicateurs sont au vert : le produit intérieur brut, le nombre des créations d’entreprises, le nombre des emplois, les prix de l’immobilier, le nombre des croisiéristes, les rentrées d’impôts, le solde budgétaire, etc. Si les comptes publics sont redevenus bénéficiaires, ce n’est pas grâce aux jeux, qui ne représentent que 3 % des recettes totales de l’État, mais parce que la construction est repartie (comme en témoigne la forêt de grues qui s’activent en centre-ville), et le commerce aussi.

Politiquement, le prince Albert a consolidé son assise. Désormais, il ne dépend plus de la France pour le choix de son Premier ministre, appelé « ministre d’État », et si celui-ci est toujours un Français, Michel Roger, il faut savoir qu’il a été nommé ès qualités et non sur le conseil de Paris. Rien ne dit que son successeur ne sera pas italien ou sud-africain. Monaco est un peu plus indépendant.

Pour les responsables monégasques, le continent situé sur la rive sud de la Méditerranée est une aubaine.

L’ouverture sur la planète était inscrite dans la passion des souverains monégasques pour les océans, mais il fallait la concrétiser sur la terre ferme. Et l’Afrique s’est imposée tout doucement. Certes, on ne dénombre que 773 Africains parmi les 25 557 résidents à Monaco, les Marocains étant les plus nombreux, suivis des Mauriciens et des Tunisiens. Mais les chiffres du commerce extérieur ont eu tôt fait de convaincre les responsables monégasques que le continent situé sur la rive sud de la Méditerranée était une aubaine.

En dix ans, les échanges commerciaux ont doublé avec l’Afrique, qui est le deuxième client de Monaco derrière l’Europe . Parmi les vingt premiers pays clients de la principauté figurent l’Algérie, la Tunisie, la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Congo. Dans ses vingt principaux fournisseurs, on ne relève que la Tunisie. C’est l’Afrique et les 102 millions d’euros d’excédent de ses achats par rapport à ses ventes qui permettent à Monaco de dégager un surplus commercial. Donc cap sur l’Afrique.

Monaco, à la fois État et entreprise

Mais Monaco a cette particularité d’être à la fois un État et une sorte d’entreprise. Il est aussi la patrie de gens très, très, très riches qui ont le réflexe charitable des milliardaires, comme le formule l’un d’eux : « Nous savons que nous sommes privilégiés, et cela nous pousse à donner. » Ajoutons que le prince Albert veut rendre Monaco solidaire du reste du monde face aux grands défis mondiaux que sont la pauvreté, la préservation de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique.

Ce mélange d’intérêt public, de recherche d’image, de business intelligent et de générosité parfois un peu snob a donné à la politique africaine de la principauté une réelle cohérence, dès la création de la Direction de la coopération internationale (DCI) au sein du département des Relations extérieures, en 2007.

Comme les grands bailleurs internationaux, Monaco privilégie la santé et l’éducation.

Son aide au développement est importante comparée à sa petite taille. Elle est visible, sélective, et se déploie en partenariat avec des acteurs publics ou privés. Comme les grands bailleurs internationaux, elle privilégie la santé et l’éducation, car c’est l’avenir qui s’y prépare. Comme eux, elle a choisi de se préoccuper de la biodiversité, notamment dans les forêts équatoriales africaines, qui sont l’un des poumons de la planète. Elle a commencé à investir dans les PME du continent, qui représentent la seule chance de donner des emplois dignes de ce nom à son immense jeunesse. Deux autres piliers ont été ajoutés à ce dispositif : la Fondation Prince Albert II de Monaco et la Fondation Princesse Charlène de Monaco, qui œuvrent dans les secteurs de prédilection de chacun des deux époux.

Enfin, Monaco est devenu une pépinière d’ONG où s’activent riches et moins riches pour envoyer des livres scolaires au Burkina Faso ou soutenir les villages bâtis à Tananarive par le père Pedro pour les plus déshérités. Et comme la principauté n’a aucun passé colonial, ni d’ambitions démesurées, l’Afrique la reçoit à bras ouverts.

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