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Cet article est issu du dossier «Monaco, cap au Sud»

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Politique économique

Monaco : charité bien ordonnée

Des patients victimes de paludisme. (photo d'illustration) © Karel Prinsloo/AP/SIPA

L'action de la principauté est passée du caritatif à une véritable aide au développement, ciblée sur dix pays du continent et dotée d'un budget de 16 millions d'euros.

C ‘est une coopération avec le monde en développement comparable à celles qu’ont établies les autres pays européens que le prince Albert II a tenu à mettre en place, dès son accession au pouvoir, en 2005.

Cette année-là, il a créé le département des Relations extérieures et de la Coopération (DRC), que dirige aujourd’hui Gilles Tonelli avec le titre de conseiller, autrement dit de ministre des Affaires étrangères de la principauté.

Son budget de la coopération n’a cessé de progresser puisque, parti de 2 millions d’euros à ses débuts, il atteint 16 millions dans le budget 2016, voté en hausse de 10 % par le Parlement monégasque, selon les vœux du souverain. Ce qui n’est pas rien dans un pays qui compte seulement 8 950 nationaux. « Nous allons persévérer dans cet élan, explique Gilles Tonelli. Pour comparer avec les standards de l’ONU, qui fixent à 0,7 % du revenu national brut l’objectif à atteindre en matière d’aide au développement, Monaco se situe à 0,24 %. La référence est le Luxembourg, et nous nous fixons l’objectif de parvenir, comme lui, à l’objectif de 0,7 % souhaité. »

Pas question de saupoudrer l’argent, ni d’apporter une aide budgétaire qui n’aurait aucune visibilité. L’aide monégasque est donc concentrée sur sept pays moins avancés et francophones (Burkina Faso, Burundi, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal) et sur cinq pays à revenus intermédiaires (Afrique du Sud, Liban, Maroc, Mongolie, Tunisie), dont seuls deux ne sont pas en Afrique.

Par exemple, nous avons choisi de soutenir la lutte contre la drépanocytose, première maladie génétique au monde, précise Bénédicte Schutz

Les 120 projets financés chaque année concernent l’éducation, la santé et l’insertion professionnelle, mais aussi la sécurité alimentaire. « Par exemple, nous avons choisi de soutenir la lutte contre la drépanocytose, première maladie génétique au monde, aux traitements trop coûteux pour une famille africaine et mortelle à court terme, précise Bénédicte Schutz, directrice de la coopération internationale. Ce soutien se déploie à travers un réseau d’associations de malades et de centres de soins, dans six pays africains. »

La caractéristique de l’aide monégasque est de se déployer partout, en partenariat avec des acteurs bien implantés, pour mener une coopération de proximité. « Nous travaillons avec de nombreux partenaires publics et privés, poursuit Bénédicte Schutz. En Mauritanie, nous contribuons à améliorer la santé maternelle et infantile en partenariat avec le ministère de la Santé, nous luttons contre les grandes pandémies comme le paludisme avec l’Organisation mondiale de la santé [OMS] en Afrique australe, et nous soutenons des initiatives en faveur des personnes en situation de handicap au Maghreb avec Handicap International. » Sans oublier de nombreuses actions d’insertion sociale menées avec des ONG locales en direction des enfants des rues que la pauvreté a multipliés dans certains pays.

Les 50 organismes de solidarité internationale monégasques se sont mis à l’unisson de leur gouvernement

Mais comme il existe un « chaînon manquant » dans les économies africaines, les PME, Monaco a aussi décidé d’assister les jeunes entreprises en leur apportant une partie des fonds qui leur manquent. Il ne s’agit plus de dons, mais d’investissements en bonne et due forme via la Société d’aide au développement (Sadev), créée par l’État, dans des structures financières choisies pour l’efficacité de leurs actions.

C’est ainsi que la principauté a passé des accords avec Investisseurs & Partenaires, présidé par l’ancien patron de l’Agence française de développement (AFD), Jean-Michel Severino, ou avec Babyloan, spécialisé dans le crowdfunding. Déjà actifs, les 50 organismes de solidarité internationale monégasques se sont mis à l’unisson de leur gouvernement. « Nous leur avons créé un portail, souligne Gilles Tonelli. Nous les réunissons régulièrement pour les informer de nos actions et nous finançons certaines des leurs. » Là encore, aide publique et aide privée s’associent pour améliorer le sort des populations démunies.

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