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Cet article est issu du dossier «Djibouti : quel avenir ?»

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BTP & Infrastructures

Menacé par le surendettement, Djibouti doit se diversifier davantage

L'agriculture et l'élevage ne représentent qu'une faible part du PIB. (Ici des chameaux destinés à l'exportation, à Damerjog.) © PATRICK ROBERT POUR J.A.

Malgré les nombreux projets d'infrastructures en cours, Djibouti n'assure toujours pas son avenir. Il frôle même le surendettement. Seule solution : se diversifier davantage.

Le sable doré de Djibouti n’abrite toujours pas de pétrole, mais, ces dernières années, il attire les investissements directs étrangers (IDE). Sans autre richesse à monnayer que sa situation géostratégique, la petite République a réussi le tour de force d’accumuler plus de 1,5 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) de capitaux étrangers à fin 2014, contre une quinzaine de millions vingt ans auparavant.

Infrastructures

Entre-temps, les investisseurs émiratis ont financé la construction d’un port à Doraleh. Depuis 2006, et malgré la crise qui a bousculé la planète financière deux ans plus tard, le port tire la croissance économique du pays. Il ne sera bientôt plus le seul puisque plus de 6 milliards de dollars ont été investis dans des projets en cours de réalisation ou en passe d’être lancés : construction d’un terminal minéralier à Tadjourah et d’un port au Goubet, rénovation de la voie ferrée entre Djibouti et Addis-Abeba, construction d’une unité de dessalement et d’une centrale électrique dans la capitale, doublement de l’interconnexion électrique avec l’Éthiopie, etc.

En attendant le futur aéroport international projeté au sud de la capitale ou la toute nouvelle ligne de chemin fer attendue pour relier les mines éthiopiennes aux quais de Tadjourah.

Plus d’un tiers de la somme nécessaire à tous ces travaux aurait déjà été réuni, essentiellement grâce au partenariat tissé ces deux dernières années avec la Chine, Pékin remplaçant peu à peu Dubaï comme premier contributeur financier du pays. Djibouti en profite pour aligner ses meilleurs taux de croissance depuis longtemps. Après les 6 % atteints en 2014, l’économie locale devrait progresser de 6,5 % cette année et de 7 % en 2016, selon le FMI. Avant, peut-être, de marquer le pas.

La BAD estime que le seuil de soutenabilité de la dette nationale ne peut dépasser 30 % du PIB. Ce ratio est près de 50 % à Djibouti.

Fragilisé

En établissant son modèle de développement sur le crédit et l’emprunt, l’économie djiboutienne, dont la capacité à créer de la richesse reste structurellement limitée, risque la surchauffe, et le pays le surendettement.

« Les projets d’infrastructures et leur entretien vont alourdir les charges fixes dans le budget de l’État », prévoit un expert de la Banque africaine de développement (BAD). L’institution financière estime que le seuil de soutenabilité de la dette nationale ne peut dépasser 30 % du PIB. Or elle représente déjà près de 50 % et pourrait culminer jusqu’à 81 % en 2017 ! Fragilisés également par le déficit récurrent de la balance commerciale (27,8 % du PIB en 2014), les grands comptes publics vont donc subir une intense pression dans les années à venir.

Seul un meilleur taux de recouvrement des recettes fiscales pourrait redonner un peu d’air à la politique budgétaire, mais il risque de stagner, malgré les récents efforts du gouvernement.

Au-delà de la capitale

Les bailleurs de fonds s’inquiètent également de voir la quasi-totalité des IDE consacrée au seul secteur des transports et de la logistique. Si les activités liées à la construction vont en profiter pour quelques années encore, une diversification plus vaste de l’économie reste nécessaire. L’arrivée programmée de nouvelles capacités en eau et en énergie devrait permettre d’alléger le coût des facteurs de production et de favoriser l’émergence d’un secteur manufacturier aujourd’hui inexistant, tout en soutenant une agriculture dont la contribution au PIB reste marginale, pénalisée par les conditions climatiques extrêmes du pays.

Le développement d’un vrai secteur primaire permettra également d’étendre les activités économiques au-delà de la capitale, qui, entre le port et les bases militaires étrangères, concentre toujours plus d’emplois.

J.A.

Une économie au beau fixe, encore trop peu inclusive, et structurellement fragile © J.A.

Dénuement

Ce nécessaire rééquilibrage entre ville et campagne doit enfin aider les pouvoirs publics à réduire le dénuement qui frappe toujours la population. Dans sa dernière étude publiée en février, le FMI estime que 42 % des Djiboutiens vivent dans un état d’extrême pauvreté. « C’est certainement le défi le plus important auquel est confronté le gouvernement », reprend notre expert de la BAD. Avec celui du chômage, qui concerne près d’un Djiboutien sur deux.

Pour créer du travail dans le pays, l’État – qui emploie à lui seul 41 % des actifs – doit aider le secteur privé à sortir de l’informel. Là encore, d’importants efforts restent à fournir, Djibouti ayant même perdu deux places au classement « Doing Business » 2016 de la Banque mondiale, et se retrouve 171e des 189 économies étudiées.

 


 

Impôts c’est tout

«Historique ! » titrait en une le quotidien djiboutien La Nation, le 14 juin, jour de l’inauguration des assises nationales sur la fiscalité. Pour la première fois, les secteurs public et privé du pays se sont assis autour d’une table pour dépoussiérer un monument national qui met l’économie en péril : le système fiscal.

Pendant deux jours et en présence des représentants des principaux bailleurs de fonds du pays, le président de la République et son gouvernement ont écouté les entrepreneurs de la Chambre de commerce de Djibouti et répondu à leurs multiples doléances.

Cela faisait presque un demi-siècle que les patrons attendaient qu’on leur donne la parole. L’échange, resté courtois, a avant tout été fructueux. Plus d’une centaine de recommandations ont été émises afin de réadapter la politique et l’administration fiscale au contexte économique présent. « Il n’y avait pas eu de débat sur le sujet depuis la définition du système actuel, à la fin des années 1940, rappelle Mohamed Omar Ibrahim, spécialiste en fiscalité de la Chambre de commerce. Il était alors plutôt léger et cohérent, puis s’est complexifié au fil du temps. Il faut lui redonner cette simplicité. » D’autant que les nombreux projets de zones franches obligent le gouvernement à se pencher sérieusement sur la question s’il veut attirer les entreprises et les investissements étrangers, comme ont su le faire Singapour ou Maurice, modèles déclarés de Djibouti.

Quatre thématiques étaient au cœur des discussions : la simplification du système, donc, mais également la rationalisation des nombreuses exonérations, l’équité fiscale, notamment sur le foncier, et la plus que nécessaire modernisation de l’administration. Même la question de la fiscalité locale a pu être débattue, alors que le pays attend toujours que la décentralisation soit menée à son terme.

« Ce n’est que le début d’un long processus », tempère Mohamed Omar Ibrahim. Il faudra ensuite sensibiliser les administrateurs pour qu’ils appliquent le droit fiscal et les opérateurs économiques pour qu’ils le respectent. »

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