Justice

Dopage dans l’athlétisme : le Sénégalais Lamine Diack, mal dans ses baskets

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Si les accusations à son encontre se révèlent exactes, Lamine Diack encourt une peine de dix ans d'emprisonnement

Si les accusations à son encontre se révèlent exactes, Lamine Diack encourt une peine de dix ans d'emprisonnement © Jonathan Ferrey/AFP

L’ancien patron de la Fédération internationale d’athlétisme a-t-il reçu de l’argent des Russes pour fermer les yeux sur un système institutionnalisé de dopage ? La justice française l’a mis en examen.

Il avait la confiance des puissants, comme l’atteste cette photo qui fait le tour des réseaux sociaux. On y voit Vladimir Poutine, le président russe, tout sourire, féliciter Lamine Diack en lui tapant sur l’épaule. C’était lors de la cérémonie d’ouverture des Championnats du monde d’athlétisme à Moscou, en 2013. À l’époque, la chaîne allemande ARD n’avait pas encore fait ses révélations sur le dopage et le système de corruption qui gangrènent l’athlétisme russe. Depuis, les événements se sont précipités, et l’étau judiciaire se resserre autour de l’ancien patron de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), âgé de 82 ans. Le 10 novembre, l’annonce de la « suspension provisoire » de ses fonctions au Comité international olympique, dont il était membre honoraire, est tombée comme un couperet (il en a démissionné depuis).

Il est soupçonné d’avoir reçu en 2011 un peu plus de 1 million d’euros de pots-de-vin pour taire des résultats positifs d’athlètes russes dopés

Quelques jours plus tôt, la justice française l’avait mis en examen, ainsi que Habib Cissé, son conseiller juridique, et Gabriel Dollé, l’ex-patron de la lutte antidopage à l’IAAF. Accusé de corruption passive et de blanchiment aggravé, Diack est sous le coup d’une enquête ordonnée par Renaud Van Ruymbeke, juge d’instruction au pôle financier du tribunal de Paris. Il est soupçonné d’avoir reçu en 2011 un peu plus de 1 million d’euros de pots-de-vin pour taire des résultats positifs d’athlètes russes dopés. Une mise en examen qui entache le parcours exemplaire du premier Africain à avoir pris, en 1999, la tête de l’IAAF.

Selon un rapport d’enquête provisoire de la commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage, un système occulte de corruption aurait même été mis sur pied avant les JO de Londres de 2012 entre l’IAAF, que Diack a dirigée jusqu’en août dernier, et la fédération russe. À l’époque, cette dernière prévient discrètement certains sportifs qu’ils sont soupçonnés de dopage et leur propose d’en faire disparaître les preuves en échange de fortes sommes d’argent afin qu’ils puissent participer à l’événement. Plusieurs athlètes auraient versé entre 500 000 euros et 1 million d’euros chacun.

Cette image que l’on répand dans les médias français n’est pas celle que nous avons de lui ici. C’est un homme d’une grande qualité morale. L’intégrité, c’est la valeur qu’il nous a enseignée à tous, explique Raphaël Kodjovi Agopome

Toujours selon ce rapport, les deux fils de Lamine Diack, Papa Massata, ex-conseiller marketing de l’IAAF, et Khalil, auraient fait pression sur certains sportifs ; le dirigeant sénégalais pouvait donc difficilement ne pas être au courant. « Je suis choqué par tout ce que j’entends, confie Raphaël Kodjovi Agopome, l’un de ses anciens proches collaborateurs et directeur du Centre international d’athlétisme de Dakar. Je ne sais pas si on ne cherche pas à le salir. Cette image que l’on répand dans les médias français n’est pas celle que nous avons de lui ici. C’est un homme d’une grande qualité morale. L’intégrité, c’est la valeur qu’il nous a enseignée à tous. »

Né à Dakar dans un milieu musulman pieux, le « patriarche de la piste » avait récemment confié à J.A. qu’il quittait ses fonctions sereinement, comme un retraité normal, pour « aller à la mosquée, lire [son] journal et [s’]occuper de [ses] petits-enfants ». Avec ses cheveux blancs ras, ses lunettes rectangulaires et son allure old school, Diack a un petit air de Léopold Sédar Senghor.

Celui-là même qui lança la carrière politique de ce champion de saut en longueur en le nommant ministre des Sports, en 1969. En 1974, il quitte le gouvernement pour devenir membre du comité national olympique du Sénégal et, parallèlement, maire de Dakar (1978-1980), avant de rejoindre l’IAAF. Annette Mbaye d’Erneville, ex-journaliste vedette à la Radiodiffusion télévision sénégalaise, l’a beaucoup côtoyé : « Il m’a toujours impressionné par sa très grande classe. C’est un homme honorable, il a reçu presque toutes les médailles de la nation. Laissons-lui le bénéfice de la présomption d’innocence. Tout le pays est sous le choc, il faisait figure de modèle. » Demain, si ces accusations se confirment, Diack encourt dix ans de prison.

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