Économie

L’Angola n’a pas le cœur à la fête

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Mis à jour le 29 novembre 2015 à 17:50
Daniel Ribant

Par Daniel Ribant

Auteur de « L’Angola de A à Z » et « Força Angola », parus chez L’Harmattan.

Le président angolais Jose Eduardo dos Santos 73 ans ans dont 36 au pouvoir © Stéphane de Sakutin/AFP

L’Angola a fêté le quarantième anniversaire de son indépendance dans le doute et la morosité.

Habitué à des taux de croissance généreux depuis la fin de la guerre civile, le pays est frappé de plein fouet par les effets dévastateurs de la baisse du cours du pétrole, ressource qui lui avait permis d’assurer son spectaculaire développement.

La crise actuelle n’est en rien comparable à celle vécue lors de la période 2009-2011. Elle est bien plus profonde et durable et elle imposera une véritable révision du modèle de développement. Le leitmotiv actuel est celui de la diversification économique afin de mettre en valeur les autres ressources du pays, agricoles notamment, de manière à réduire les coûteuses importations. L’Angola y est désormais condamné, mais une telle diversification ne se décrète pas d’un claquement de doigts. Les déficits en matière énergétique (électrique principalement) et la difficulté de mobiliser de nouveaux financements dans une période aussi troublée sont des éléments qui pourraient affecter négativement la mise en place de cette politique de diversification.

Il faut gérer une sérieuse crise de liquidités aggravée par une inflation galopante et une dépréciation continue de la devise nationale

La période actuelle, que l’on peut qualifier de « transitoire », est parsemée de dangers et d’incertitudes. Il faut gérer une sérieuse crise de liquidités aggravée par une inflation galopante et une dépréciation continue de la devise nationale qui touchent de plein fouet les couches les plus démunies de la population.

L’Angola n’est plus l’eldorado qui attirait nombre d’hommes d’affaires séduits par ses besoins apparemment sans limites. En perdant de son attractivité, il s’expose non seulement au désintérêt d’opérateurs indispensables à son redéploiement économique mais aussi et surtout au manque de « bienveillance » de pays qui, à l’instar du Portugal, considéraient que les bonnes relations avec les autorités angolaises primaient toutes autres considérations ou justifiaient tout au moins une certaine retenue. Les manifestations organisées récemment à Lisbonne contre la politique de Luanda en matière de droits de l’homme en sont peut-être un des premiers signes.

Les habits neufs de la « normalité » pourraient l’inciter à repenser certains idéaux proclamés au moment de l’indépendance

Les difficultés actuelles doivent conduire l’Angola à diversifier ses partenaires économiques et à aborder de manière décomplexée de nouvelles relations, sans doute plus exigeantes, mais davantage porteuses en matière de développement équilibré et responsable. Il ne lui sera pas facile d’accepter les contingences engendrées par sa nouvelle situation. Mais les habits neufs de la « normalité » pourraient l’inciter à repenser certains idéaux proclamés au moment de l’indépendance.