Elections

Ben Carson, un mythomane à la Maison Blanche ?

Meeting électoral en Californie, le 9 septembre. © BRIAN CAHN/ZUMA PRESS/CORBIS

Idole des ultraconservateurs, l'Africain-Américain Ben Carson brigue l'investiture républicaine pour la présidentielle de 2016. Mais ses mensonges à répétition ne contribuent pas à sa crédibilité.

Candidat à la primaire républicaine, l’Africain-Américain Ben Carson (64 ans) caracole en tête des sondages. Pourtant, avec les casseroles qu’il traîne derrière lui, il pourra bientôt ouvrir une quincaillerie ! La dernière en date ? Contrairement à ce qu’il a laissé entendre à plusieurs reprises, il n’a jamais été admis à West Point, la prestigieuse académie militaire. Celle-ci ne lui a donc jamais offert une bourse, qu’il n’a, bien sûr, pas pu refuser pour entreprendre de – brillantes – études de médecine à Yale (devenu neurochirurgien, il s’est par la suite rendu célèbre en réussissant à séparer deux siamois). Tout cela ne tient pas debout pour une excellente raison : West Point, où les frais de scolarité sont inexistants, n’offre pas de bourse à ses étudiants. Aucune trace d’une quelconque opération de ce type n’a d’ailleurs été conservée par l’établissement. Pris la main dans le sac, Carson jure qu’il n’est pas un affabulateur, mais que sa mémoire a été défaillante…

Un enfant violent sauvé par la foi ?

On le croirait plus volontiers si, quelques jours auparavant, la chaîne CNN n’avait été amenée à s’interroger sur la véracité du récit qu’il fait de son enfance dans Gifted Hands, son autobiographie parue en 1990. Élevé dans un quartier déshérité de Detroit par une mère célibataire, il était, à l’en croire, sujet à des sautes d’humeur incontrôlables. Il aurait ainsi tenté d’agresser sa mère avec un marteau, brisé les lunettes d’un petit camarade en lui jetant une pierre au visage, et même, à l’âge de 14 ans, poignardé un camarade de classe – la lame aurait heureusement dérapé sur la boucle du ceinturon de la victime…

En septembre 2014, selon un sondage Gallup, l’illustre neuro-chirurgien était le sixième homme le plus admiré d’Amérique après Obama

Carson se serait alors enfermé dans la salle de bains avec une Bible et aurait imploré Dieu de l’aider à se débarrasser de ses pulsions violentes. Et c’est ainsi qu’au terme d’une véritable renaissance spirituelle, il serait devenu l’homme pondéré – au moins en apparence – qu’on connaît aujourd’hui. Une star de la médecine et le chouchou des chrétiens évangéliques, qui raffolent de ces histoires de rédemption improbable. En septembre 2014, selon un sondage Gallup, l’illustre neuro-chirurgien était le sixième homme le plus admiré d’Amérique après Obama, le pape François, Bill Clinton et quelques autres.

Des témoignages qui contredisent ses propos

Le problème est que tout ça est fortement sujet à caution. CNN a interrogé d’anciens amis, des camarades de classe, des voisins de la famille Carson, à Detroit. Personne ne se souvient des incidents évoqués. Colérique et brutal, le jeune Carson ? Gerard Ware, qui le côtoya au lycée, tombe des nues : « Je n’ai jamais rien su des violences dont il parle. C’est bizarre, parce que tout le monde aurait dû en parler à l’école. » Du coup, chaque anecdote racontée dans le livre suscite des doutes. Comme lorsque Carson soutient qu’un voleur lui aurait mis un pistolet dans les côtes dans un restaurant de Baltimore avant de dévaliser l’établissement. Là encore, la police n’a conservé aucune trace de ce braquage. Quant à l’adolescent qu’il aurait tenté de poignarder, Carson se refuse à donner son nom pour protéger son anonymat, mais admet aujourd’hui qu’il s’agissait non d’un ami mais d’un membre de sa famille…

Le candidat à l’investiture républicaine juge que l’Obamacare, la réforme du système de santé adoptée en mars 2010, est la pire chose qui soit arrivée à l’Amérique depuis l’instauration de l’esclavage !

Le 6 novembre, lors d’une conférence de presse très tendue, le neurochirurgien s’est départi de son calme habituel. À l’en croire, les affirmations de CNN ne sont qu’un tissu de mensonges : « Que vont-ils raconter, la prochaine fois ? Que je ne sais pas lire ? Que je n’ai pas fait médecine ? » Il s’en est également pris à Barack Obama, sa tête de Turc préférée, dont il a regretté que les diplômes n’aient jamais été rendus publics. Il y a quelques années, c’est en rendant l’actuel président responsable du « déclin moral de l’Amérique » que Carson s’était attiré la sympathie des ultraconservateurs. Avec le sens de la mesure qui le caractérise, le candidat à l’investiture républicaine juge que l’Obamacare, la réforme du système de santé adoptée en mars 2010, est la pire chose qui soit arrivée à l’Amérique depuis l’instauration de l’esclavage ! On comprend que l’intéressé soit fort impopulaire chez les Noirs américains. Mais aujourd’hui, c’est plus grave : c’est sa crédibilité auprès de l’ensemble des Américains, y compris les plus conservateurs, qui se trouve remise en question.

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