Politique

Alassane Ouattara

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Le retour d'Alassane Ouattara à la tête du RDR a été demandé par une partie des militants du parti. © Bruno Levy/J.A.

À une confortable majorité (83,66 %) des voix, mais avec un taux de participation qui aurait pu être meilleur (52,86 %), les Ivoiriens ont donc réélu Alassane Ouattara - dès le premier tour - pour un second et dernier mandat de cinq ans.

Les résultats ont été rendus publics le 28 octobre ; la cérémonie d’investiture s’est tenue début novembre.

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Alassane Ouattara avait été élu à la fin de 2010, mais seulement au second tour. Son prédécesseur, Laurent Gbagbo, en fonction depuis dix ans, avait alors refusé de reconnaître sa défaite et de lui céder le pouvoir.

Il en a été écarté de force le 11 avril 2011, à l’issue d’un début de guerre civile qui aura duré cent jours et fait de nombreuses victimes. Détenu et en passe d’être jugé par la Cour pénale internationale (CPI), Laurent Gbagbo refuse à ce jour d’admettre que les urnes lui ont ôté le pouvoir et y ont installé Alassane Ouattara.

L’ancien président aura tout fait pour que son parti, le FPI, ne participe pas à l’élection présidentielle du 25 octobre, enjoignant à ceux qui croient en lui de s’abstenir de voter.

Nul ne sait combien d’électeurs inscrits ont suivi cette consigne. Mais celui qui l’a ignorée, se présentant au nom du FPI contre Alassane Ouattara, Pascal Affi N’Guessan, 62 ans, ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, a recueilli près de 10 % des suffrages. Il a pris acte des résultats et, reconnaissant qu’Alassane Ouattara a remporté l’élection, lui a adressé ses félicitations. Mais non sans observer « que la Côte d’Ivoire a encore besoin de réconciliation et de démocratie ».

Il devrait être le chef de l’opposition, en a l’envergure et, à ce titre, contribuera à améliorer la démocratie ivoirienne.

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Alassane Ouattara a donc rassemblé sur son nom 83,66 % des suffrages : 2 618 229 voix. C’est là un score élevé qui, hors de Côte d’Ivoire, a été jugé « trop beau ».

On le comprend mieux si l’on considère que, contrairement à 2010, où trois candidats d’audience nationale étaient en lice, il n’y a eu, en 2015, face à Alassane Ouattara, que ce que l’on a appelé de « petits candidats », dont aucun n’était en mesure d’obtenir un grand nombre de voix.

Disposant depuis 2010 d’un système de sondage perfectionné et fiable – unique en Afrique -, Alassane Ouattara savait, avant même le début de la campagne, qu’il bénéficiait d’une cote de popularité stable, supérieure à 60 % : avec un tel capital de départ, face aux candidats qui avaient été retenus, il aurait été aisément réélu même s’il n’avait pas fait l’impressionnante campagne électorale qu’il a menée durant plusieurs mois.

Mais, conscient qu’il sollicitait les suffrages de ses concitoyens pour la dernière fois, il a rassemblé les moyens d’une grande campagne, pris le temps qu’il fallait et sillonné le pays du sud au nord et d’est en ouest. Il voulait voir et entendre le maximum d’Ivoiriens, être vu et entendu jusque dans les coins les plus reculés du pays, même ceux où aucun de ses prédécesseurs ne s’était jamais rendu.

Et, disposant du soutien des deux plus grands partis du pays, le RDR et le PDCI – appelés à fusionner -, il a réussi à faire une « percée », gratifiante pour l’homme politique qu’il est, en rassemblant sur son nom plus de 80 % des suffrages exprimés.

Cependant, si l’on tient compte de l’abstention volontaire recommandée à ses adeptes par Laurent Gbagbo, on peut estimer à près de 25 % le nombre des Ivoiriens qui n’adhèrent ni à la personne ni à la politique de Ouattara : se sont abstenus ou ont voté pour ses concurrents les électeurs qui refusent, à ce jour, de reconnaître qu’en 2010 il a été désigné par le destin pour sortir la Côte d’Ivoire d’une crise qui n’avait que trop duré.

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La réconciliation n’est donc pas accomplie : elle se fera progressivement, avec le temps. Mais le pays est sorti de la crise, s’est remis au travail et a fait, depuis le 11 avril 2011, jour où Alassane Ouattara et son gouvernement ont pu gouverner, d’énormes progrès.

C’est donc sur la base de son bilan et par leur vote du 25 octobre que les trois quarts des Ivoiriens ont donné leur confiance à Alassane Ouattara.

La Côte d’Ivoire a déjà rattrapé le Ghana, qui l’avait distancée. Avec un taux de croissance économique annuel plus élevé et une inflation mieux contrôlée que celle de son voisin, elle vise, en 2020, un PIB de 50 milliards de dollars pour consolider son rang de leader des pays francophones de la Cedeao et de numéro deux de l’Afrique de l’Ouest, derrière le Nigeria.

Sa classe moyenne, aujourd’hui renaissante, sera plus visible.

Il faudra, bien entendu, dès le début de ce second mandat, que M. Ouattara et son gouvernement s’attaquent au problème des inégalités et fassent en sorte que la richesse créée soit mieux répartie.

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Cela dit, comme beaucoup d’entre vous le savent, Alassane Ouattara est mon ami depuis quarante ans. Vous parlant de lui et de son action politique à la tête de son pays, l’ai-je fait avec l’objectivité et l’honnêteté que vous êtes en droit d’attendre de moi ?

Je m’y suis en tout cas efforcé et vous les ai décrits tels que je les vois.

Mais j’ai l’avantage d’avoir connu beaucoup d’autres hommes politiques avant, pendant et après leur exercice du pouvoir. Et d’être en mesure de comparer.

ADO, comme on a coutume de l’appeler, ne se destinait pas au pouvoir politique, n’y pensait même pas. Il y a été conduit.

Ayant décidé d’y parvenir, il l’a fait méthodiquement, avec la plus grande opiniâtreté ; sur ce chemin, lui et sa femme ont risqué leur vie.

Il s’est préparé au pouvoir suprême et l’exerce depuis cinq ans avec une maîtrise qui étonne même ceux qui avaient déjà la plus haute idée de lui.

Il s’est révélé, peut-être à lui-même, ce chef fédérateur sans lequel une équipe au pouvoir fonctionne mal.

Et ce pouvoir, dont j’ai pu constater plus d’une fois qu’il abîmait inexorablement ceux qui l’exercent, l’a amélioré. Il l’a rendu plus détendu, plus simple, plus modeste et plus attentionné.

Son jugement sur lui-même, sur ses collaborateurs et sur ses pairs est chaque jour plus sûr.

Il se situe au centre droit de l’échiquier politique.

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Alassane Ouattara est un démocrate de raison qui aime trop son pays et l’Afrique pour songer à donner le mauvais exemple en ne quittant pas le pouvoir au bon moment. Il le fera après avoir mis en place l’équipe qu’il estimera à même de continuer dans la même voie.

Voulez-vous un autre signe de l’aisance avec laquelle il se meut parmi ses pairs ? La relation de confiance et d’estime réciproque qu’il a établie avec François Hollande. Tout en demeurant l’ami de l’adversaire déclaré de ce dernier : Nicolas Sarkozy.

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