Société

« Le Blanc a dit » : cessons l’auto-infantilisation !

Par

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Denis Sassou N'Guesso et François Hollande, vendredi 6 décembre à l'Élysée. © Alain Jocard/AFP

Renversant ! C'est le moins que je puisse dire après la volée de flèches qu'a reçue le président français, François Hollande, courant octobre, après sa phrase sur le référendum constitutionnel au Congo-Brazzaville.

Jusque-là, j’ignorais un détail fondamental : les Français ont élu Hollande pour qu’il soit le censeur en chef des comportements de ses pairs africains. Quant aux Africains, qui ne l’ont pas élu, cela va de soi, ils l’ont érigé en justicier, preuve que leur destin est suspendu à des bouts de phrases. À tous ceux qui s’étonneraient de mon ignorance, j’ai une réponse toute prête : « Est-ce que je peux tout savoir ? » Rassurez-vous, je n’ai rien inventé. La même réponse m’a été donnée en 1998, à Ouagadougou, lors du sommet de l’Organisation de l’Unité africaine (la grand-mère de l’Union africaine) par Henri Konan Bédié, alors président de la Côte d’Ivoire. Je lui demandais simplement pourquoi il tissait une couronne de louanges au président du Nigeria, Sani Abacha, qui venait de disparaître et qui n’était pas un modèle en matière de gouvernance.

Il fut une époque où nos grands-parents, nos parents et nos aînés ressassaient un slogan : « L’Afrique aux Africains ! » Nous y avons cru, même si les slogans n’engagent que ceux qui les inventent. Encore faut-il qu’ils soient sincères. Aujourd’hui, la plupart des Africains que je connais, que j’entends parler ici et là, ont une attitude plus qu’ambiguë. Ils se montrent virulents envers l’Occident, sans doute pour amuser la galerie, tout en singeant, dans leurs faits et gestes, cette partie du monde dont ils attendent leur salut.

Sinon, pourquoi ont-ils passé leur temps à vilipender François Hollande dont ils attendaient qu’il condamne le maître de Brazzaville. Est-ce son rôle ? Comment pouvons-nous vouloir l’indépendance de nos pays et continuer, en même temps, à considérer les anciens colonisateurs comme des puissances tutélaires éternelles dont l’opinion sur ce que nous sommes, ce que nous faisons et où nous allons est vitale ?

Sommes-nous contre les révisions constitutionnelles fallacieuses ? Battons-nous sans attendre l’avis de Paris, de Bruxelles ou de Washington.

Nous devrions avoir honte de notre ambivalence. De vivre par mimétisme. De rendre les autres responsables ou comptables de nos turpitudes et irrationalités. Commençons par déchirer nos rires Banania et montrons que nous sommes des hommes et des femmes de convictions. Cessons de tricher en permanence. Sommes-nous contre les révisions constitutionnelles fallacieuses ? Battons-nous sans attendre l’avis de Paris, de Bruxelles ou de Washington. Sommes-nous attachés au respect de nos droits en tant qu’êtres humains ? Arrêtons alors de dire que la Cour pénale internationale pratique une justice de Blancs contre nous, pauvres Noirs, après y avoir adhéré et en niant une évidence : des auteurs notoires de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité sont par nous protégés.

Si nous ne nous débarrassons pas de cette duplicité, si nous voulons tout et son contraire, nous continuerons notre belle œuvre d’auto-infantilisation. Et nous dirons toujours, comme à une certaine époque : « Le Blanc a dit. » Mais comment changer nos pays avec des élites-caméléons qui n’ont de foi qu’en l’argent et attendent, dans la jouissance, l’avis de l’extérieur ?

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