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Les pionniers de la photographie africaine

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Photographie : Abdelhak el-Ouertani, les mosquées tunisiennes au coeur

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Mis à jour le 4 novembre 2015 à 14:45

Affiche de l’exposition « Traces… Fragments d’une Tunisie contemporaine » © Mucem

À l’occasion de la 10e édition des Rencontres de Bamako, « Jeune Afrique » revient sur quelques pionniers de la photographie africaine.

Abdelhak el-Ouertani avait disparu de notre mémoire collective. Du moins jusqu’à ce que Mohamed Bennani, documentaliste et collectionneur, fasse l’acquisition chez un antiquaire d’un coffre en métal rempli de plaques de verre et d’épreuves photographiques de la fin du XIXe siècle. Sur le couvercle, une simple mention : « photos Afrique du Nord ». Et, à l’intérieur, une vraie surprise : la quasi-totalité des clichés est consacrée à l’architecture religieuse tunisienne, de nombreuses vues révélant même l’intérieur des édifices. Elles n’ont donc pu être prises que par un « photographe indigène », selon la terminologie coloniale.

À ce stade, le photographe reste anonyme. Mais, après une longue enquête, Mohamed Bennani a fini par lui redonner un nom. Celui d’Abdelhak el-Ouertani, un jeune lettré né en 1872 et travaillant pour le service des antiquités et des arts de Tunisie. Fils d’un savant réputé, il met à profit un séjour à Lyon, en 1892, pour se former auprès des frères Lumière. De retour à Tunis, il se voit confier la mission de photographier l’intérieur des édifices religieux, interdits aux chrétiens. Entre 1894 et 1895, Abdelhak el-Ouertani réalise ainsi environ 150 photographies documentaires, qui constituent aujourd’hui un témoignage unique.

On y retrouve tout à la fois l’intérieur de la mosquée Youssef Dey et de celle des Teinturiers, l’accès par le souk El-Fekka de la mosquée Zitouna, le minaret de la mosquée El-Ksar sur la place du Général… Abdelhak el-Ouertani ne se limite pas à Tunis et photographie aussi les lieux de culte de Béja, de Testour et du Kef. Il est également associé à des recherches archéologiques conduites aux alentours de Ksour, région dont sa famille est originaire. On l’expose, on l’honore, il rêve de gloire.

En 1896, il s’engage dans une expédition aux confins saharo-tripolitains de la Tunisie, au côté du marquis de Morès. C’est là qu’il meurt les armes à la main, le 9 juin 1896, lors d’une attaque des Touaregs Chaamba. Il n’avait que 24 ans. Cette mort prématurée l’a privé d’une carrière qui s’annonçait comparable à celle du plus célèbre des pionniers de la photographie et du cinéma tunisiens, Samama-Chikli. Un hommage lui est actuellement rendu au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille. Le second volet de l’exposition d’art contemporain, « Traces », s’ouvre ainsi symboliquement sur plusieurs de ses photographies sur plaques de verre, enfin tirées de l’oubli.

« Traces, fragments d’une Tunisie contemporaine – Fragments II », au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille, du 4 novembre au 29 février 2016.