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Sécurité des chefs d’État : dans le secret des gardes rapprochées

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Le souverain chérifien saluant la foule à son arrivée à Abidjan, le 23 février 2014.

Le souverain chérifien saluant la foule à son arrivée à Abidjan, le 23 février 2014. © PDN/SIPA

Alors que la sécurité des chefs d’État africains vire à l’obsession, les agents chargés de la garantir sont moins nombreux mais mieux formés et mieux équipés. Enquête sur ces hommes qui suivent nos présidents comme leur ombre.

Il fut un temps où chez Alpha Condé, au palais présidentiel de Conakry, on entrait (presque) comme dans un moulin. Cela correspondait assez bien au personnage, jaloux de sa liberté, se souciant comme d’une guigne de sa sécurité et incapable de s’imaginer des ennemis mortels. L’attentat contre sa résidence, le 19 juillet 2011, au cours duquel il faillit laisser sa vie, a tout changé. Depuis, les règles de protection rapprochée ont été drastiquement modifiées à Sékoutoureya : prière, avant d’être reçu par le chef, de laisser son téléphone portable à l’entrée, de passer sous un portique de détection, d’offrir son sac à la fouille et de frotter ses mains au savon antiseptique – Ebola est passé par là. « Bienvenue au club », ont dû dire ses pairs à Alpha Condé, tant partout, sur le continent, l’heure est à l’obsession de la sécurité.

Le temps révolu des gardes en treillis

Fini les gardes prétoriennes pléthoriques et suréquipées, ces « armées dans l’armée » anxiogènes pour les populations certes, mais peu fiables, éventuellement corruptibles et qui parfois avaient tendance à se retourner contre leurs géniteurs. De la pléthorique et inefficace DSP (Division spéciale présidentielle) de Mobutu, au RSP (Régiment de sécurité présidentielle) lâchant Blaise Compaoré en pleine révolution, en passant par le Basep (Bataillon de sécurité présidentielle) auteur du putsch contre Ould Taya et ses équivalents tunisien, libyen ou égyptien disloqués dans la tourmente qui emporta Ben Ali, Kadhafi et Moubarak, ces unités dites d’élite ont largement démontré leurs limites.

Place désormais aux groupes de protection rapprochée composés de professionnels formés à l’étranger, issus pour la plupart de l’ethnie du chef, opérant le plus souvent en civil et dont la tendance à l’hypertrophie ne se dément pas depuis quelques années. Ces équivalents africains du Secret Service américain ou du GSPR français ont pris la main sur le premier cercle sécuritaire des palais, renvoyant les hommes en treillis à la surveillance des grilles et des enceintes extérieures.

Autre chef d’État habitué des escapades à la place du conducteur : le roi Mohammed VI, à Casa, Tanger, Abidjan, Dakar ou Libreville, entouré d’une sécurité aussi invisible que réactive au moindre péril

Small is efficient en quelque sorte, et s’il existe encore une poignée de chefs d’État (Cameroun, Tchad, Congo…) dont le moindre déplacement est synonyme de blocage de la moitié de la capitale et de neutralisation, plusieurs heures à l’avance, du trajet menant au lieu de destination – l’aéroport, par exemple -, cette technique dite de vitrification préventive avec hélicoptères de combat survolant le convoi est très largement obsolète. Impopulaire, cela va de soi, inutile et même dangereuse tant la cible est identifiable.

Le Rwandais Paul Kagamé, qui est l’un des présidents les mieux protégés d’Afrique subsaharienne, circule ainsi à l’improviste dans Kigali, entouré de deux véhicules de protection et en tenant lui-même le volant de son 4×4 blindé. Autre chef d’État habitué des escapades à la place du conducteur : le roi Mohammed VI, à Casa, Tanger, Abidjan, Dakar ou Libreville, entouré d’une sécurité aussi invisible que réactive au moindre péril.

Une sécurité inébranlable ?

Certes, en Afrique comme ailleurs, la sécurité des plus puissants, qui sont aussi de par leur fonction les plus menacés, ne saurait être inoxydable. Lorsque Rachidi Kasereka, le plus proche des gardes du corps de Laurent-Désiré Kabila, a décidé de l’assassiner, qui pouvait l’arrêter ? Pendant plusieurs années, la protection rapprochée de son fils, l’actuel président Joseph Kabila, a dû être assurée par des Zimbabwéens avant que des jeunes Katangais, dûment triés et formés cette fois, ne reprennent leur place.

Kagamé a vu l’un des cadres de sa garde personnelle fuir en Ouganda puis ourdir un complot contre lui lors d’un séjour de repos dans son ranch du lac Muhazi, dont il connaissait les moindres recoins

À plusieurs reprises, des agents de la sécurité du roi du Maroc ont été limogés ou écartés pour des motifs de « comportement ». Quant à Kagamé, il a vu l’un des cadres de sa garde personnelle fuir en Ouganda puis ourdir un complot contre lui lors d’un séjour de repos dans son ranch du lac Muhazi, dont il connaissait les moindres recoins. Rien n’est jamais acquis donc, et rares sont les maîtres des palais à dormir la nuit sur leurs deux oreilles. Même si, globalement, leur sécurité est mieux assurée aujourd’hui qu’hier.

L’auteur de ces lignes se souvient encore de ces soudards en uniforme, l’air rogue et la kalach pointée, entourant le chef et qui, le soir, venaient le voir à son hôtel pour quémander l’argent de la bière, du taxi, de l’ordonnance ou des trois à la fois. Combien aurait-il fallu de plus pour qu’ils retournent leurs armes ? C’était à Lomé, Brazza, Bangui, dans les années 1990. Autant dire dans un autre siècle…

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