Dossier

Cet article est issu du dossier «Mali : à la recherche du temps perdu»

Voir tout le sommaire
Banque

La boulimie des banques marocaines au Mali

Le siège de la BIM, filiale d'Attijariwafa Bank, à Bamako. © Sébastien Rieussec pour J.A.

À Bamako, les filiales des groupes bancaires du royaume contrôlent plus ou moins directement la moitié des actifs du secteur. Un motif d'inquiétude ?

«BMCE Bank prend le contrôle de la BDM, la Banque de développement du Mali. » Cette annonce, diffusée le 15 avril au matin par le site Infomédiaire, l’une des sources d’information économique les plus suivies au Maroc, a laissé pantois plus d’un observateur. Au Mali, en effet, les banques marocaines sont déjà omniprésentes : les trois filiales contrôlées par Attijariwafa Bank, Banque populaire et BMCE Bank représentent plus d’un tiers des actifs bancaires du pays, contre 27 % en moyenne dans l’UEMOA. Si la BDM s’y était ajoutée, la part des Marocains aurait atteint d’un coup 50 %. Un chiffre incroyablement élevé… si l’annonce du 15 avril s’était révélée exacte.

Or, contacté par Jeune Afrique, Mohammed Agoumi, directeur général délégué chargé des activités internationales, dément aussitôt l’information. « Erronée », dit-il.

Depuis plusieurs années, le rapprochement de BDM, première banque du Mali, avec Bank of Africa Mali, la filiale de la BMCE Bank, fait débat, y compris au sein du groupe marocain : BMCE Bank détient plus d’un quart du capital de la BDM, et toutes deux sont liées par un partenariat technique assez conséquent.

« BMCE ne veut pas d’un rapprochement plus poussé, explique un connaisseur du dossier. Cela lui donnerait un poids trop important sans vraiment accroître son influence. Et puis Othman Benjelloun tient à respecter un équilibre avec l’État malien, l’autre grand actionnaire de la BDM. » Qui, de surcroît, accepterait de confier la moitié de son secteur bancaire à des mains étrangères ?

Impressionnant

Pourtant, rien ne semble arrêter les banques marocaines à Bamako. En deux exercices, Banque Atlantique Mali a doublé son total de bilan, qui a bondi de 47,5 % pour la seule année 2014. Attijariwafa Bank connaît une croissance plus modeste, mais a développé le principal réseau de distribution du pays, avec 80 agences.

Le cas de BOA-Mali est le plus impressionnant : la valeur de ses actifs a crû de 58,9 % l’an dernier, propulsant la plus ancienne des filiales du groupe Bank of Africa au deuxième rang par les actifs et au troisième par les revenus. À ce rythme-là, elle devrait décrocher la première place d’ici peu. « Cette croissance n’est pas due à des opérations ponctuelles mais à une stratégie interne, mise en place depuis quelques années », explique l’un de ses dirigeants.

Les banques marocaines profitent aussi d’une concurrence locale plutôt pâlotte.

Si les banques marocaines connaissent un tel succès, ce n’est pas seulement en raison de leur (grand) dynamisme. Elles profitent aussi d’une concurrence locale plutôt pâlotte. Seul Ecobank, numéro un du marché par les revenus, compte réellement. BNP Paribas et sa filiale Bici-Mali ne se font guère remarquer. Quant à la Société générale, qu’Attijariwafa Bank a coiffée sur le poteau en 2008 lors de la privatisation de la Banque internationale pour le Mali, elle est toujours absente.

Outre qu’elles bénéficient d’une réelle présence des entreprises marocaines (Maroc Télécom, Royal Air Maroc, Alliances), les banques de Casa bénéficient de leur implantation en France, où elles ont développé d’importants réseaux, et qui reste l’un des principaux pays émetteurs de transferts d’argent vers le Mali via sa nombreuse diaspora…

Pas de polémique

Pour l’heure, à Bamako, cette domination marocaine croissante ne suscite pas de polémique. Elle est davantage surveillée à Casablanca, où la Banque centrale s’inquiète des risques liés à l’engagement très important des groupes bancaires qu’elle surveille dans certains pays subsahariens.

« À Bamako, le poids des banques marocaines n’est pas un sujet de discussion, confirme Alain Lenoir, administrateur indépendant à la BDM. Elles sont plutôt prudentes dans leur approche du marché et ne cherchent pas à s’afficher ou à s’imposer comme des banques marocaines. »

Mené depuis quelques mois par un Burkinabè, le management de Banque Atlantique Mali ne compte pas de Marocains.

Dirigé entre 2013 et 2015 par Mamadou Igor Diarra, jusqu’à sa nomination au poste de ministre de l’Économie et des Finances, BOA-Mali a choisi un Marocain pour lui succéder. Mais Bouchaib Fachar est un connaisseur du pays, puisqu’il avait déjà été entre 2008 et 2012 directeur général adjoint de la BDM.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte