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Cet article est issu du dossier «Mali : à la recherche du temps perdu»

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Elections

Moussa Mara : « Mon horizon, c’est la mairie de Bamako »

Le leader du parti Yéléma, en octobre 2014. © VINCENT FOURNIER/J.A.

On lui prête des ambitions présidentielles. Pourtant, l'ancien Premier ministre affirme se concentrer sur les scrutins locaux. Il est l'un des rares à plaider pour que ceux-ci se déroulent au plus vite.

Pendant neuf mois, il a dirigé le gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) avant de devoir céder la place, en janvier 2015, à un septuagénaire discret et consensuel, Modibo Keïta, moins enclin à faire de l’ombre au chef de l’État et aux ténors de son parti que ce quadra réputé ambitieux, qui avait rallié la majorité présidentielle après avoir lui-même brigué la magistrature suprême en 2013.

Fils d’un officier qui fut le compagnon de putsch de Moussa Traoré, Moussa Mara, 40 ans, est apparu sur la scène politique tardivement, après avoir fait ses armes dans la commune IV de Bamako, son bastion, tout en assurant en parallèle la direction de son cabinet d’expertise comptable.

Aujourd’hui candidat à la mairie de la capitale, le président du parti Yéléma est l’un des rares leaders à plaider pour la tenue rapide des élections communales et régionales, qui devaient être organisées le 25 octobre mais qui ont été reportées in extremis en raison de l’insécurité qui prévaut dans plusieurs zones du nord du pays. Il s’en explique à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Comment les élections locales pourraient-elles se tenir alors que sur plusieurs portions du territoire l’administration malienne n’est pas représentée ?

Moussa Mara : Depuis deux ans, que ce soit en tant que ministre de l’Urbanisme, Premier ministre ou ex-Premier ministre, je suis hostile à ces reports successifs. Il ne faut pas rêver : la présence de groupes jihadistes ou sécessionnistes et de réseaux de trafiquants dans le nord du pays est une réalité qui ne va pas s’estomper à court terme. Face à une situation structurellement problématique, dont le règlement prendra du temps, il est hasardeux de conditionner l’organisation des élections à un retour à la normale.

Par ailleurs, un scrutin local est, par définition, une élection de proximité destinée à installer des élus qui auront toute légitimité à fournir des services dont les populations ont grandement besoin, dans le Nord comme dans le Sud. Enfin, 90 % de la population vit dans des régions où il n’y a aucun problème de sécurité. Généraliser à l’ensemble du territoire un problème circonscrit ne me semble donc pas logique. Et pourtant, face à la pression d’une large frange de la classe politique, le gouvernement a choisi de reporter une nouvelle fois ces élections.

Les dispositions de l’accord d’Alger en matière de gouvernance locale ne compliquent-elles pas la donne en créant un système dérogatoire pour le Nord ?

En réalité, cet accord permettrait de sortir de l’impasse. Car il précise que le gouvernement peut mettre en place dans le nord du pays, pendant une période transitoire de dix-huit à vingt-quatre mois, des administrations provisoires nommées en concertation avec les parties signataires afin que ces collectivités locales puissent accompagner l’État, dans l’attente d’élections ultérieures. Au gouvernement de mettre sur pied ces collectivités locales transitoires sans s’interdire d’organiser des élections dans le reste du pays. Cela serait conforme à l’accord de paix sans entrer en contradiction avec nos textes de référence.

Personnellement, je compte proposer le 27 décembre pour les communales – partout où cela est possible – et avril 2016 pour les régionales et le district de Bamako, où je suis moi-même candidat

Cette option ne serait-elle pas une manière de masquer le problème fondamental : que la souveraineté de l’État ne s’exerce pas sur l’ensemble du pays ?

Il est évident que l’administration n’est pas présente à Kidal et qu’on ne peut y organiser des élections. Mais la région de Kidal représente seulement 12 des 703 communes du Mali. En concertation avec les protagonistes concernés, le gouvernement pourrait donc décider de désigner dans cette région des autorités transitoires pour une durée de dix-huit mois. On pourrait en faire de même dans les communes de la région de Gao, où la situation est compliquée.

Cette hypothèse fait redouter à certains une partition du pays. C’est absurde. Notre coalition de la majorité présidentielle, l’Alliance pour le Mali [APM], réfléchit à une date qui pourrait être soumise au gouvernement. Personnellement, je compte proposer le 27 décembre pour les communales – partout où cela est possible – et avril 2016 pour les régionales et le district de Bamako, où je suis moi-même candidat. Les élections pourraient être organisées de manière séquentielle ; le plus important, c’est de les organiser.

L’accord d’Alger représente-t-il un bon compromis ?

Sa mise en œuvre nécessite évidemment une forte volonté politique. Or tous les acteurs n’y ont pas forcément intérêt. Certains ont davantage à gagner à ce que l’insécurité perdure, qu’il s’agisse de perpétuer les trafics ou de pallier une légitimité qui leur fait défaut sur le terrain. D’autre part, on a vu apparaître une constellation d’acteurs plus ou moins identifiés, et des rivalités communautaires ou politiques entre groupes rebelles qui, souvent, dégénèrent.

Du 20 juin au début d’août, le comité de suivi de l’accord était parvenu à enclencher une dynamique positive. Un chronogramme relatif à sa mise en œuvre devait être adopté lorsque l’incident d’Anéfis, survenu en août entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme des mouvements d’autodéfense, a gelé ce processus. Le gouvernement malien doit dorénavant assumer le leadership de la mise en œuvre de l’accord. Or il me semble qu’il n’occupe pas suffisamment l’espace, politiquement, diplomatiquement et médiatiquement. Le processus de paix implique l’adoption de textes législatifs ou réglementaires. Au gouvernement de prendre l’initiative et de manifester sa volonté.

Cette visite à Kidal visait à conforter l’administration, elle n’avait rien de politique

Votre visite à Kidal, en mai 2014, a tourné à la déroute pour votre délégation, qui s’est retrouvée sous le feu des rebelles. La regrettez-vous ?

Cette visite visait à conforter l’administration, elle n’avait rien de politique. Lorsque j’ai été nommé Premier ministre, j’ai fait le constat qu’il était souhaitable que je me rende à Kidal, en vertu de la feuille de route édictée par le président. Il fallait que le gouvernement soit présent sur le terrain et que l’administration soit dotée des moyens lui permettant de servir les populations. Ce projet avait alors fait l’objet d’un large consensus, de la majorité à l’opposition, en passant par la société civile. Comment peut-on m’imputer la responsabilité de crimes contre des préfets et des civils perpétrés par les groupes armés lors de cette visite où ma délégation a été attaquée ? J’étais le Premier ministre du Mali, territoire dont Kidal fait partie.

La débâcle de l’armée qui s’est ensuivie vous a-t-elle coûté votre poste ?

Je ne suis pas parti de la primature à cause de Kidal. Demandez aux Maliens ce qu’ils pensent de ma visite ! À mon retour, j’ai été accueilli triomphalement. Après la déroute militaire du 21 mai, les gens ont été douchés, mais ils demeuraient persuadés qu’il fallait y aller. C’est pourquoi le président a salué mon courage et mon patriotisme. Je suis parti de la primature pour des raisons qui appartiennent au chef de l’État, qui est le dépositaire de la légitimité populaire. Ce n’était pas une sanction différée.

Vos ambitions personnelles n’ont-elles pas contrarié le président IBK ?

Tout le Mali me prête le rêve d’être président. Mais mon horizon, c’est la mairie de Bamako. À chaque jour suffit sa peine. J’ai de vraies ambitions pour Bamako, après avoir été maire de la commune IV, qui fait office de vitrine de la capitale. Je pense avoir l’expérience, les aptitudes et l’énergie pour transformer la ville. Et je reste membre de la majorité présidentielle, bien décidé à accompagner le président pour que son mandat soit fructueux, après deux années difficiles en raison du contexte.

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