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Niger : la famille d’Ibrahim Baré Maïnassara espère l’ouverture d’une enquête

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Clémence Baré Maïnassara et l'un de ses fils, le 11 avril 1999.

Clémence Baré Maïnassara et l'un de ses fils, le 11 avril 1999. © SEYLLOU DIALLO/AFP

C’est un début de victoire pour la famille du président Baré Maïnassara, assassiné en 1999 : la Cour de la Cedeao a décidé qu’une indemnité de plus de 600 000 euros devait lui être versée.

Et si une enquête sur l’assassinat d’Ibrahim Baré Maïnassara était enfin ouverte ? C’est l’espoir que nourrit la famille de l’ancien président tué sur une base militaire par des membres de sa propre garde, le 9 avril 1999. En effet, le 23 octobre dernier, la Cour de justice de la Cedeao a condamné l’État nigérien à verser aux proches du défunt une indemnité d’un montant équivalent à 663 000 euros.

Marou Amadou rappelle que la loi d’amnistie du 24 janvier 2000 empêche de poursuivre les auteurs des coups d’État de 1996 et 1999

La veuve de l’ancien chef de l’État, Clémence Baré Maïnassara, précise qu’obtenir des réparations financières n’a jamais été son objectif premier et que plusieurs autres familles ont été touchées. Mais, selon elle, ce jugement leur redonne à tous des arguments imparables et l’énergie suffisante pour poursuivre le combat qu’ils mènent depuis seize ans. « Il était important que la cour admette qu’il y avait violation de droits humains et déni de justice dans un pays considéré comme démocratique », explique-telle.

Surtout, elle réclame l’ouverture d’une enquête internationale indépendante pour définir les responsabilités des uns et des autres. Pas sûr, pourtant, que le gouvernement manifeste un quelconque empressement à la suivre sur ce terrain. Interrogé par Jeune Afrique, le ministre nigérien de la Justice, Marou Amadou, fait savoir que « l’État prend acte du jugement de la Cour et compte l’exécuter de bonne foi. » Il reconnaît le droit de la famille à connaître la vérité, mais il rappelle que la loi d’amnistie du 24 janvier 2000 empêche de poursuivre les auteurs des coups d’État de 1996 et 1999, et qu’elle est toujours en vigueur.

Il est aujourd’hui établi que le putsch n’est survenu que deux jours après l’assassinat de Baré Maïnassara, auquel de nombreuses autres personnes auraient été mêlées, affirme Djibril Baré Maïnassara

Le parti de l’ex-président, le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP-Jama’a), a bien tenté de la faire abroger, mais sa demande a été rejetée par l’Assemblée nationale en avril 2015. Quant à Djibril Baré Maïnassara, un des frères du défunt, il affirme qu’il n’est pas nécessaire d’attendre la disparition du texte pour ouvrir une enquête car il ne concerne que les auteurs de coup d’État. Or, insiste-til, il est aujourd’hui établi que le putsch n’est survenu que deux jours après l’assassinat de Baré Maïnassara, auquel de nombreuses autres personnes auraient été mêlées. « Si le colonel Daouda Malam Wanké, qui commandait à l’époque la garde présidentielle, était le seul concerné et qu’il s’agissait d’une simple révolution de palais, plus personne ne parlerait aujourd’hui d’amnistie ou de refus d’informer », conclut Djibril Baré Maïnassara.

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