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Cet article est issu du dossier «Présidentielle au Burkina : une autre histoire est en marche»

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Au Burkina, Radio Oméga mise sur les accros de l’info

Enregistrement de l'émission Ça nous concerne. © SOPHIE GARCIA POUR J.A.

Depuis sa couverture de l'insurrection d'octobre 2014, puis celle du putsch de septembre dernier, Radio Oméga est devenue une référence. Son secret ? Du direct, du direct, et encore du direct.

Sur un mur du hall d’entrée de Radio Oméga, bien visible, une lettre de félicitations. « Bravo à vous. Votre travail a été primordial dans ces jours qui ont changé le Burkina. » Un témoignage qui ne fait pas allusion au coup d’État des 16 et 17 septembre dernier, mais au soulèvement populaire d’octobre 2014, lors duquel la station a fait le plein d’auditeurs grâce à la rapidité et à la pertinence de son traitement de l’information.

Depuis, les bouleversements qu’a vécus la rédaction d’Oméga FM sont tels que ses journalistes ont parfois du mal à réaliser le chemin parcouru depuis la création de la radio, en 2011. « Nous avons toujours fait du direct et, pendant l’insurrection de 2014, cette expérience a fait la différence, explique Albert Nagreogo, le rédacteur en chef de la station. On était prêts, mais on ne s’attendait pas à ce que la situation dégénère autant et aussi vite. »

La couverture du soulèvement populaire d’octobre 2014

Le 30 octobre, jour de l’examen du projet de loi sur la révision de la Constitution à l’Assemblée nationale, la radio avait préparé deux émissions en fonction du vote des députés. L’annonce des résultats était prévue à 17 heures, mais ce vote n’eut jamais lieu, et Blaise Compaoré décréta l’état d’urgence. Radio Oméga fut le premier média à rendre l’information publique. Quelques heures plus tard, l’ancien président et le chef d’état-major des armées firent une déclaration dans laquelle ils assuraient chacun de leur côté détenir le pouvoir. « À ce moment-là, on ne savait pas qui dirigeait le pays, raconte Albert Nagreogo. Nous avons décidé de faire réagir les acteurs de la société civile… et nous avons émis toute la nuit. »

Nous ne savions pas que nous étions la seule radio à émettre en direct et vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant la totalité de l’insurrection, avoue Albert Nagreogo

Bis repetita le 31 octobre. Ce jour-là, tard dans la soirée, Isaac Zida fait son pronunciamiento. « À 2 heures du matin, deux proches de Zida sont arrivés à la station. Ils ont demandé à deux de nos journalistes de les suivre afin qu’ils puissent assister à la déclaration car nous étions en période de couvre-feu, poursuit le rédacteur en chef. Nous avons reçu des félicitations de tout le pays… Nous ne savions pas que nous étions la seule radio à émettre en direct et vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant la totalité de l’insurrection. »

Depuis, la radio est considérée comme l’un des médias de référence du pays. De quoi lui mettre la pression. « Il a fallu garder le cap », admet Albert Nagreogo. À bientôt 30 ans, cet ancien professeur de français est à la tête d’une équipe de vingt-deux journalistes au Burkina et à l’étranger, puisque Radio Oméga a désormais des correspondants à Abidjan, Bamako, Conakry, Dakar, Lomé, Niamey et même Johannesburg.

Une nouvelle grille de programmes a été lancée le 5 mars dernier, fidèle à ce qui a fait le succès de la radio : les grands événements politiques, sportifs ou culturels sont suivis en direct, et huit grands journaux rythment la journée. La rédaction veut également développer son offre multimédia, notamment sur les réseaux sociaux.

Une radio qui milite pour la liberté de la presse

Mais alors que la transition connaissait quelques soubresauts, sa nouvelle notoriété a aussi exposé Oméga FM à des réalités plus sombres. Le 30 juin, en plein conflit entre le régiment de sécurité présidentielle (RSP) et Isaac Zida, le Premier ministre, des officiers du RSP font irruption au siège de la station, situé non loin du centre de presse Norbert-Zongo, au cœur de Ouagadougou. Vers 8 h 30, un 4×4 noir s’arrête, six hommes en armes en descendent, deux entrent dans l’immeuble pour demander à rencontrer l’équipe du matin : « Nous ne sommes pas venus vous faire du mal. Sachez seulement que des gens volent l’argent du pays et que, à partir de maintenant, nous allons les arrêter et les présenter au peuple. » Une brève intervention que la direction comme le personnel de la radio ont évidemment interprétée comme une menace. « L’équipe a eu peur, c’était de l’intimidation, reconnaît Albert Nagreogo. Il nous a fallu une journée pour que tout revienne à la normale. »

Radio Oméga a encore démontré la solidité de son travail lors du coup d’État des 16 et 17 septembre. Après avoir annoncé dès 17 h 43, sur son compte Twitter, que le président et le Premier ministre de la transition avaient été pris en otage en plein Conseil des ministres, elle est restée à la pointe de l’actualité. Même lorsqu’elle ne pouvait plus émettre, elle a continué à chercher et à vérifier les informations pour rendre compte de la situation sur ses comptes Twitter et Facebook. Souvent sans commentaire. Souvent aussi elle a été l’un des seuls médias ayant permis de suivre l’évolution du putsch, dans le pays et à l’étranger. Pendant les jours d’incertitude qui ont suivi, elle a mobilisé l’ensemble de ses journalistes pour réaliser des émissions spéciales.

Le 16 septembre, vers 17 heures, un groupe débarque au siège de la station, à bord d’un véhicule Mercedes. Leur message est clair : Vous coupez, ou on incendie la radio.

Une période au cours de laquelle la liberté de la presse a été mise à rude épreuve : plusieurs médias ont été visés, des radios attaquées et empêchées d’émettre. Radio Oméga a une nouvelle fois reçu la visite des hommes du RSP. Le 16 septembre, vers 17 heures, un groupe débarque au siège de la station, à bord d’un véhicule Mercedes. Leur message est clair : « Vous coupez, ou on incendie la radio. » « On a coupé, ils ont vérifié que l’émetteur n’émettait plus, ils sont descendus… Et c’est à ce moment qu’ils ont incendié les motos qui se trouvaient devant la station, à l’aide de l’essence qu’ils avaient apportée », raconte Bernard Bougouma, le responsable du service multimédia et des langues nationales d’Oméga FM.

Au total, six motos ont été brûlées. Aucune violence physique n’a été exercée contre les journalistes. Ce qui est presque une chance au regard des agressions subies par certains confrères, comme ce photographe du site internet lefaso.net et ce journaliste du site burkina24.com passés à tabac dans les locaux de la télévision BF1. À Ouagadougou, le correspondant du quotidien Sidwaya à Bogandé a, lui, reçu une balle. Comme un rappel de certaines heures sombres de l’histoire du Burkina Faso.

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