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Une affiche d’ADO dans les rues d’Abidjan, le 21 octobre 2015 © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

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Présidentielle en Côte d’Ivoire 2015 : au-delà des clans

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Élection en Côte d’Ivoire : le pays va-t-il oublier ses vieux démons ?

Il y a cinq ans, les résultats du premier tour de la présidentielle reflétaient de fortes divisions régionales, épousant les bastions des trois principaux candidats. À travers tout le territoire, nos envoyés spéciaux ont pris le pouls des électeurs qui voteront pour le premier tour de la présidentielle ce dimanche 25 octobre.

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Mis à jour le 23 octobre 2015 à 08:33

À Abidjan comme dans tout le pays, ADO vole la vedette à ses challengers. Les affiches géantes qui vantent son bilan ont envahi les rues. © SYLVAIN CHERKAOUI pour J.A.

Abidjan, 1er novembre 2010. Les équipes des trois principaux candidats à l’élection présidentielle, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, égrènent sur leurs portables les résultats du premier tour de cette élection tant attendue. Leurs scores respectifs dessinent la cartographie d’un pays coupé en trois : chacun son fief régional, avec un minimum de 60 % des voix.

La région des Lacs (Yamoussoukro, Dimbokro et Daoukro), où les Baoulés et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Bédié règnent en maître ; celles des Savanes, du Woroba et de Denguélé (Korhogo, Séguéla, Odienné) pour le Rassemblement des républicains (RDR) du Dioula Ouattara, et, enfin, les Lagunes (Dabou) mais aussi, dans une moindre mesure, le Sassandra-Marahoué (Daloa) et le Cavally (Guiglo) pour le Bété Gbagbo (Front populaire ivoirien, FPI). Exit Bédié, arrivé en troisième position, qui devient cependant l’arbitre d’un affrontement presque caricatural entre le socialiste et le libéral, le chef de village et l’homme du monde, le Nord musulman et le Sud chrétien. Bref, le Sphinx et les Baoulés allaient décider de l’issue du combat entre la carpe et le lapin…

À l’époque, fédérer en dehors de son réservoir naturel de voix n’allait pas de soi. « Jamais un chrétien ne votera pour un musulman », « un Baoulé ne peut se mettre au service d’un Dioula », « les Bétés oppressent les Baoulés dans l’Ouest », pouvait-on alors entendre. La suite, tragique, tout le monde la connaît. Cinq ans plus tard, ces trois Côte d’Ivoire, traversées de profonds antagonismes, se sont-elles muées en une seule ?

Le RDR, le PDCI ou le FPI – ainsi que leurs chefs – sont-ils parvenus à séduire en dehors de leurs bases originelles ? Les mentalités, notamment celles des plus jeunes, ceux qui n’étaient pas en âge de voter à l’époque par exemple, ont-elles évolué ? Nos envoyés spéciaux ont sillonné le pays du nord au sud et d’est en ouest pour répondre à ces questions. Voyage à l’intérieur d’une Côte d’Ivoire qui tente d’oublier ses vieux démons.