Politique

Maroc : Hakim Benchamach, le « pitbull du PAM », devra faire preuve de retenue

Président de la seconde chambre du Parlement marocain depuis le 13 octobre, le numéro deux du PAM est désormais tenu à une certaine réserve. Pas évident : lui, qui déteste les islamistes, se retrouve face à leurs élus.

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Mis à jour le 22 octobre 2015 à 08:51

À Rabat, le 16 octobre. © VINCENT FOURNIER/J.A.

Du haut de son perchoir de président de la seconde chambre du Parlement marocain, Hakim Benchamach changera-t-il d’attitude envers le Parti Justice et Développement (PJD) ? Saura-t-il traiter ses élus à égalité avec ceux qui appartiennent à d’autres groupes parlementaires et s’abstenir de leur lancer des réflexions peu amènes telles que « le diable se cache derrière votre barbe » ?

Depuis son élection, le 13 octobre, celui que l’on surnomme « le pitbull du PAM » [Parti Authenticité et Modernité] en raison de ses déclarations incendiaires à l’adresse des islamistes, doit faire preuve de retenue. « Il s’est calmé, glisse un de ses proches. Les gens croient qu’il est dur parce qu’il est rifain. Ce n’est pas vrai. Hakim est entier. Il n’aime pas que l’on instrumentalise la religion et le dit crûment, voilà tout. »

Marqué par les disparitions et les exécutions des années de plomb, c’est tout naturellement qu’il fait siennes les thèses de la gauche

Né en 1963 dans un village proche d’Al-Hoceima, Benchamach a grandi au sein d’une famille pauvre dans ces montagnes du Nord que Hassan II avait condamnées à l’enclavement. Son père fut emprisonné lors de la révolte du Rif de 1958 et son frère aîné poussé à s’exiler aux Pays-Bas. Marqué par les disparitions et les exécutions des années de plomb, c’est tout naturellement qu’il fait siennes les thèses de la gauche en cofondant, au début des années 1980, la branche Jeunesse de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) à Al-Hoceima, puis en rejoignant le mouvement estudiantin de la gauche radicale à l’université d’Oujda, où il étudie le droit et les sciences politiques.

Considéré comme un opposant au régime, il est arrêté en 1984 et emprisonné « deux ans, trois mois et trois jours », ainsi qu’il aime à le rappeler. L’enfant du Rif racontera son expérience des geôles de Hassan II lors des auditions publiques de l’Instance équité et réconciliation, créée par Mohammed VI en 2004.

Leurs anciens compagnons de cellule accusent Benchamach et ses amis d’avoir pactisé avec un Makhzen qu’ils ont toujours combattu

Pendant ces auditions, il rencontre d’autres victimes, comme Salah El Ouadie, Khadija Rouissi et Abdelhak Mossadeq, et fonde avec eux le Mouvement de tous les démocrates (MTD). Le parrain de cette association n’est autre que Fouad Ali El Himma, actuel conseiller du roi, qui a œuvré à réconcilier le Palais avec les prisonniers politiques et les défenseurs des droits de l’homme. Une initiative qui n’était pas du goût de tous les militants de gauche. Ainsi, leurs anciens compagnons de cellule accusent Benchamach et ses amis d’avoir pactisé avec un Makhzen qu’ils ont toujours combattu. « On nous a vilipendés, excommuniés. La réalité est qu’on n’avait pas la même vision de l’avenir du Maroc. Ils étaient dans l’exclusion, nous étions dans la participation », raconte un des fondateurs du MTD.

Au sein de cette association, devenue en 2008 le PAM, Hakim Benchamach se rapproche d’Ilyas El Omari, ami de « l’ami du roi » et originaire comme lui d’Al-Hoceima. En 2004, alors que cette ville est frappée par un tremblement de terre, ils créent l’Association Rif pour la solidarité et le développement, qui vient en aide aux victimes.

Si le noyau dur de cette formation est constitué de militants de gauche, une grande partie de ses adhérents est, elle, composée de notables

Fort de son expérience politique et associative, Benchamach est devenu l’idéologue du PAM, le porte-parole d’un « projet de modernité » qu’il défend contre vents et marées. Si le noyau dur de cette formation est constitué de militants de gauche, une grande partie de ses adhérents est, elle, composée de notables auxquels on a fait appel pour permettre au PAM de s’imposer comme première force politique dans les communes lors du scrutin du 4 septembre. L’élection de Benchamach à la tête de la seconde chambre illustre la réussite fulgurante d’un parti qui, en sept ans d’existence, a polarisé la vie politique entre modernistes d’un côté et conservateurs de l’autre.