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Cet article est issu du dossier «Le Niger entre deux fronts»

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Politique

Niger : calmer le jeu

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Mahamadou Issoufou.

Mahamadou Issoufou. © Tagaza Djibo/J.A.

Tous ceux qui ont du Niger l’image, désespérante, d’un pays abonné à la queue de classement des indices de développement humain seraient avisés de prendre connaissance du dernier et très sérieux indice de la gouvernance africaine, publié le 5 octobre par la Fondation Mo Ibrahim.

Côté gouvernance globale – soit la moyenne des quatre critères de jugement définis par la fondation -, le Niger figure à la 33e place sur 54, mieux que la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Libye ou l’Angola. Dans le détail, si le pays a perdu des places précieuses dans le secteur de la sécurité du fait des agressions, il est vrai localisées dans le Sud-Est, de la secte terroriste Boko Haram, il ne cesse d’en gagner depuis 2011 dans les domaines de la participation des citoyens, du respect des droits humains et des conditions d’un développement économique durable.

Son bilan est honorable et ceux qui, à l’instar de son rival et ex-président Mahamane Ousmane, jurent qu’ils n’y voient « rien de positif » se trompent

À moins de cinq mois de la fin de son quinquennat, le président (et futur candidat) Mahamadou Issoufou peut donc se rassurer : son bilan est honorable et ceux qui, à l’instar de son rival et ex-président Mahamane Ousmane, jurent qu’ils n’y voient « rien de positif » se trompent. Les périodes de précampagne électorale, il est vrai (les premiers tours de la présidentielle et des législatives sont prévus pour le 21 février 2016), ne sont pas de celles qui prédisposent aux jugements les plus équilibrés.

Reste qu’un bon bilan n’est synonyme ni de perfection, ni de réélection assurée. À 63 ans, cet ingénieur des Mines formé en France, le cœur à gauche, proche de François Hollande, habitué du débat (et du combat) public depuis ses années d’étudiant et dont les camarades dans la région ont pour nom Alpha Condé et Ibrahim Boubacar Keïta, sait qu’il lui faudra décrisper l’atmosphère politique nigérienne s’il veut être réélu dans les conditions qu’il appelle lui-même de ses vœux, à savoir « propres et qui ne jettent pas le discrédit sur la classe politique ».

Il ne serait pas souhaitable que le tour de vis sécuritaire rendu nécessaire par la menace terroriste s’étende au terrain politique et soit utilisé par le pouvoir pour restreindre les activités de l’opposition

Or, depuis la crise ouverte par le retrait en 2013 de l’ex-président de l’Assemblée nationale Hama Amadou – devenu, en son exil parisien, le plus déterminé des adversaires du chef de l’État -, l’heure n’est pas à la sérénité et le climat entre les deux camps est fortement teinté de paranoïa. Même si, au Niger, l’échauffement préélectoral fait partie des habitudes, avant qu’au dernier moment s’ouvre la porte du compromis, il ne serait pas souhaitable que le tour de vis sécuritaire rendu nécessaire par la menace terroriste s’étende au terrain politique et soit utilisé par le pouvoir pour restreindre les activités de l’opposition.

Mahamadou Issoufou, dont nul ne met sérieusement en doute les convictions démocratiques, doit y veiller – histoire justement de ne pas laisser occulter les indéniables réussites de son quinquennat : santé, éducation, infrastructures, agriculture, retour du Niger sur la scène internationale, etc. Histoire, surtout, de laisser aux électeurs le soin de juger, en toute sérénité, s’il mérite de prolonger son CDD à la tête de ce grand pays…

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