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Parlement populaire à Maurice : ici, on refait le monde

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Mis à jour le 16 octobre 2015 à 16:50

Session plénière à Rose-Hill, le 8 août. © C. BOUDET

Urbanisme, sécurité alimentaire, corruption… Dans ce parlement populaire, les citoyens sont priés de présenter des propositions concrètes. Toutes les bonnes idées sont les bienvenues.

«Bon, je crois que nous allons pouvoir commencer. » La voix fluette de Catherine Boudet peine à s’imposer dans la vaste salle des fêtes du centre social Marie-Reine-de-la-Paix, en plein cœur de Port-Louis. La qualité exécrable de la sono n’arrange rien. Heureusement, le message est clair pour la soixantaine de participants, toutes communautés confondues, qui ont fait le déplacement. « Lavwa lepep », revendique la grande banderole rouge qui cache le mur. « La voix au peuple », même à titre purement consultatif, c’est l’objectif que s’est fixé Catherine Boudet en mars lorsqu’elle a lancé avec ses amis syndicalistes le parlement populaire, premier du genre à Maurice.

Après avoir mis en cause l’ex-Premier ministre, elle a failli se faire expulser du pays, avant de goûter aux méthodes musclées de la police politique

« La démocratie est en panne et notre initiative, encore en phase expérimentale, doit justement permettre de sortir du népotisme caractéristique du système politique mauricien depuis plus de quarante ans et qui, entre corruption et communautarisme, gangrène l’État », explique cette Réunionnaise qui a débarqué à Maurice en 2009.

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Bordeaux (France), l’ancienne journaliste sait de quoi elle parle. Après avoir mis en cause l’ex-Premier ministre Navin Ramgoolam dans diverses histoires de malversations financières dès 2010, elle a failli se faire expulser du pays, avant de goûter aux méthodes musclées de la police politique, qui ne cessera sa surveillance rapprochée qu’au lendemain de la défaite de l’ancien chef de gouvernement, en décembre 2014.

Des ateliers citoyens

C’est durant cette période trouble que Catherine Boudet rencontre les membres de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), qui réfléchissent depuis longtemps à la création d’une assemblée « susceptible de redonner au Mauricien son rôle de citoyen ». Ils confient ainsi à la politologue la lourde tâche de conceptualiser le futur organe délibératif et ouvert à tous. À elle de trouver le cadre qui permettra à cette assemblée d’exister.

Le chef du gouvernement est pour l’instant très bienveillant à notre égard

« Nos participants doivent apprendre à établir un ordre du jour, à débattre en s’écoutant et en respectant le temps de parole de chacun, à analyser de manière critique pour être capable de rédiger un rapport argumenté avec des propositions, qui sera ensuite envoyé aux services ministériels intéressés », insiste celle qui fait pour l’instant office de président de l’instance hébergée dans les locaux de la CTSP, à Rose-Hill. Le ministère de l’Agro-industrie a ainsi été le premier à recevoir un document de l’organisation, correspondance qui a contraint le ministre, Mahen Seeruttun, à accueillir une « délégation parlementaire », en juillet, pour parler de la sécurité alimentaire du pays.

« Le chef du gouvernement est pour l’instant très bienveillant à notre égard, quand les autres partis se contentent d’observer », confirme Catherine Boudet. Elle souhaite aujourd’hui élargir les consultations à l’ensemble du territoire et créer des ateliers de travail « à but pédagogique pour la population », autour de thèmes précis – comme ce fut le cas, le 8 août, à propos du très polémique projet de smart cities. « Aux Mauriciens de voir ce qu’ils voudront faire de cette assemblée, précise-telle. Elle ne perdurera que s’ils le souhaitent vraiment. »