Défense

RDC : pour les FDLR, c’est le début de la fin

Combattants à la frontière du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en 2008. Aujourd'hui, ils ne seraient plus que 1 200 selon l'ONU. © ANDREW MCCONNELL/PANOS-REA

Deux des chefs des rebelles hutus rwandais ont été condamnés à de la prison ferme en Allemagne, et, sur le terrain, Kinshasa et Kigali se disent prêts à s'unir pour en finir.

Des hommes en haillons, armés de vieilles kalachnikovs enrayées et à peine capables de se mettre au garde-à-vous… La dernière fois que des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont été filmés, ils avaient l’air de soudards hagards, vestiges d’une guerre perdue il y a bien longtemps. C’était en juin 2014, dans l’est de la RD Congo, lors d’une cérémonie censée prouver leur volonté de déposer les armes. La rébellion hutue rwandaise, qui empoisonne les relations entre le Rwanda et la RD Congo depuis des années, est-elle à ce point affaiblie ? Ou s’agissait-il d’une ultime ruse pour le faire croire ?

Une chose est sûre : malgré l’arrivée à expiration, le 2 janvier dernier, de l’ultimatum fixé par la communauté internationale, les FDLR ont cessé de collaborer et n’ont pas désarmé. On compterait encore 1 200 combattants, selon les Nations unies (entre 3 500 et 3 800 selon le Rwanda), éparpillés entre les provinces du Tanganyika, du Sud-Kivu et surtout du Nord-Kivu. C’est d’ailleurs dans cette province qu’ils sont soupçonnés d’avoir mené, ces deux derniers mois, deux attaques contre les forces armées congolaises (FARDC), qui ont fait 14 morts.

Cette organisation, très hiérarchisée, n’a jamais cessé de commettre des exactions contre la population civile

Il ne s’agit là que des derniers épisodes d’une longue litanie de crimes qui a débuté en 1994. Cette année-là, l’armée et les milices responsables du génocide des Tutsis du Rwanda trouvaient refuge sur le territoire congolais dans l’espoir de retourner conquérir, un jour, le pouvoir à Kigali. Regroupée depuis 2000 sous le nom de FDLR, cette rébellion a été tour à tour traquée et soutenue par Kinshasa, qui a parfois vu en elle un allié de circonstance contre Kigali. Mais cette organisation, très hiérarchisée, n’a jamais cessé de commettre des exactions contre la population civile. C’est d’ailleurs ce qui a valu à Ignace Murwanashyaka et à Straton Musoni, deux de leurs chefs, d’être condamnés par la justice allemande à respectivement treize et huit ans de prison, le 28 septembre.

Désaccords profonds 

Officiellement, les FDLR sont la cible de l’opération Sokola II (« nettoyage » en swahili), menée par les FARDC. Mais celle-ci n’a eu qu’un succès relatif jusqu’à présent. Il est vrai que les FDLR se déplacent souvent entourés de civils et fuient le combat frontal. Mais, pour la Monusco, l’échec s’explique surtout par le manque de collaboration entre l’armée et les Casques bleus – un manque lui-même dû à un « blocage politique », selon le chef de la Monusco, Martin Kobler. « Les FARDC ne nous informent pas de leurs mouvements dans les zones où opèrent les FDLR, détaille une source onusienne. Or il est très difficile de les distinguer et nous ne pouvons prendre le risque de tirs fratricides. »

Les désaccords entre Kinshasa et la Monusco sont profonds, et le gouvernement congolais souhaite désormais son départ le plus vite possible. C’est sans doute ce qui explique que Kinshasa ait préféré demander l’aide du Rwanda contre cet ennemi commun. Le 23 et le 24 septembre, les ministres de la Défense de ces deux pays – pourtant à couteaux tirés il y a encore quelques mois – se sont réunis dans la capitale rwandaise, en l’absence de la Monusco, pour ouvrir un « nouveau chapitre » dans leurs relations et « éradiquer les FDLR ». Un accord similaire avait conduit à des opérations conjointes entre les deux armées sur le territoire congolais en 2009. Cette fois, seuls des échanges de renseignements sont pour l’instant prévus. Mais cette convergence de vue, plutôt rare entre les deux pays, pourrait enfin permettre de venir à bout de cette rébellion.

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