Elections

Espagne : scénarios catalans

Manifestation indépendantiste après l'annonce des résultats. © MATTHIAS OESTERLE/CORBIS

Après les régionales du 27 septembre, les indépendantistes disposent en théorie de la majorité absolue des sièges au Parlement de Barcelone. La sécession est-elle en marche ?

Ils voulaient faire de ces élections régionales anticipées un plébiscite pour l’indépendance de la Catalogne. Le 27 septembre, les deux listes indépendantistes ont, ensemble, obtenu 47,8 % des voix et 72 des 135 sièges au Parlement régional de Catalogne. Mais réussiront-elles à s’entendre ?

Artur Mas, le président régional sortant (de Convergence et Union, centre) et son allié, Oriol Junqueras, chef de file de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), avaient pour la première fois décidé de faire liste commune sous les couleurs de Junts pel Si (« ensemble pour le oui »). Ils obtiennent 62 sièges. Leur objectif : engager un processus de sécession dans un délai de dix-huit mois.

Le parti séparatiste anticapitaliste et europhobe Candidature d’unité populaire (CUP) obtient pour sa part 10 sièges. Sans lui, pas de majorité absolue au Parlement. Et donc pas de nouveau gouvernement. Quoi qu’il advienne, les partis indépendantistes restent minoritaires en voix. D’autant qu’une grande partie des Catalans – qui ont été 77 % à voter – ne se sont pas prononcés formellement pour l’indépendance.

Ciudadanos, le parti de centre droit créé en 2006 pour s’opposer à la sécession et à la corruption, est arrivé en deuxième position avec 25 sièges. Cette forte progression par rapport au précédent scrutin, en 2012, lui permet de devancer largement le Parti populaire (droite), au pouvoir à Madrid. Le Parti socialiste catalan (PSC) est troisième avec 16 sièges, tandis que Podemos, le parti de la gauche radicale, réalise un mauvais score.

Les thèmes sociaux sont passés au second plan pendant la campagne

Ce n’est guère surprenant, puisque les thèmes sociaux sont passés au second plan pendant la campagne et qu’une partie de son discours anticapitaliste a été reprise à son compte par la CUP. Commentaire de Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol : les indépendantistes n’ont pas convaincu plus de quatre Catalans sur dix.

Drôle de coïncidence, au lendemain de la consultation, Artur Mas a été cité à comparaître le 15 octobre devant la justice espagnole pour désobéissance civile. C’est lui qui, le 9 novembre 2014, a pris l’initiative d’organiser un référendum sur l’indépendance aussi symbolique qu’illégal. La consultation avait été déclarée nulle par le tribunal correctionnel. « Madrid doit changer de politique et faire un geste en faveur de la Catalogne, on ne peut plus nier la situation », commente la journaliste catalane Montserrat Lázaro García.

Si les indépendantistes ne parviennent pas à s’entendre, de nouvelles élections régionales pourraient avoir lieu

Que peut-il arriver au cours des dix-huit prochains mois ? Mas fait pression sur la CUP pour constituer une majorité et former un nouveau gouvernement. Mais cette dernière, qui ne lui pardonne pas ses politiques d’austérité, avait averti avant le scrutin qu’elle s’opposerait à sa reconduction. Si les indépendantistes ne parviennent pas à s’entendre, de nouvelles élections régionales pourraient avoir lieu. Ce ne serait guère que la quatrième fois en cinq ans !

Si au contraire les séparatistes parviennent à un compromis, ils devront s’atteler à la préparation des structures économiques et politiques d’un nouvel État, afin de pouvoir proclamer l’indépendance d’ici à 2017. Mais que de difficultés en perspective ! Quid du système de retraites, qui dépend du gouvernement central ? Et de la dette espagnole ? Sans compter que les fonctionnaires catalans vont se retrouver au centre d’un redoutable imbroglio politico-administratif…

J.A.

Produit intérieur brut par habitant © J.A.

À Madrid, le gouvernement envisage de porter plainte à chaque acte juridique décidé par les institutions catalanes (lois, décrets, règles administratives). Il peut aussi annuler l’autonomie de la Catalogne ou proclamer l’état d’exception, ce qui se traduirait par une suspension des droits politiques. Et il ne manquera pas de solliciter le soutien de Bruxelles, qui a déjà mis en garde Barcelone contre une possible exclusion de l’Union européenne.

Les élections législatives espagnoles de la mi-décembre pourraient changer la donne si le futur gouvernement se montrait davantage disposé au dialogue. Mais la tempête se sera-t-elle calmée d’ici là ?

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