Politique

Algérie : Hocine Benhadid, général Bazooka, dans le viseur

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Mis à jour le 6 octobre 2015 à 08:39

Le 21 septembre, lors de son entretien sur Radio M. © CAPTURE ÉCRAN RADIO M/YOUTUBE

L’ancien militaire, qui dénonçait la mainmise des proches du président Bouteflika sur les affaires de l’État, a été arrêté le 30 septembre.

Le général à la retraite Hocine Benhadid, 70 ans, a été arrêté dans la soirée du mercredi 30 septembre alors qu’il se rendait à un rendez-vous médical sur les hauteurs d’Alger. Après une interpellation musclée effectuée par des gendarmes, il a été longuement interrogé puis mis sous mandat de dépôt. Appréhendé le même jour, son fils a également été incarcéré à la prison d’El Harrach, en banlieue d’Alger. Motif : port d’arme illégal. Les autorités n’ont pas dit quelle était l’institution à l’origine de l’arrestation de M. Benhadid ni quels faits lui étaient reprochés. La plainte pourrait avoir été déposée par le ministère de la Défense nationale (MDN) pour « divulgation de secret militaire ». Un crime passible de dix à vingt ans de réclusion.

Hocine Benhadid n’épargne personne

La veille déjà, une première action judiciaire avait été engagée contre lui par Ali Haddad, patron d’un groupe privé de BTP. Président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) depuis un an et proche du cercle présidentiel, l’entrepreneur se dit diffamé par les propos du général. Hocine Benhadid est le second haut gradé à faire l’objet de poursuites en moins de deux mois. Le 28 août, le général Abdelkader Aït Ouarab, alias Hassan, officier du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, avait été incarcéré à la prison de Blida, à l’ouest d’Alger, pour des motifs qui n’ont pas encore été communiqués.

L’interpellation de Benhadid n’est pas vraiment une surprise, y compris pour l’intéressé. Tout commence lors d’un entretien accordé le 21 septembre à la webradio Radio M., où il s’en prend violemment à Saïd Bouteflika, conseiller et frère cadet du président, à Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée, et à Ali Haddad. Qualifiant le premier de « malade mental », il l’accuse de nommer les membres du gouvernement, de prendre des décisions à la place du président élu, d’avoir imposé son ami Haddad à la présidence du patronat et d’être à la tête d’une « bande de mafieux qui pille les richesses du pays ».

Il lui reproche surtout de tout entreprendre pour succéder à son frère aîné. Benhadid n’a pas non plus épargné Gaïd Salah, qui serait impliqué, selon lui, dans une affaire scabreuse datant de l’époque où il commandait l’École de formation des officiers de réserve de Blida. Enfin, il conclut que le « peuple algérien, des officiers honnêtes et l’élite » du pays n’accepteraient pas le scénario d’une succession familiale. Assimilables à un appel à la rébellion, ces derniers propos pourraient lui valoir jusqu’à cinq ans de prison.

Un critique historique du président Bouteflika

Ex-commandant de la IIIe région militaire, polyglotte, ce général qui a fait ses classes à l’Académie de West Point aux États-Unis (il est issu de la même promotion que Colin Powell, l’ex-secrétaire d’État à la Défense de George W. Bush) a quitté l’armée avec fracas à 52 ans. Auparavant, il avait dirigé la 8e division blindée, une unité des forces spéciales réputée pour son engagement dans la lutte antiterroriste. Connu pour son franc-parler, Benhadid avait déjà défrayé la chronique en février 2014 en critiquant l’entourage de Bouteflika, qu’il accuse d’affaiblir le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) et en demandant au président de ne pas briguer un quatrième mandat.

Le tout en soutenant que l’armée n’obéit pas à Gaïd Salah. À l’époque, sa sortie avait provoqué des vagues mais sans prêter à conséquence. Cette fois-ci, le contexte est tout autre. Ses nouvelles attaques contre Saïd Bouteflika et le chef de l’état-major interviennent après que plusieurs hauts responsables des services secrets, dont leur chef, le général Toufik, ont été brutalement limogés. Elles surviennent également dans une conjoncture politique marquée par des tensions au sommet de l’État autour de la succession d’Abdelaziz Bouteflika.