Elections

États-Unis : et si la comète Trump explosait en vol ?

Image173794.jpg © TOM PENNINGTON/GETTY IMAGES/AFP

Le milliardaire mégalomane reste dans les sondages en tête des candidats républicains à la présidentielle, mais sa cote de popularité s'érode. Il a contre lui Fox News et l'establishment de son parti. Peut-il aller jusqu'au bout ?

Un grand tour, et puis s’en va. C’est peut-être ce qu’est en train de vivre Donald Trump. Les Américains commencent à se lasser de son show permanent, et sa cote de popularité s’en ressent. Même si elle reste à confirmer, l’inversion de tendance a probablement eu lieu au cours du deuxième débat télévisé entre candidats républicains, le 16 septembre. Mis en difficulté par Carly Fiorina, la seule femme de la meute, le candidat milliardaire a perdu 8 points dans le dernier sondage CNN (24 %). À l’inverse, l’ancienne patronne de Hewlett-Packard a bondi en deuxième position, avec 15 % d’opinions favorables.

Trump a pris les devants en expliquant dans une interview : « J’aimerais rester en tête, évidemment ; mais, si je ne gagne pas, ce n’est pas grave, je retournerai m’occuper de mes entreprises et de ma famille. » Et, dans une autre, il jure qu’en cas de défaite il redeviendra Donald Trump, mais « en encore plus grand ».

Donald Trump et ses têtes de Turc

Signe de son malaise, Trump, qui a perdu ses têtes de Turc préférées avec les retraits successifs de Rick Perry, un ancien gouverneur du Texas, et de Scott Walker, celui du Wisconsin, multiplie les piques plus ou moins fines (plutôt moins) contre Fiorina. La dernière en date ? « Elle vous donne mal à la tête quand vous l’écoutez plus de cinq minutes ! » Incorrigible. Il sait pourtant que ses commentaires outranciers dans le magazine Rolling Stone – « Regardez sa tête ! Quelqu’un peut-il voter pour ça ? » – avaient suscité la consternation au sein de l’électorat féminin. Fiorina a depuis publié une vidéo montrant les visages radieux de femmes de tous âges et de toutes origines. « Le mien est celui d’une femme de 61 ans. Je suis fière de chaque année et de chaque ride », a-t-elle commenté. Et pan sur le bec du vilain canard !

Il est allé jusqu’à traiter son adversaire de « clown », s’attirant pour la première fois les huées de l’assistance

Fait nouveau, Trump, 69 ans, multiplie aussi les attaques contre Marco Rubio, 44 ans, le sémillant sénateur de la Floride, qui a fait un bond dans les sondages depuis le dernier débat. « Il n’a pas d’argent, il n’a rien », a-t-il estimé lors d’une rencontre à Charleston (Caroline du Sud), le 24 septembre, en n’omettant pas de rappeler – une bonne dizaine de fois ! – que lui-même est milliardaire. Le lendemain, au cours d’un raout ultraconservateur à Washington, il est allé jusqu’à traiter son adversaire de « clown », s’attirant pour la première fois les huées de l’assistance. Il s’est défendu en expliquant, contre toute évidence, qu’il ne s’agissait pas de huées, mais d’applaudissements…

Trump s’est également vanté d’avoir une « meilleure implantation capillaire » (sic) que Rubio et s’est moqué de l’abondante transpiration de son rival lors du dernier débat télévisé (« je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi jeune transpirer autant »). Mais comme Fiorina, et à la différence de Jeb Bush, son punching-ball préféré, Rubio a du répondant. « Sa performance lors du débat a été très mauvaise, a-t-il rétorqué. Il n’est pas assez informé des enjeux et parle rarement des grandes questions du moment. Quand il le fait, ça ne va pas au-delà d’un slogan de dix secondes. Je crois que c’est quelqu’un de susceptible, qui manque de confiance en lui. »

Autre signe préoccupant, la réunion de Charleston avec des petits patrons africains-américains s’est déroulée devant une salle à moitié vide. Et seules une poignée de chaînes de télévision avaient fait le déplacement. Il n’y a pas beaucoup été question de l’entrepreneuriat noir américain, mais beaucoup des griefs de Trump contre les médias. Citons, pêle-mêle : la température accablante qui régnait dans la salle lors du fameux deuxième débat ; la sous-estimation délibérée de son avance dans les sondages ; la présentation sous un angle systématiquement sexiste de ses attaques contre Fiorina… Décidément, quelque chose commence à ne plus tourner très rond dans la campagne de Donald Trump.

Et les microbes n’y sont pour rien (il se lave les mains plusieurs dizaines de fois par jour par crainte d’on ne sait quelle contamination) ! Il peut en revanche se mordre les doigts de s’être mis à dos deux forces redoutables.

L’establishment républicain et Fox News contre lui

La première est l’establishment républicain, qui ne lui pardonne pas de ridiculiser Jeb Bush, leur chouchou, à longueur d’interviews (« c’est un brave gars, mais un gros mou »). L’un de ses clips montre une femme dormant à poings fermés pendant un meeting dudit, avec ce simple commentaire en voix off : « Jeb Bush, idéal pour vos problèmes d’insomnie ! » La riposte a fini par arriver. Un super PAC va consacrer, d’ici à février 2016, 37 millions de dollars (près de 33 millions d’euros) à la réalisation de clips à la gloire du jeune frère de « George W. » – qui plafonne à 10 % dans les sondages.

Un autre super PAC va pour sa part diffuser deux clips dans l’Iowa (où aura lieu la première primaire) accusant Trump d’être un démocrate caché. Il est vrai que celui-ci entend créer une assurance santé universelle… tout en abrogeant l’Obamacare. Comprenne qui pourra. Dans le New Hampshire, théâtre de la deuxième primaire, deux clips ont déjà été tournés. Ils raillent l’hélicoptère de Trump et appellent à voter pour un autre candidat de l’establishment, John Kasich, le gouverneur de l’Ohio.

Pour un candidat républicain, il n’est jamais très bon d’avoir Fox News contre soi

La seconde est Fox News, la puissante chaîne conservatrice de Rupert Murdoch, le magnat des médias. The Donald, comme il est surnommé ici, a décidé de ne plus y apparaître jusqu’à nouvel ordre. Parce que Fox lui fait des misères. Il faut dire qu’il a traité Karl Rove, vedette de la chaîne et ancienne éminence grise de G. W. Bush, d’« imbécile complètement incompétent ». Et qu’il a suggéré lors du premier débat républicain que Megyn Kelly, autre star de la chaîne, lui posait des questions agressives parce qu’elle avait ses règles. Pour un candidat républicain, il n’est jamais très bon d’avoir Fox News contre soi. Autre propriété de Murdoch, le Wall Street Journal, le grand quotidien conservateur, s’est récemment fendu d’un édito anti-Trump d’une rare virulence…

Une réputation qui le dessert

Au-delà, les portraits peu flatteurs de Trump se multiplient dans la presse. Le New York Times vient par exemple de révéler qu’il a grandi dans une enclave huppée du Queens dont son père était le promoteur. D’origine allemande, ce dernier avait fait fortune dans l’immobilier en prétendant après la Grande Dépression qu’il était suédois afin de ne pas faire fuir d’éventuels locataires juifs.

Un voisin des Trump dans le Queens raconte aussi que, lorsqu’un ballon atterrissait dans leur jardin, le petit Donald refusait de le rendre et menaçait d’appeler la police. Garnement, va ! Dans Never Enough : Donald Trump and the Pursuit of Success (« jamais assez : Donald Trump et la course à la réussite »), un livre récent non encore traduit en français, le journaliste Michael D’Antonio contribue à accréditer cette image de businessman triomphant et passablement arrogant.

Il a toujours été très imbu de lui-même, ne doutant pas une seconde d’être le meilleur

Il rappelle notamment que quatre de ses casinos ont fait faillite, que sa compagnie aérienne a été reprise par Citibank et que Trump lui-même, qui affirme posséder 9 milliards de dollars – 4 milliards, en réalité -, n’a échappé que de justesse à la banqueroute. À en croire l’auteur, l’ultra-narcissisme de Trump confinerait au trouble de la personnalité : « Il a toujours été très imbu de lui-même, ne doutant pas une seconde d’être le meilleur et se montrant en toutes circonstances convaincu d’avoir en main tous les atouts pour l’emporter », relate l’un de ses anciens coachs, qui explique ce trait de caractère par la grande dureté de son père envers lui.

Conscients de ce narcissisme maladif, des commentateurs de jour en jour plus nombreux ne doutent plus que Trump finira par jeter l’éponge. Chroniqueur vedette du New York Times, Joe Nocera pense qu’il renoncera avant la primaire. Parce qu’il « courrait alors le risque de perdre au vu et au su de tout le monde ». Pour The Donald, il n’est sans doute pas de pire infamie.

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