Société

Vive la recherche scientifique !

Il est temps de voler au service de mes petits camarades… On a lu ici et là, au cours de la semaine dernière, des commentaires ironiques à propos des prix Ig Nobel (ça se prononce « ignoble ») décernés aux projets de recherche les plus farfelus.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 9 octobre 2015 à 14:15
Fouad Laroui

Par Fouad Laroui

Ecrivain

La biologiste Elisabeth Oberzaucher reçoit le prix Ig Nobel de mathématiques pour sa contribution à l’étude sur les 1000 enfants qu’auraient eu le sultan Moulay Ismaël © Charles Krupa/AP/SIPA

Chaque année, c’est un moment de franche rigolade au Sanders Theater de Harvard. Et chaque année, l’Internationale des poujadistes et des populistes pousse les hauts cris : où va l’argent du contribuable ? La recherche scientifique est une vaste farce, ces professeurs Tournesol se gobergent à nos frais, on se moque de nous !

Pourtant, ces chercheurs a priori complètement toqués sont en fait très sérieux. Mais il faut aller un peu plus loin que la présentation plaisante qu’on fait de leurs travaux. Des exemples ? En voici quelques-uns, tirés de la cuvée 2015 :

Des scientifiques d’Autriche, d’Allemagne et du Royaume-Uni ont décroché le prix Ig Nobel de mathématiques pour leur étude consistant à déterminer si le sultan Moulay Ismaël, qui régna sur le Maroc entre 1672 et 1727, a vraiment pu avoir mille enfants, comme le veut la légende. Ils ont calculé qu’il aurait pu en avoir huit cent quatre-vingt-huit… Risible, tordant, loufoque ? Non. En fait, ces chercheurs voulaient simplement définir le modèle mathématique le plus apte à simuler la reproduction humaine…

Mark Dingemanse a obtenu l’Ig Nobel de littérature pour avoir découvert que le mot « euh » existait dans toutes les langues du monde

Le prix Ig Nobel de médecine a récompensé une équipe internationale menée par Diallah Karim (Canada) qui a établi qu’un malade souffrant d’appendicite éprouve un surcroît de douleur si la voiture qui le transporte franchit un ralentisseur sur la route. Aïe, aïe, aïe… Grotesque ? Pas du tout : il s’agissait de pouvoir diagnostiquer à distance une appendicite afin d’être prêt à opérer le malade dès son arrivée à l’hôpital. Quelques minutes de gagnées, c’est parfois une vie sauvée…

Mon collègue Mark Dingemanse a obtenu l’Ig Nobel de littérature pour avoir découvert que le mot « euh » existait dans toutes les langues du monde pour exprimer l’incompréhension. Délirant, non ? Totalement inutile ? Pas du tout : au moment où l’intelligence artificielle est en plein boom, il est important d’apprendre aux robots des expressions universelles, par exemple comment dire : « Je ne comprends pas. » Euh ? Tout juste.

Vous êtes convaincus ? Si oui, sachez que mon ami Peter cherche des subventions pour étudier la question suivante : pourquoi les ours polaires sont-ils tous gauchers ? Vous mettriez de l’argent là-dedans ? Eh bien, nous devrions tous le faire : Peter pense qu’en répondant à cette question, on en saura un peu plus sur la maladie d’Alzheimer. Étonnant, non ? Et vive la science !