Diplomatie

Assemblée générale des Nations unies : l’essentiel se passe en coulisses

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Mis à jour le 19 octobre 2015 à 17h16
Pendant la 69e Assemblée générale, le 29 septembre 2014.

Pendant la 69e Assemblée générale, le 29 septembre 2014. © FRANK FRANKLIN II/AP/SIPA

Chaque année, en septembre, se tient à New York l’Assemblée générale de l’ONU, qui rassemble les représentants de 193 pays. C’est souvent très ennuyeux ? Oui, mais les petites histoires du Palais de verre sont les meilleures.

L’Assemblée générale de l’ONU, c’est beaucoup de bla-bla et peu de décisions, mais il faut y être. C’est du moins ce que pensent les dizaines de chefs d’État et de gouvernement qui, chaque année à la fin de septembre, se bousculent dans l’immeuble de verre qui borde l’East River, à Manhattan. Longtemps, Vladimir Poutine a snobé ce rendez-vous. Mais cette année, il a, comme les autres, fait le déplacement. Ukraine, Syrie… Le président russe sait que l’ONU est le lieu irremplaçable pour parler des crises du moment avec les autres « grands » de ce monde.

Qui a oublié le jour où Hugo Chávez succéda à l’Américain George W. Bush à la tribune ? « Ça sent le soufre, ici, le diable était ici », lança le Vénézuélien devant une assemblée hilare. Autres vedettes des années passées : le Libyen Mouammar Kadhafi et l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad, accoutumés à transgresser allègrement la règle des dix minutes maximum allouées à chaque discours.

Les anti-Américains prisent ce moment où ils peuvent narguer leur ennemi sur son territoire. En tant que pays hôte, les États-Unis doivent supporter la présence de chefs d’État avec lesquels ils n’ont pas de relations diplomatiques. Seule restriction : les « invités » ne peuvent pas sortir d’un périmètre de vingt miles autour de Manhattan.

Une tribune très prisée

Depuis la mort de Chávez et de Kadhafi, les discours sont plus ennuyeux. Mais il reste quelques bons orateurs. Barack Obama, qui ne manque jamais une AG, a été très applaudi au cours de son premier mandat. Aujourd’hui, il l’est moins. Pour les petits pays, ces dix minutes de tribune sont l’unique occasion d’évoquer leurs problèmes. Un jour, le président malgache consacra l’intégralité de son discours aux vols de troupeaux. Et celui des Seychelles, à la montée des eaux de l’océan Indien.

Quand Beyoncé vient chanter devant l’AG, il y a beaucoup plus de monde que pour écouter le discours de François Hollande !

Comme la Croisette pendant le Festival de Cannes, l’immeuble de verre de Manhattan est l’endroit où il faut être vu. Chaque année, les vedettes du show-biz à qui le titre d’« ambassadeur de l’ONU » a été décerné s’y bousculent. Quand Beyoncé vient chanter devant l’AG, il y a beaucoup plus de monde que pour écouter le discours de François Hollande ! Et quand Angelina Jolie vient parler des violences faites aux femmes, la salle est comble.

Bien entendu, les « grands » ne viennent pas seulement à New York pour parler dix minutes. Car l’AG est avant tout l’occasion de briser la glace avec certains partenaires difficiles. En 2013, tout le monde attendait une poignée de main entre Obama et l’Iranien Hassan Rohani. La rumeur disait qu’ils allaient se rencontrer dans un couloir, « par hasard ». Finalement, les deux hommes se sont parlé au téléphone, alors que Rohani roulait vers l’aéroport Kennedy pour reprendre son avion. Deux ans après ce coup de fil, un accord sur le nucléaire iranien a été trouvé.

Des rencontres furtives aux réceptions dans les palaces new-yorkais

À la vérité, il y a plusieurs types de rencontres. D’abord, la furtive, genre Sarkozy-Gbagbo en 2007, pendant une minute trente montre en main. « Alors ces élections, vous allez les faire quand ? » lança le Français à l’Ivoirien… Ensuite, la classique, genre Hollande-Rohani en 2014, pendant quarante minutes dans le salon français de l’ONU. Et la confidentielle, pour finir, quelque part dans Manhattan. Jusqu’à l’an dernier, ces rencontres secrètes avaient souvent lieu à l’hôtel Waldorf Astoria, point de chute de tous les Américains. Cette année, les choses ont un peu changé. Les journalistes vont « planquer » dans les halls d’autres palaces…

Pour la Maison Blanche, il y a des « affreux » qu’on peut croiser dans un couloir de l’ONU, mais avec qui on ne rompt pas le pain

À 5 000 dollars (environ 4 500 euros) la nuit dans une suite « Deluxe », l’AG annuelle est une affaire en or pour l’hôtellerie new-yorkaise. D’autant qu’un certain nombre de délégations organisent des réceptions. D’ordinaire, les plus courues sont celles de l’Afrique du Sud et de la France. Certaines années, les États-Unis invitent des chefs d’État amis à un déjeuner de travail. Ainsi, en 2009, Obama régala au Waldorf vingt-cinq de ses homologues africains, mais « oublia » d’envoyer un carton d’invitation au Guinéen Moussa Dadis Camara, au Zimbabwéen Robert Mugabe et au Libyen Mouammar Kadhafi. Pour la Maison Blanche, il y a des « affreux » qu’on peut croiser dans un couloir de l’ONU, mais avec qui on ne rompt pas le pain.

Un lieu de pouvoir ?

Pour le général de Gaulle, l’ONU était un « machin » – sous-entendu : une organisation inutile. Certaines décisions du Conseil de sécurité, qui regroupe les cinq « grands » (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France), prouvent le contraire. Mieux, l’Assemblée générale, qui réunit 193 délégations, tend à devenir un lieu de pouvoir. L’afflux des chefs d’État à la session de septembre le démontre. Ces dernières années, elle a fait bouger les lignes sur la question palestinienne et sur le nucléaire iranien. À l’occasion de cette 70e session, l’accent est mis sur les objectifs de développement durable à l’horizon 2030.

Mais en un sens, l’ONU reste bien un « machin ». On a assisté dans le passé à des scènes cocasses, voire carrément bouffonnes, comme en 2011 quand le ministre indien des Affaires étrangères se trompa de discours ! Avant de monter à la tribune, il prit le document qui traînait devant lui sur la table et commença à lire le texte… de son collègue portugais sans s’apercevoir de rien jusqu’au moment où il se félicita de voir deux pays lusophones, le Brésil et le Portugal, siéger ensemble au Conseil de sécurité.

Depuis, la vidéo sur YouTube a fait rire le monde entier. À l’exception, sans doute, des Indiens. À New Delhi, l’opposition a réclamé la tête du ministre étourdi. Quand on revoit cette vidéo-gag, on découvre qu’il faut pas moins de cinq bonnes minutes aux conseillers de l’infortuné ministre pour s’apercevoir de la méprise. Pour ceux qui en douteraient encore, c’est la confirmation qu’à l’ONU personne n’écoute les discours !


 

Obama, le Waldorf et les micros espions

Churchill, Kennedy, Obama… Fini l’époque où les « grands » de ce monde descendaient tous au Waldorf Astoria. Jusqu’à l’an dernier, le célèbre palace de Park Avenue, à Manhattan, était le quartier général des autorités américaines lors de la traditionnelle AG onusienne du mois de septembre. Du coup, d’autres chefs d’État réservaient une suite dans l’établissement dans l’espoir d’approcher plus facilement le président des États-Unis.

Las ! À la fin de l’année dernière, le Waldorf a été racheté par la compagnie d’assurances chinoise Anbang. Barack Obama craint-il que Pékin ait truffé l’hôtel de micros espions ? Sans doute. « Il y a toute une série de facteurs qui influent sur le choix de l’endroit où le président séjourne quand il n’est pas à la Maison Blanche, explique l’un de ses porte-parole. Cela va de la place disponible, en passant par le coût et la sécurité. »

À l’heure où Washington soupçonne Pékin de participer à des cyberattaques sur le territoire américain, Obama multiplie donc les précautions. Cette année, il descend dans un autre grand hôtel de la place.

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