Dossier

Cet article est issu du dossier «Cameroun : la répression des militants nationalistes de l'UPC»

Voir tout le sommaire
Politique

Cameroun : le 13 septembre 1958, le jour où Ruben Um Nyobé a été tué dans le maquis

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 13 septembre 2021 à 16h46
Félix Moumié, à droite, et Ruben Um Nyobé (lunette noire) le 6 mars 1955.

Félix Moumié, à droite, et Ruben Um Nyobé (lunette noire) le 6 mars 1955. © AFRICAN HERITAGE VIDEO/YOUTUBE

Combattant de l’indépendance du Cameroun, Ruben Um Nyobé, tué le 13 septembre 1958 alors qu’il était dans le maquis, a longtemps été banni des manuels scolaires du pays. Portrait d’un militant et d’une guerre « oubliée ».

Les chutes de la rivière Métché ne sont pas spectaculaires. Ce sont de grosses cascades, situées à quelques kilomètres de Bafoussam, dans l’ouest du Cameroun. Mais toutes les nuits, selon un témoignage recueilli par les auteurs du livre Kamerun !, « un camion allait [y] déverser des gens »(*). Les récits terrifiés d’anciens maquisards le confirment, tout comme le journal de marche et des opérations de la gendarmerie du Cameroun, qui signale, le 12 septembre 1959, la disparition d’un officier français. Une disparition dont Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa ont remonté le fil et qui illustre la sanglante répression menée par l’armée française contre les nationalistes camerounais de 1955 à 1960.

Qu’est-il arrivé cette nuit-là ? « Un prisonnier, se sachant condamné, s’est approché de l’officier de gendarmerie français chargé de l’étrange expédition et l’a soudain emporté avec lui dans le vide, raconte un témoin cité dans Kamerun !. On a cherché pendant des jours le corps du gendarme, sans succès. On a mobilisé les villageois environnants, on les a obligés à plonger pour chercher […]. Ils nous ont dit qu’ils avaient trouvé tellement de crânes, tellement de corps qu’ils ne pouvaient pas reconnaître celui du gendarme. » Le prisonnier, lui, s’appelait Jacob Fossi, mais son nom n’a pu être confirmé que des décennies plus tard. Il avait été condamné à un an de prison pour « maintien de parti dissous ». Ce parti, c’était l’Union des populations du Cameroun (UPC).

Une guerre taboue

Les chutes de la Métché font encore frissonner les touristes qui les visitent. Un escalier a été aménagé pour descendre jusqu’à l’eau. Des villageois y déposent des offrandes destinées aux esprits des maquisards. L’endroit est devenu un lieu de mémoire consensuel, symbole incontesté et incontestable de l’horreur de la répression coloniale. Mi-septembre 2015, c’est aussi ici que des militants « UPCistes » sont venus par dizaines rendre hommage à Ruben Um Nyobé. Le secrétaire général de l’UPC, tué le 13 septembre 1958 en forêt de Boumnyébel, au cœur du pays bassa, fut pourtant longtemps banni des programmes scolaires. Des générations entières d’écoliers n’ont jamais entendu parler de lui et de ses compagnons.

J.A.

Réprimés sans pitié © J.A.

Le régime d’Ahmadou Ahidjo, arrivé au pouvoir à l’indépendance, en 1960, exécrait cette figure révérée de ces nationalistes qui, jusqu’en 1971, lui donnèrent tant de fil à retordre. Toute référence à celui qui incarnait « l’âme immortelle de l’UPC » avait été interdite. Aujourd’hui encore, à Douala ou à Yaoundé, pas un monument, pas une rue ne porte son nom ni celui des autres. La guerre civile, au Cameroun, n’est pas une époque dont on parle aisément. Beaucoup de protagonistes sont encore en vie, on se dispute toujours sur le nombre de victimes, on se rejette la responsabilité des pires atrocités. Les plaies sont encore à vif.

Cet article est réservé aux abonnés

Déjà abonné ?

Accédez en illimité à Jeune Afrique Digital
Accès à tout le site web - 2 applis - 1 édition digitale - 2 newsletters

puis 9,99€/mois, sans engagement

payez une fois par an
et profitez à chaque fois de 2 mois offerts !

1 minute suffit pour vous abonner à Jeune Afrique Digital !

  • + votre numéro spécial Jeune Afrique en version numérique
  • + d'analyses
  • + d'informations exclusives
  • + de débats
  • + d'historique (2 ans d'archives)
  • + d'avant-première (accès 24h avant la publication)
  • + de formats (site web, 2 applis, 1 magazine digital, 2 newsletters)

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3104_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer