Agroalimentaire

Boissons : la SFBT, chouchou de la Bourse de Tunis

La Celtia a le monopole des boissons alcoolisées en Tunisie. © Ben Abdallah Abdel Karim/FlickrCC

Dans un contexte morose, le producteur de bières et de sodas a multiplié par deux son résultat net en cinq ans. Les analystes sont unanimes : c'est une valeur sûre.

Alors que la Tunisie est entrée en récession technique fin août, la Société de fabrication des boissons de Tunisie (SFBT), l’une des premières capitalisations boursières du pays, affiche une santé insolente. Après avoir été « la vedette de l’année 2014 », selon l’intermédiaire boursier Tunisie Valeurs, le leader incontesté de la bière et des sodas – il possède un quasi-monopole sur ces produits – reste le blue chip (le « jeton bleu ») de la place tunisienne pour 2015 : les analystes interrogés estiment que l’action SFBT, qui s’échange à 23 dinars, est une valeur « incontournable » au potentiel très élevé. « J’ai rarement vu des titres aussi solides dans la zone Maghreb et Moyen-Orient », affirme Kais Kriaa, du cabinet AlphaMena.

Cette solidité est confirmée par les résultats semestriels du groupe, récemment cités par le cabinet Mena Capital Partners. Fin juin 2015, la SFBT enregistrait un résultat net en hausse de 5 %, à 81,4 millions de dinars (37,5 millions d’euros), malgré un chiffre d’affaires en légère baisse (- 1,6 %). Pour l’ensemble de 2015, les analystes prévoient des bénéfices compris entre 137 et 140 millions de dinars, soit le double de ceux enregistrés il y a seulement cinq ans.

Comment expliquer cette performance, unique parmi les entreprises agroalimentaires tunisiennes ? D’abord, cette société fondée en 1925 et devenue filiale à 49 % du français Castel en 1979 profite d’installations amorties de longue date, ce qui lui permet de dégager des marges confortables sans pour autant cesser d’investir. Ensuite, la SFBT s’appuie sur deux principaux moteurs, la bière et les boissons gazeuses, qui ont l’avantage d’être complémentaires.

La SFBT est l’unique embouteilleur en Tunisie des boissons du groupe Coca-Cola

Le houblon représente un chiffre d’affaires moins important (35 %) que les sodas (42 %), mais il est plus rentable. En produisant à la fois des marques locales populaires (Celtia, Stella) et des marques internationales (33 Export, Löwenbräu et Beck’s), la SFBT jouit d’une position dominante que l’arrivée de Heineken, en 2007, n’est pas parvenue à ébranler.

Même chose pour les boissons gazeuses : d’un côté une marque locale reconnue, Boga, de l’autre des marques étrangères. Et pas n’importe lesquelles : la SFBT est l’unique embouteilleur en Tunisie des boissons du groupe Coca-Cola, qui possède notamment Fanta, Sprite, Nestea et Minute Maid. En plus du marché intérieur, ce segment est tiré par une aubaine venue de l’extérieur : en raison de l’instabilité politique en Libye, Coca-Cola y a fermé ses usines, faisant de la SFBT l’unique fournisseur de ses marques dans ce pays. Plus au sud, les exportations se développent également vers l’Afrique de l’Ouest (environ 8 % du chiffre d’affaires).

L’activité eau, dont le chiffre d’affaires a doublé en cinq ans pour atteindre 14 % du total, connaît un succès comparable. « Malgré son jeune âge, cette branche [lancée dans les années 2000] est désormais le deuxième contributeur aux bénéfices du groupe, après la bière », souligne Tunisie Valeurs dans une note publiée en septembre.

La seule ombre au tableau vient, selon l’intermédiaire boursier, des jus de fruits et du lait (environ 5 % du chiffre d’affaires), qui, « malgré les moyens déployés par le management pour les redresser, continuent de tirer la rentabilité du groupe vers le bas, du fait de la concurrence accrue [Délice Holding, Vitalait et le groupe Boujbel] et des faibles marges ».

La confiance des analystes – qui se plaignent toutefois du manque de communication de l’entreprise, laquelle n’a pas donné suite à nos demandes d’interview – se nourrit aussi des efforts fournis par la SFBT pour baisser ses coûts. Un plan de développement durable porté par Mohamed Bousbia, son patron depuis 1980, a d’ores et déjà permis de réduire les factures d’eau et d’énergie de respectivement 20 % et 30 %.

La santé de la SFBT est telle qu’elle porte secours à l’économie tunisienne, selon le patron d’AlphaMena.

En outre, des bruits de couloir font état d’une possible renégociation des rétrocessions versées à Coca-Cola, ce qui permettrait d’augmenter les marges. Enfin, l’entreprise profite d’une élasticité sur les prix : « Malgré la hausse des tarifs ces dernières années, les ventes ont globalement résisté, ce qui montre sa force dans la fixation des prix », estime Kais Kriaa.

Selon le patron d’AlphaMena, la santé de la SFBT est telle qu’elle porte secours à l’économie tunisienne. En 2015, la règle limitant à 50 % la présence des entreprises étrangères au capital des sociétés tunisiennes a été révisée, et cette proportion portée à 66 %. C’est cette décision qui a permis la vente de plus de 10 % du capital à travers des blocs d’actions, principalement acquis par le groupe Castel (il en posséderait désormais 60 %).

« On parle au total d’environ 300 millions de dinars, c’est une importante rentrée de devises pour le pays », poursuit l’analyste, soulignant que l’un des vendeurs est la Banque nationale agricole (BNA), dont les difficultés rendaient nécessaires une augmentation de capital. « Avec la plus-value réalisée, la BNA, qui est une banque publique, n’a plus besoin d’être recapitalisée. Cela limite les dégâts pour l’État, qui connaît d’importantes difficultés budgétaires. » Un nouveau relèvement du plafond pourrait avoir lieu. Nul doute que, dans ce cas, la SFBT intéressera des investisseurs.

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